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quoique leurs défenseurs eussent espéré qu'on n'aurait point recours à la forclusion dans une matière aussi importante. Le conseil des troubles continuait, sans désemparer et en présence du duc d'Albe , le rapport du procès. Cette lecture achevée, le duc se dispensa de demander les opinions de ses assesseurs ou de provoquer une discussion ; le conseil n'eut aucun avis à émettre ni aucune détermination à prendre. Le 2 juin, le duc d'Albe fît connaître aux membres du conseil la résolution du roi touchant les deux seigneurs prisonniers. Tout aussitôt, les sentences de mort furent rédigées par le conseiller Hessele et remises au duc. Le 4 juin, le conseil se réunit de nouveau , sans que Berlayroont et Noircarmes, toujours présents, eussent la pudeur ou le courage de protester contre le rôle déshonorant qu'on leur imposait. Le duc d'Albe ayant paru, le secrétaire Prats produisit les sentences , revêtues de deux signatures, la sienne et celle du gouverneur général, puis il en donna lecture, sans que personne encore osât élever la voix contre cet assassinat juridique, tout le conseil présumant que la résolution de faire mourir les deux seigneurs venait d'Espagne '. Les sentences, visées par le duc d'Albe, déclaraient les comtes d'Egmont et de Hornes criminels de lèse-majesté , les condamnaient à être exécutés par
' Tels sont, en résumé, les précieux renseignements que fournit en 1577 le docteur del Rio, membre du conseil des troubles, en réponse à l'interrogatoire auquel il avait été soumis par l'ordre du prince d'Orange (Voir Messager des sciences historiques, t. VI). — M. Gacbard, ayant examiné, avec la plus scrupuleuse attention, aux archives de Simancas, la correspondance entre Philippe II et le duc d'Albe, n'y a rien trouvé d'où l'on puisse inférer que celui-ci demanda les ordres du roi sur ce qu'il devait faire relativement aux comtes d'Egmont et de Hornes. « Tout-- me porte à croire, dit-il, que la perte de ces deux seigneurs avait été résolue avant que le duc partît de Madrid. » Notice sur le conseil des troubles, p. 13. On peut aussi consulter VHistoire de Ferdinand Alvarez de Tolède, etc. t. II, p. 299.
1 epée, <i leurs têtes devant ensuite élve mises en lieu publicq et hmdt, '» et confisquaient tous leurs biens '.
Le soir, Martin Rithove, évêque d'Ypres, mandé à Bruxelles par le duc d'Albe, se rendit au palais. Ce prélat, que sa science et sa vie irréprochable faisaient respecter de tout le monde, ne se doutait point de la terrible commission dont le gouverneur allait le charger. Le duc lui déclara brusquement qiîe les comtes d'Egmont et de Hornes étaient condamnés à la mort et qu'ils seraient exécutés le lendemain ; en môme temps, il lui tendit la sentence du comte d'Egmont. Profondément ému, l'évêque tomba aux pieds du représentant de Philippe II, et , les larmes aux yeux, implora sa clémence. Le duc ayant répondu qu'il fallait respecter les arrêts de la justice, I évéque insista, avec plus de véhémence , pour qu'un délai fût au moins accordé aux con-
' Voici le texte de la sentence de mort prononcée par le duc d'Albe contre le comte d'Egmont : « Veu par monseigneur le duc d'Alve, marquis de Coria, lieutenant gouverneur et capitaine général pour le roi es pays de par-deçà, le procès criminel d'entre le procureur général de Sa Majesté, demandeur, allencontre de Lamoral d'Egmont, prince de Gavre et comte d'Egmont, prisonnier, deffendeur ; veu aussy les enquestes faictes par ledit procureur général, tiltres et lettriages par icelluy exhibez, les confessions dudit prisonnier, avec ses deffences, tiltres et lettriages servis à sa descharge; veu pareillement les charges résultant dudit procès d'avoir ledict comte commis crime de lèse-majesté et rébellion, favorisant et estant complice de la ligue et conjuration abominable du prince d'Orainges, et quelques autres seigneurs desdits pais; ayant aussy ledict deffendeur prins en sa sauvegarde et protection les gentilzbommes confédérés du Compromis, et les mauvais offices qu'il a faicts en son gouvernement de Flandres, allendroit de la conservation de nostre sainte foy catholique, et deffence d icelle, avec les sectaires séditieux et rebelles de la sainte église apostoliqueromaine et de Sa ^^lajesté. Considéré, en oultre, tout ce qui résulte dudit procès, Son Excellence , le tout meurement délibéré avec les conseillers lez-elle, déclaire, ïuyvant ce, ledit comte avoir commis crime de lèsemajesté et rébellion, et comme tel debvoir estre exécuté par l'espée, et la
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damnés. Alors le lieutenant de Philippe TI repartit vivement, et non sans colère, qu'il ne l'avait pas appelé à Bruxelles pour mettre obstacle à l'exécution des sentences irrévocablement prononcées, mais bien pour consoler le comte d'Egmont et le disposer à mourir chrétiennement. Voyant que toutes ses supplications seraient inutiles, levéque sortit du palais et se rendit à la Maison du Roi.
Il était onze heures du soir lorsqu'il traversa le Marché. En ce moment même, des ouvriers élevaient un échafaud en face de la Maison du Roi, et des soldats espagnols surveillaient ces apprêts funèbres. Toutes les mesures étaient prises, d'ailleurs, pour prévenir et, au besoin, pour combattre une sédition populaire ; le poste même de l'hôtel de ville, que les privilèges communaux confiaient aux serments, leur avait été enlevé, et un
teste mise en lieu publicq et hault, afin qu'elle soit veue d'un chacun, où elle demeurera si longuement et jusques à tant que par Sadite Excellence aultrement en sera ordonné, et ce pour exemplaire chastoy des délicts et crimes par ledit comte d'Egmont perpétrez; commandant que personne ne soit osée de la oster, soubs paine de dernier supplice : déclarant tous et quelconques ses biens, meubles et immeubles, droits et actions, fiefs et héritaiges, de quelque nature ou qualité, et la part où ils sont situés et pourront estre trouvés, confisqués au profit de Sa Majesté. Ainsi arresté et prononché à Bruxelles, le 4 de juin 1568.
« Signé : le duc d'Alve ; et plus bas : Prats. »
La sentence prononcée contre le comte de Bornes était de la même teneur. De même que le comte d'Egmont, il était déclaré criminel de lèsemajesté, complice de la ligue et conjuration abominable du prince d'Orange, et protecteur des gentilshommes confédérés du Compromis. On lui imputait ensuite « les mauvais offices qu'il a faits en la ville et cité de Tournay, y estant envoie par madame la duchesse de Parme, lors régente et gouvernante desdits pais, pour remédier aux désordres et tumultes advenus audict lieu, allendroit de la conservation de notre saincte foy catholicque, et defifense d'icelle avecq les sectaires séditieux et rebelles de la sainte église apostolique-romaine et de Sa Majesté. »