‹ Histoire de la révolution des Pays Bas sous Philippe II (volume 5)Chapitre 96 sur 131 · LIVRE VII · texte numérisé non relu

LIVRE VII

Le samedi, 5 juin, Requesens, après avoir apaisé par des concessions humiliantes les vieilles bandes espagnoles, fut enfin de retour à Bruxelles. Il s'empressa d'assembler les conseils (conseil d'État, conseil privé et conseil des Troubles), afin qu'ils examinassent une dernière fois toutes les dispositions qui avaient été adoptées avant son départ, pour la publication du pardon général accordé par le Roi.

Le successeur du duc d'Albe s'était proposé d'inaugurer son administration par une amnistie; mais Philippe lï n'avait approuvé celle-ci que dans les premiers jours du mois de mars. Peut-être l'héroïque résistance des insurgés hollandais détruisit-elle jusqu'au sein du conseil d'État d'Espagne l'inHuence longtemps prépondérante du duc d'Albe. Lorsque, vers la fin du mois de janvier, le conseil eut été appelé à délibérer sur les lettres de Requesens, on remarqua un changement notable dans les dispositions jusqu'alors dominantes. A l'exception du prieur don Antonio de Tolède, beau-frère du duc d'Albe, tous les conseillers se prononcèrent pour le pardon ainsi que pour l'abolition du dixième denier et du conseil des Troubles; même le duc de Medina-Celi déclara positivement que le dixième denier n'avait pas été librement consenti par les états des Pays-Bas '. Philippe 11 adopta l'opinion de la majorité du conseil d'Etat d'Espagne. Contrairement à l'avis du duc d'Albe, il décida que le pardon serait général, sauf exception nominative des principaux coupables. On imiterait ainsi ce qui s'était fait en Castille, lors de la révolte des commwwero5 sous Charles-Quint. Philippe autorisa également le grand-commandeur à supprimer le dixième denier, mais en subordonnant cette concession au vote, par les états, d'une subvention annuelle qui ne pourrait être moindre de

' Relation envoyée au Roi, le 30 janvier 1374, par le secrétaire Çayas, etc. {Correspondance de Philippe II, t. III, p. 44.)

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deux millions de florins, pendnntsix ;ins. Enfin le Roi, sans plus tenir compte des représentations du duc d'Albe, s'en remettait également au grand commandeur, quant à l'abolition du conseil des Troubles \

Requesens se berçait du vain espoir que ces concessions, quelque tardives qu'elles fussent, apaiseraient les mécontents, désarmeraient les insurgés et réconcilieraient les Pays-Bas avec le fils de Charles-Quint.

Le 6 juin, dimanche de la Trinité, vers neuf heures, le lieutenant de Philippe II se rendit à l'église deSainte-Gudule, accompagné des chevaliers de la Toison d'or, des membres des conseils, des députés aux états généraux et de tous les nobles qui se trouvaient à la cour. L'archevêque de Cambrai, délégué du pape, étant arrivé quelques instants après, le commandeur alla le recevoir lui-même à la porte de l'église. Une messe solennelle fut célébrée par l'archevêque Pendant l'office, François Richardot, évéque d'Arras, monta en chaire et, dans un sermon éloquent, s'adressa successivement aux membres du gouvernement et au peuple. Il remontra aux uns qu'il fallait mener les affaires avec droiture et sans feintise ; au [leuple il signala la grâce que le pape et le Roi faisaient aux Pays-Bas par le pardon qui allait être proclamé. Le célèbre piédicateur, alors au déclin de sa carrière, s'efforçait de rendre un dernier service au fils de Charles- Quint -. La messe achevée,, lecture fut donnée d'une bulle du pape Grégoire XIII, qui accordait un pardon général aux habitants des Pays-Bas coupables d'hérésie ou d'offenses envers la religion '.

* Le Roi à Requesens, 40 mars 1574, [Correspondance de Philippe II, t. 111, pp. 33 et suiv.)

^ François Richardot mourut le 26 juillet ■1574. — 11 eut pour successeur, sur le siège d'Arras, Mathieu Moullart, abbédeSainl-Ghislain.

' Requesens au Roi, 15 juin 1574. [Correspondance de Philippe II,

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