‹ Histoire de la révolution des Pays Bas sous Philippe II (volume 5)Chapitre 94 sur 131 · LIVRE w (ll>7i · texte numérisé non relu

LIVRE w (ll>7i

la Brieile, s'en emparer, assaillir la Hollande et la Zélande, dominer enfin sur la mer et les rivières. On avait envoyé à Santander un grand nombre de pilotes d'Amsterdam; d'autres attendaient la flotte espagnole en Angleterre. Elle devait transporter aux Pays-Bas trois mille hommes d'infanterie. François de Hallewyn, seigneur de Zweveghem, et Jean Boischot étaient alors en Angleterre pour aplanir les difficultés commerciales; mais ils avaient charge aussi de procurer la sécurité de la flotte. Ils s'efl'orcèrent de rassurer la reine Elisabeth sur les intentions du Roi Catholique, et obtinrent, mais non sans hésitation et sans regret de la part de la Reine, un sauf-conduit pour l'armée navale d'Espagne et l'entrée dans les ports d'Angleterre. Zweveghem alla lui-même sur la côte, où il demeura longtemps, attendant la flotte de Santander, afin de la diriger et de la pourvoir de tout ce dont elle aurait besoin. Mais l'armée navale d'Espagne ne parut point \

Quant à la flotte d'Anvers, forte de trente navires, elle avait été placée, après le départ de Champagney, sous le commandement du vice-amiral Adolphe de Haemstede. De peur que les Espagnols mutinés ne s'en emparassent, Haemstede, malgré les ordres contraires de Requesens, avait conduit ses vaisseaux jusque près de Lillo. Il se tenait là, prêt à fair-e voile, et attendant, pour aller à la rencontre de l'armée navale de Santander, que des informations lui eussent été transmises soit par les agents qui se tenaient à Brest, soit par ceux qui étaient en Angleterre et en Flandre.

Les Zélandais, bien informés de ce qui se passait à Anvers, prirent la résolution de surpendre la flotte royale le jour même

' Le Roi à Requeseus, 7 juin, et Requesens au Roi, 15 juin 1574. [Correspondance de Philippe II, t. III, pp. 107 et suiv.) —Voir aussi une lettre de La Mothe-Fénélon à Charles IX, du 5 mars 1574, dans le Recueil des dépêches des ambassadeurs de France en Amjleterre, t. VI, p. 45.

tle la Pentecôte. L'amiral Louis Boisot remonta TK-scaut avec vingl-deux nuvires de ?;Lierre, et bientôt deux vaisseaux de l'avant-gardc des royalistes lui furent amenés. Il apprit que la (lotte était devant le fort d Ordam, entre Lille et Calloo. Il continua sa route et vit effectivement devant Ordam les vaisseaux royalistes à l'ancre. Haemstede était dans l'église de Lille lorsqu'il fut prévenu que la flotte zélandaise s'avançait pour l'attaquer. Un messager partit aussitôt pour Anvers afin de solliciter de Requesens un renfort de soldats. Haemstede appela ensuite ses capitaines sur le vaisseau amiral, et tous lui promirent, en lui donnant la main, de résister vaillamment. Cette promesse ne fut pas tenue. A l'approche des navires zélandais, presque tous les vaisseaux royalistes prirent la fuite du côté d'Anvers. L'amiral lui-même fut abandonné par les mariniers de Dunkerque et les autres qui .se trouvaient sur son bord. Serré de près et canonné par les Zélandais, il se vit enfin obligé de se rendre.

Requesens avait envoyé Alonso de Vargas, avec un détachement d'arquebusiers, sur la rive gauche de l'Escaut, et Sancho d'.\vila sur la rivedroite, avec un autre détachement. Lui-même, avec le reste des arquebusiers, se porta sur la digue, vers le lieu de l'action. Il était convaincu que, s'il avait été possible d'amener là de l'artillerie, toute la flotte zélandaise eut été perdue. Mais on ne put trouver assez vite les chevaux nécessaires. Lorsque, le 31 mai au matin, l'artillerie arriva, la flotte zélandaise, à la faveur de la haute marée, avait pris le large, emmenant huit des navires du Roi, dont trois de grande dimension; six autres avaient été brûlés.

Requesens, attribuant injustement cette défaite à une trahison de l'amiral Haemstede, fit saisir les biens-meubles de cet ofiicicr et emprisonner sa femme et ses enfants. Mais le pauvre amiral fut lui-même détenu à Delft, par l'ordre du prince

i.ivuE VI (1574). 551

d'Oronge, et ce fut de sa prison qu'il protesta contre les accusntions du lieutenant de Philippe II ^

Le 31 mai, tandis que les Zélandais regagnaient Flessingue, Requesens, de retour à Anvers, fit appeler les mestres de camp, les capitaines et les porte-drapeaux des mutinés. II leur parla à tous, leur défendit de toucher mot du passé aux soldats, puisqu'il leur avait pardonné, et leur ordonna, pour l'avenir, d'entretenir parmi leurs gens une meilleure discipline. Il leur enjoignit aussi de relever leurs enseignes. Toute la troupe fut ensuite placée sous le commandement du mestre de camp Julian Romero, renommé et même haï pour sa sévérité. Le 5 juin, les soldats espagnols achevèrent de quitter Anvers et furent dirigés vers la Hollande. Le même jour, Requesens partit pour Bruxelles.

Telle fut la fin de la mutinerie des vieilles bandes qui avaient gagné la bataille de Mook. Cette sédition, si humiliante pour l'autorité du représentant du Roi, si prolongée, si menaçante aussi pour la sécurité d'Anvers, favorisa extrêmement la caus'e défendue par les adversaires de l'Espagne. Requesens avait manqué d'énergie : on vit dans sa faiblesse, dans son impuissance même, une sorte de complicité avec les mutinés ; on demeura persuadé que c'était avec son assentiment que les vétérans espagnols étaient entrés à Anvers. D'autre part, les catholiques, les partisans même de Philippe II étaient efTrayés de l'audace des vieilles bandes de Castille. Tous se disaient déjà qu'ils avaient plus de mal à attendre de leurs amis et de leurs défenseurs que des soldats du Taciturne.

' Requesens au Roi, 12 juin, et l'amiral Haemstede au grand commandeur, de Delft, en prison, 2i juillet 1574, [Correspondance de Philippe II, t. m, pp. 92- 9G.) — yo(V aussi Van Meteuen, fol. 404, et la lettre écrite par le prince d'Orange à Jean de Nassau, le 7 juin 1574, dans les Archives de kl maison d'Orange-Nassau, t. V, p. 11.

Page 1