‹ Histoire de la révolution des Pays Bas sous Philippe II (volume 5)Chapitre 95 sur 131 · LIVRE vn · texte numérisé non relu

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Pendant la mutinerie des bandes espagnoles à Anvers, les états généraux s'étaient réunis à Bruxelles.— Attitude hardie delà plupart des députés ; symptômes d'un mécontentement général. — Requesens fait publier solennellement le pardon octroyé par le Roi. — Inefficacité de cette mesure tardive. — Propositions faites par Requesens aux états généraux. — Ceux-ci demandent le rétablissement des anciens privilèges du pays et l'exclusion des étrangers du gouvernement et de l'armée. — Insuffisance et embarras de Requesens. — Premières négociations entamées avec le prince d'Orange, par l'entremise de Marnix deSainte-Aldegonde.— Mort de Noircarmes.— Philippe H autorise Requesens à traiter, sous certaines conditions, avec les rebelles. — Hugo Bonté, ancien pensionnaire de Middelbourg, se rend près du piince d'Orange; celui-ci exige, avant tout, le départ des bandes espagnoles et la liberté de conscience pour les réformés. — Tentatives pour assassiner le Taciturne. — Deuxième mission de Hugo Bonté ; le prince persiste à demander la liberté de religion. — Autres négociations confiées à Champagney et à Marnix. — Abattement de cet ancien conseiller du Taciturne. — Insuccès des négociations. — Avènement de Henri JII en France. — Sentiments qui prédominent en Angleterre et en Allemagne à l'égard des Pays-Bas. — Le prince d'Orange proclame que les réformés de la Hollande et de la Zélande ne cesseront de combattre pour leurs foyers et leur religion.

Requesens avait convoqué les états généraux à Bruxelles pour le dernier jour du mois d'avril. Malgré toute sa répulsion pour

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les assemblées délibérantes, Philippe II fut contraint d'autoriser cette réunion, dont l'urgente nécessité lui était démontrée dans toutes les dépêches de son lieutenant. Il fallait, par les moyens les plus prompts, obtenir la continuation des deux millions de florins votés en 1572, en remplacement du dixième et du vingtième denier; il fallait empêcher la désorganisation du gouvernement et de l'armée ; il fallait aussi employer l'influence des mandataires des provinces à combattre la désafïection qui augmentait chaque jour.

Mais lorsque les députés arrivèrent à Bruxelles, la mutinerie des vieilles bandes espagnoles avait déjà forcé le représentant de Philippe II à se rendre à Anvers. Jamais l'embarras de Requesens ne fut plus grand. Il n'osait point sortir d'Anvers, menacé par une soldatesque exaspérée, et, d'un autre côté, il craignait que, pendant son absence de Bruxelles, des propositions factieuses ne se fissent jour au sein des états généraux. Il résolut donc de rompre, s'il était possible, l'assemblée de Bruxelles, en appelant les mandataires des provinces dans le voisinage d'Anvers.

Le jeudi, 5 mai, les députés furent invités à se réunir, à trois heures de l'après-midi, dans la grande galerie de la cour. Le baron de Berlaymont, chef du conseil des finances, et le conseiller d'Assonleville leur exprimèrent les regrets du gouverneur de ne pouvoir venir à Bruxelles sitôt qu'il l'avait espéré pour faire la proposition générale dont le Roi l'avait chargé. Ils les prièrent en conséquence de se trouver le samedi suivant à Lierre, oii les états s'assembleraient le lendemain. Le pensionnaire de Bruxelles, après avoir consulté tous les députés, répondit qu'ils avaient pour mission de se trouver à Bruxelles, et qu'il craindraient d'être désavoués par leurs commettants si, allant à Lierre, ils n'y étaient pas entièrement libres. Le conseiller d'Assonleville chercha à les rassurer : « Oii est le pape, dit-il, est TomeI. 23

« Rome, cl où sont le Roi et son gouverneur, là est la cour. » Les mandataires du Brabant et de la Flandre consentirent alors, moyennant l'assurance qui leur était donnée, à se trouver à Lierre ; mais il fut impossible de surmonter la répugnance des autres députés, notamment de ceux du Hainaut et de l'Artois. Tous voulaient bien cependant attendre le retour du gouverneur à Bruxelles. Ils profitèrent de ce réjiit pour examiner, discuter et enfin approuver un cahier de remontrances préparé parles députés du Brabant *.

C'était à l'influence des états de Brabant que Requesens attribuait le mauvais vouloir qui commençait à se manifester dans toutes les provinces. Les étals de Brabant eux-mêmes cédaient aux excitations d'un membre de la noblesse, le duc d'Arsehot, alors le personnage le plus considérable des Pays-Bas. Ce grand seigneur, autrefois l'adversaire du prince d'Orange et du comte d'Egmont, était toujours royaliste et catholique. Mais il s'attachait néanmoins à blâmer, avec une extrême énergie, tout ce qui s'était fait depuis huit ans dans les Pays-Bas. « La haine qu'il porte aux étrangers est si grande, disait Requesens, qu'on peut le regarder comme la cause du mécontentement des autres et de l'obstination des états de Brabant dans les prétentions qu'ils élèvent pour restreindre dans des limites plus étroites la domination des Espagnols -. »

' Requesens au baron de Berlaymont et au conseiller d'Assoiileville, d'Anvers, 6 mai 1574. {Correspondance de Philippe II, t. III, append., p. 522.)— Relation du voyage des députés envoyés par les étals de Hainaut à Bruxelles, et de l'asisemblée des états généraux tenue en cette ville (29 avril- 8 juin 1574). dans les Analectes historiques de M. Gachard, t. II, pp. 469-476.

* FoJr, entre autres, les lettres de Requesens au Roi, du 24 février et du 24 mars, et une réponse du Roi, du 31 mars 1574. [Correspondance de Philippe II, t. m, pp. 24-46.)

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