LIVRE XV
Au lieu d'une déclaration satisfaisante du commandant de Groningue, Louis de Nassau reçut un message assez menaçant, que lui apportait un gentilhomme de l'empereur. Maximilien II, cédant aux réclamations du duc d'Albe, faisait dire à son antagoniste qu'il eût à se retirer et à congédier ses gens, selon l'obéissance qu'il devait à l'Empire '. Le comte répliqua qu'il ne le pouvait faire, avant d'avoir communiqué cette injonction à son frère, le prince d'Orange, et à ses autres alliés desquels il savait bien que Sa Majesté recevrait bonne réponse. La communication impériale, provoquée par le duc d'Albe, exerça toutefois une influence fâcheuse dans le camp des gueux. Un certain nombre d'Allemands, craignant de voir confisquer les biens qu'ils avaient dans l'Empire, abandonnèrent les drapeaux du prince d'Orange.
Le iS juillet, le duc d'Albe arriva lui-même à Groningue avec le corps d'expédition qu'il commandait. Quelques jours auparavant, les gueux avaient reçu, de leur côté, un nouveau renfort de huit cents arquebusiers, tant lorrains, liégeois qu'autres wallons, et en outre six cents chevaux , que le comte Josse de Schouwenbourg avait amenés à travers l'évêché de Munster. Dès le 17, les Espagnols assaillirent les gueux et les obligèrent à quitter leur camp et à se retirer vers la Frise orientale. Le
Nassau et de Hooghstraeten , comme ceux-ci le donnaient à entendre. Le duc d'Albe lui fit savoir d'Anvers (29 juin) qu'il lui défendait bien expressément, de par le roi, de correspondre avec <> ces gens ; » il ne convenait point, disait-il, à un « chevalier d'honneur, « de répondre à des >• traîtres ; « enfin, il lui défendait de recevoir encore des communications de leur part. Archives de la maison d'Orange-Nassau, t. III, pp. 251-234, et Correspondance du duc d'Albe, etc., pp. 442 et 145.
' Dès le -12 mai précédent, Maximilien II avait signé des lettres patentes, par lesquelles il défendait au prince d'Orange et à ses partisans de faire des levées contre les Pays-Bas, les menaçant d'être traités comme infracteurs de la paix de l'Empire. Archives de la maison d'Orange- Nassau, t. III, p. 219.
tluc d'Albe se mit immédiatement à leur poursuite. Laissant Éric de Brunswick à Groningue avec mille six cents chevaux, il se dirigea vers Wedden, que les gueux avaient abandonné, et de là à Reyde où il établit sur l'Ems un pont qu'il fit garder. Louis de Nassau avait reculé jusqu'à Jemmingen, position très-forte aux bords du même fleuve et presque en face de la ville d'Emden. C'est là qu'il voulait se retrancher et se défendre jusqu'à ce que le prince d'Orange, en pénétrant lui-même sur un autre point des Pays-Bas, eût obligé le duc d'Albe à sortir de la Frise. Mais celui-ci ne laissa aucun répit à son adversaire. La position où s'était établi Louis de Nassau , n'était accessible que par un chemin très-étroit et traversé par trois ponts : les gueux avaient eu soin de les rompre et de faire garder ces passages par leurs arquebusiers. Parvenu, le 21 juillet, devant cette espèce de défilé, le duc n'hésita point à y engager ses troupes. Vers dix heures du matin, il ordonna à mille cinq cents arquebusiers et mousquetaires espagnols d'attaquer les ennemis, et ils le firent si vivement qu'ils obligèrent les gueux à se retirer des ponts et à se replier sur le corps de bataille. Les Espagnols, après avoir rétabli les ponts, se précipitèrent, avec la même impétuosité, sur les retranchements garnis d'artillerie, derrière lesquels les gueux se tenaient en bataille, partagés en deux corps d'infanterie et un escadron de cavalerie. Malheureusement une nouvelle insurrection des lansquenets allemands venait de paralyser les dispositions prises par Louis de Nassau. Il avait ordonné de percer les digues afin de submerger l'ennemi et de l'obliger à la retraite. Mais les Allemands, voyant qu'on avait besoin de leur service , commencèrent à réclamer leur solde , disant qu'ils l'avaient bien méritée pour a^'oir été si longtemps devant Groningue. Les chefs, s'efforçant de les apaiser, leur montraient le danger où ils étaient tous, leur faisaient remarquer que ce n'était pas le moment de compter de l'argent, mais bien de combattre,