‹ Histoire de la révolution des Pays Bas sous Philippe IIChapitre 103 sur 159 · LIVRE XV (15G · texte numérisé non relu

LIVRE XV (15G

nombre d'autres gentilshommes fugitifs, parmi lesquels on distinguait Jes principaux de ceux qui , avec Bréderode, avaient autrefois organisé la confédération de Ja noblesse et soutenu le Compromis'. En outre, le conseil des troubles ordonna que riiôtel de Culembourg serait démoli de fond en comble, afin qu'il ne demeurât aucun vestige du lieu exécré où la conspiration des gueux avait pris naissance. Ces sentences furent purelation des revenus que possédaient aux Pays-Bas les seigneurs dont les biens fu'-eut confisqués. Le prince d'Orange avait lo2,78o florins de revenu ; ses charges étaient de 98,36G florins. II avait'engagé la ville et seigneurie de Warneton, et le village de Herstal près de Liège. Il avait vendu à Melchior Schetz les terres et seigneuries de Rumpst, Boom, Heyndonck et Hoboken, qui provenaient de la maison de Buren, pour 103,000 florins, ainsi que les seigneuries de Willebroeck , Ruysbroeck et Hinghene pour 41,000 florins. Il avait, outre les maisons de ses terres, une maison principale à Bruxelles, et, contiguë à celle-ci, une autre petite maison avec jeu de balle, puis une autre encore à Malines. — Les revenus du comte d'iigmont étaient de 62,944 florins. Il avait une maison principale à Bruxelles, et d'autres à Malines, Gand, Bruges, Arras et la Haye. — Ceux du comte de Hooghstraeten étaient de 46,827 florins. 11 avait une maison à Bruxelles, contiguë au palais, une à Malines et une autre à Lierre. — Ceux du marquis de Berglies se montaient à 50,872 florins, ceux du seigneur de Montigny à 4 1,250 florins, ceux du comte de Hornes à 8,473 florins, ceux du seigneur de Bréderode à 8,140 florins, etc.

' Van Meteren cite Eustache deFiennes, S^d'Esquerdes, et son frère Guislain. S"- de Lumbres; Charles le Revel, S"" d'Audrignies; Charles Vander Noot, S»- de Risoir et le S'' de Carloo ou de Charloy, son frère; Bernard de Mérode, S-^ de Rummen ; Guillaume de la Marck, S"- de Lumey ; Adrien de Berges, S"- de Dolhain ; Georges de Montigny, S"" de Noyelles; Martin de T'Serclaes, Sr deTilly; Philippe Vander Meere, S>- de Sterbeke ; Philippe de Marbais, S' de Louverval ; Charles de Levin, S"- de Famars ; Jean le Sauvage, S"" d'Escaubecque ; N. de Hammes, dit Toison d'or; Philippe de Marnix, Sr de Sainte-Aldegonde ; Adolphe Vander Aa ; Mol, lieutenant des fiefs en Brabant ; Charles de Boysot et sa femme ; Adrien de Swieten ; Thierry deSonoy ; Adrien de Bomberghen, etc. Histoire des Pays-Bas, fol. 55.

bliées au son des trompettes et affichées aux bailles du palais ducal à Bruxelles, ainsi que dans toutes les villes du pays '.

Le l" juin , dix-huit nobles , anciens confédérés ou capitaines des gueux, furent décapités à Bruxelles, sur la place du Sablon, 011 neuf enseignes de soldats espagnols étaient rangées en bataille, prêtes à tourner leurs armes contre le peuple. Des fenêtres de son hôtel, Noircarmes, avec Berlaymont et ses autres collègues du conseil des troubles, eut la cruauté d'assister à cet effroyable spectacle. On distinguait parmi les condamnés Gysbert et Thierry de Batenbourg, Pierre d'Andelot et Maximilien de Blois. Les deux jeunes barons de Batenbourg et Maximilien de Blois montèrent les premiers sur l'échafaud , fidèles à la religion protestante et refusant les confesseurs dont le duc d'Albe avait voulu les pourvoir. Pour que le peuple ne put entendre leurs protestations, les officiers espagnols ordonnèrent des roulements incessants des tambours II en fut de même lorsque s'avancèrent Philippe de Wingle ; Bartholomé de Vale, Italien d'origine ; Philippe Triest, de Gand ; Jean Rumaulx ; Louis Carlier , de Cambrai ; Pierre et Philippe Waterleys , qui tous demeurèrent également constants dans les doctrines protestantes. Mais les tambourins cessèrent leurs roulements lorsque parurent les sept condamnés qui avaient accepté des confesseurs et voulaient mourir en catholiques. Ce furent Jean de Blois, Artus de Batson, chambellan de

' BoR, t. l""'', fol. 109, et Supplément a Stracla, t. l", p. 27-1. — Ace sujet, le comte de Hoogbstraeten écrivit de Cologne au prince d'Orange, le 5 juin : « ... J'ay eu advertence verbale que samedy sommes entre nous « six, quy avions esté appeliez dedens avecq trompettes en janvier d^, estez " bannis à jamais, et jugez avec la même cérémonie que l'on nous con- " âsquoit corps et biens, mais espère pour n'y avoir fondement que mon- « strerons de brief que nous en soulcions peu, et que ce bon Dieu nous en M fera quelque jour la raison... « Archives de la maison d'Orange^Nassau, t. III, p. 241.

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Bréderodeet Jacques dllpendam, son secrétaire; Suert Beyma et Herman Galasraa ; enfin Constantin de Bruxelles , mayeurde Hoboken , et Freniin Pelcier. Une distinction fut encore établie, après cette terrible exécution. Ceux d'entre les suppliciés qui étaient morts en catholiques reçurent la sépulture dans l'abbaye de Caudenberg. Pour les autres, leurs cadavres et leurs tètes furent attachés à des poteaux dressés sur les hauteurs du village de Schaerbeék, et ces horribles trophées de la tyrannie demeurèrent là jusqu'à ce qu'ils fussent entièrement consumés. On ne fit d'exception qu'en faveur des quatre principaux, parce qu'ils étaient de noble race. Les cadavres des barons de Batenbourg, de Pierre d'Andelot et de Maximilien de Blois, après avoir été pareillement attachés pendant cinq ou six heures, furent enterrés sur le chemin, dans une terre non consacrée, derrière la chapelle des lépreux à Schaerbeék '.

Le lendemain , de nouvelles exécutions eurent lieu sur le Sablon. Le duc d'Albe y fit mourir par l'épée Cornelis de Meen, ministre des réformés; Quentin Benoît, bailli d'Enghien, et les deux capitaines faits prisonniers à la défaite de Dalhen, Jean de Montigny, S" de Villers, et le S" de Dhuy, issu d'une branche illégitime des anciens comtes de Namur. Yillers, ayant appris

' Van Meteuen, liv. X ; — Bor, t. l^r, fol. 169 \° et 170 ; — Grande chronique de Hollande, t. II, p. 200; — Strada, lib. VII; — Archives de la maison d'Orange-Nassau , t. III, p. 239; — Histoire de Bruxelles, par Henné et Wauters, t. I", p. 417. — La sentence criminelle prononcée contre Maximilien de Blois (surnommé Cock de Leeriughe] porte la date du 28 mai \ 568 ; il était condamné au dernier supplice comme un des premiers confédérés et des principaux auxiliaires de Bréderode, et en outre comme adhérant « à la nouvelle séditieuse religion calvinistique. » Voir cette sentence ainsi que les jugements prononcés contre Jean de Blois , Jacques d'Ilpendam, Suert Beyma et Herman Galasma, dans le recueil de Marcus [Sententien en indagingen van den hcrtog van Alba, etc., pp. 72 et suiv.).

comment on avait agi la veille à l'égard de ses compagnons d'infortune, déclara à son confesseur qu'il voulait mourir en catholique-, il demanda ensuite quelques avantages pour sa sœur, et, pour lui-même, la faveur d'être enterré. Le S"" de Dhuy ayant fait la même déclaration, on ne les plaça point entre des tambours, car on présumait n'avoir plus rien à craindre d'eux. Villers s'avança vers l'échafaud en saluant ses amis et les personnes qu'il avait connues-, il fit ensuite sa prière en latin et en français, confessant qu'il avait bien mérité devant Dieu une plus rigoureuse mort. Cependant, on l'entendit bientôt s'écrier d'une voix plus forte qu'il n'était point traître, mais qu'il mourait pour le service du roi, pour la défense du pays et de ses franchises. Comme son confesseur s'efforçait de l'interrompre, il ajouta que sa mort serait bientôt vengée. Plus humble ou plus résigné, le S' de Dhuy pria le peuple de lui pardonner et de prier Dieu pour son âme. Le bourreau ayant porté à cet infortuné deux coups mal adressés, la foule s'indigna et s'avança même en proférant des menaces ; mais elle fut bientôt refoulée par les soldats espagnols qui entouraient l'échafaud ' .

Tandis que le sang des anciens confédérés ruisselait sur la place du Sablon, le duc d'AIbe faisait terminer précipitamment le procès intenté aux comtes d'Egmont et de Hornes. Philippe II n'avait d'ailleurs cessé de stimuler son lieutenant pour qu'il hâtât « l'affaire du châtoi. » Presque honteux de cette insistance , le duc d'AIbe crut devoir représenter à son maître qu'il lui était impossible d'aller plus vite, «voulant, disait-il, pour la jus-

' D'après Van Meteren, le S"- de Villers serait mort en la religion réformée, qu'il aurait hautement exaltée sur l'échafaud, et le S^ de Dhuy aurait terminé sa vie presque de la même manière. Mais comme l'un et l'autre furent enterrés dans l'abbaye de Caudenberg, nous croyons que Strada a raison loisqu'il affirme qu'ils moururent tous deux en catholiques, mais pas tout à fait avec la même résignation.

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lification du roi, devant le monde entier, que les temps ordinaires de la justice soient observés '. '• Cependant, il fut bien loin de faciliter la défense des illustres prisonniers ; après leur avoir enfin permis de communiquer avec leurs procureurs, il ne leur laissa pas le temps nécessaire pour se concerter convenablement, ni pour citer et produire leurs témoins et preuves ^ En observant à l'égard des deux accusés les apparences de la justice, le duc d'Albe croyait avoir assez fait pour la justification de son maître. Ce simulacre de procès ne devait servir qu'à ménager un peu les princes et seigneurs allemands, très-émus en faveur des prisonniers; mais, en réalité, les comtes d'Egmont et de Hornes étaient condamnés depuis longtemps, et aucune intercession ne pouvait les sauver. En vain l'empereur Maximilien fit-il savoir au roi que les électeurs l'avaient supplié d'intercéder auprès de lui, afin qu'il usât de clémence envers ses sujets des Paysl;as, et qu'ils fussent traités conformément aux constitutions de l'Empire ; en vain, le même empereur, les ducs de Bavière et de Lorraine, et d'autres princes, lui avaient-ils écrit plusieurs fois, et d'une manière pressante, en faveur des comtes d'Egmont et de Hornes : Philippe II demeurait inflexible. D'une part, il enjoignait au duc d'Albe de hâter le procès; de l'autre, il déclarait durement à l'ambassadeur impérial qu'il n'agirait point autrement , « alors même qu'il risquerait la souveraineté des Pays- Bas, et que le ciel viendrait à tomber sur sa tête ^. »

Le 3 juin, les comtes d'Egmont et de Hornes furent extraits du château de Gand, pour être conduits à Bruxelles. Trois mille

' Voir la lettre du duc d"Albe au roi, du 13 avril 1568, dans la Correspondance de Philippe 11, t. II, p. 22.

^ Voir, à ce sujet, dans le Supplément a Strada, t. I", passim, les requêtes adressées au duc d'Albe par Guillaume Borchgrave, procureur du comte d'Egmont.

' Correspondance de Philippe II, t. II, pp. 14, 1o, 16, 18 et 27.

hommes de troupes espagnoles étaient rassemblés pour leur servir d'escorte. On les fit monter séparément dans des chariots. Le capitaine Tordesillas et un autre officier se placèrent près du comte d'Egmont -, Antoine d'Avila et le capitaine Erasso près du comte de lïornes. Des compagnies d'arquebusiers et de piquiers enveloppaient de toutes parts les prisonniers et auraient rendu stérile toute tentative pour leur délivrance. Cependant, il n'était pas possible de maîtriser les émotions du peuple. En voyant défiler le funèbre cortège, beaucoup d'habitants versaient des larmes sur la triste destinée de leur ancien gouverneur, le comte d'Egmont. Les prisonniers , avec leur escorte , passèrent la nuit à Termonde ; et, le lendemain, à trois heures de l'après-midi, ils franchirent les portes de Bruxelles , les troupes s'avançant en bataille, enseignes déployées et tambour battant. Le cortège s'arrêta sur le marché , devant le perron de la Maison du Roi. Ce grand édifice, qui faisait face à l'hôtel de ville, avait été construit sur l'emplacement des anciennes halles aux draps, au pain et à la viande. Plusieurs tribunaux du souverain y siégeaient ', et, dans ses vastes salles, les confréries avaient coutume de célébrer leurs festins. En des jours plus heureux, le comte d'Egmont y avait sans doute présidé les fêtes du Grand serment de Bruxelles, comme roi de cette confrérie \ C'était dans la Maison du Roi que les deux prisonniers devaient passer les dernières heures de leur existence. Ils furent logés, toujours séparément, en des chambres obscures et si mal meublées que le comte de Hornes, ayant voulu se reposer, ne trouva ni lit, ni commodité aucune.

Dès le l*"" juin, les deux accusés a\ aient été déclarés forclos,

' De là le nom de Maison du Roi donné à l'ancienne halle au pain ou Brood-huys.

'' U avait été proclamé roi du Grand .serment en 4551 et 1559.

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