‹ Histoire de la révolution des Pays Bas sous Philippe IIChapitre 107 sur 159 · LIVRE XV · texte numérisé non relu

LIVRE XV

détacha alors, et on les joignit aux cadavres déjà placés dans des cercueils de plomb. Vers quatre heures, ces cercueils furent portés au couvent des Récollets, sous l'escorte du «i Grand Serment. » Le lendemain, le clergé de l'église de Sainte-Gudule, accompagné d'un grand nombre de notables et suivi d'une multitude immense, alla chercher ces tristes dépouilles et leur donna asile à la collégiale , où les obsèques des deux seigneurs furent célébrées avec pompe. On avait placé un blason funèbre sur la porte de l'hôtel d'Egmont; mais le duc d'Albe ordonna de l'enlever. Malgré la terreur qui planait sur la ville, les sentiments réels du peuple s'étaient fait jour. On voyait une foule de gens sapprocher des deux cercueils et baiser le plomb où les restes des comtes d'Egmont et de Hornes étaient enfermés; sans souci des délateurs, ils proféraient des menaces et disaient que l'on vengerait cette mort. Les dépouilles mortelles du comte d'Egmont furent enfin déposées au couvent des Riches-Claires, et, après y avoir été embaumées, transportées dans son bourg de Sotteghem, en Flandre, où on leur donna la sépulture. Le corps du comte de Hornes, après avoir été embaumé aussi dans le couvent des Dominicains, fut inhumé dans l'église de Saint-Martin à Weert ' .

' Les détails de ce récit ont été tirés des ouvrages suivants : P. Bcr, Neerlansche oorlogen, 1. 1", foL 1 71 -172 ; — Grande chronique de Hollande, t. II, pp. 200 et 201 ; — Van Meteren, liv. X ; — Guotius , Annales, liv. II ;

— Histoire des troubles et guerres civiles des Pays-Bas (1 vol. in-S" imprimé en 1582). pp. 175-178 ; —Lavraye et entière histoire des troubles, etc. (imprimée à Bâle en 1572), t. h'^, p. i33;—Briefve histoire des guerres civiles advenues en Flandre, etc., par Gabriel Chappuis (imprimé à Lyon, en 1578), p. 93-98 ; — Strada, lib. VII ; — Supplément a Strada, t. 1", pp. 258-265;

— Historia episcopatus Iprensis (Bruges, 1851) ; on y trouve, pp. 52-54, une lettre contemporaine oîi l'auteur raconte les derniers moments du comte d'Egmont, d'après des informations recueillies de la bouche même de Martin Ri thove; —Archives de la maison d'Orange-Nassau, t. III, pp. 244 et suiv. ; — Ibid., supplément (Morillon à Granvelle, 7 et i3 juin 1568),

L'exécution des comtes d'Egmont et de Hornes n'émut pas seulement le peuple, elle attendrit ou effraya jusqu'aux personnages, que leur position obligeait à soutenir la politique du roi. deux qui avaient siégé , avec les deux seigneurs, au conseil d'État et ceux qui avaient combattu avec eux , sur les mêmes champs de bataille, ne pouvaient rester insensibles devant une si grande infortune. Malgré la réserve méticuleuse qui le caractérisait, Viglius laissa percer son agitation secrète dans la lettre qu'il écrivit à Hopperus, quelques heures après l'exécution, et oli il disait que l'on n'avait pas vu pareil spectacle depuis plusieurs siècles '. Granvelle , en apprenant à Rome la fin tragique de ses anciens adversaires , se montra plus affligé encore ^ Le duc

pp. 81 et 84 ; — Brantô.me (Capitaines étrangers, t. II , pp. 168 et suiv.) s'est servi des dépêches de Mondoucet, résidant de France à Bruxelles et témoin de l'exécution. — Histoire de Bruxelles, par Henné et VVauters, t. I, p. 419. — Lettre de l'évêque d'Ypres au roi, du 9 juin 1368. [Gedenkstukken tôt opheldering der nederlandschc geschiedenis, door L. Ph. G. van DEN Bergii, p. 278, Leide, 1842.) Martin Rithove dit dans cette lettre que le comte d'Egmont est mort » coram ingentl mullitudine hominurn gementium et plorantium. » II signalait aussi la douceur et la résignation dont Egmont ne s'était point départi dans ses derniers moments.

' 11 s'exprimait en ces termes : « ... Hîc primo, secundoque hujus mensis <• die, nobiles schedula annotati, extremo sunt supplicie afTecti; atque hoc « die Egmondanus, Hornensisque capitibus quoque truncati, eaque in foro u Bruxellensi stipitibus infixa sunt, magna summè omnium commisera- « tione, quale certe exemplum multis saeculis hic non est visum... » Supplément a Strada, t. II, p. 5b9.

2 « Dieu, disait-il, pardonne aux exécutés! Et Dieu sait que je sens « extrêmement qu'en M d'Egmont (contre l'espoir que j'en avois) se soit « trouvé cause pour procéder avec telle rigueur à l'endroit de sa personne. « Je prie Dieu qu'il lui fasse merci, comme j'espère, s'étant chrétienne- « ment et catholiqueuîent disposé à la mort. » Le cardinal de Granvelle à Belin, de Rome, 17 juillet 1568, dans le Supplément aux archives de la maison d'Orange-Nassau, p. 84.

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