LIVRE XV (15G
et les priaient enfin de les aider, pour le moins, à |)orcor les digues. En parlant ainsi, Louis de Nassau et les autres capitaines leur donnaient l'exemple, car ils avaient eux-mêmes le « pâlot 1) è la main. Mais toutes ces représentations furent vaines et le désordre augmentait dans le camp des gueux , tandis que l'ennemi, qui s'était aperçu de la contenance des Allemands, redoublait d'efforts pour escalader les retranchements. Enfin les Espagnols se jetèrent dans les tranchées, qui n'étaient pas faites à demi, et mirent les gueux dans une déroute complète. Le carnage fut effroyable; les gueux perdirent, dit-on, sept mille hommes tués ou noyés dans l'Ems. Parmi les morts se trouvait Adolphe Van der Aa, qui avait été un des plus actifs auxiliaires de Bréderode. Louis de Nassau, après des efforts chevaleresques pour empêcher ce désastre, se jeta dans l'Ems et réussit à se sauver dans une barque qui le transporta à Emden. Le comte de Schouwenbourg se mit également en sûreté avec une partie de sa cavalerie. Quant au comte de Hooghstraeten, il avait quitté le camp depuis deux jours : savait-il que son frère, George de Lalaing, combattrait avec les Espagnols ' ?
Les autres tentatives , qui auraient dû coïncider avec la grande invasion du prince d'Orange, toujours différée par le manque d'argent, n'eurent point une issue plus heureuse. Le comte Van den Berg, qui avait pénétré trop tôt en Gueldre, ne réussit point à se maintenir dans son château de S'Heerenberg, d'où il avait d'abord chassé la garnison espagnole ^ De son côté, le S*^ de Cocqueville avait rassemblé des gens de guerre sur les frontières de l'Artois. Ces bandes se composaient principalement de huguenots français et d'exilés belges, qui avaient quitté l'An-
' Lettres du duc d'Albe au conseil d'État, du M et du 22 juillet -1568, dans ]3i Correspondance du duc d'Albe, etc., pp. 154 et 157. Fo/r aussi Van Meterkn, fol. G1 v^, et Grande chronique de Hollande, t. II, p. 202.
^ Van Meteren, fol. .57.