‹ Histoire de la révolution des Pays Bas sous Philippe IIChapitre 111 sur 159 · II · texte numérisé non relu

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gleterre pour coopérer à la délivrance de leur patrie. Elles formèrent à la fin une troupe de mille deux cents hommes de pied et une autre de quatre cornettes de cavalerie. Vers la fin du mois de juin, elles entrèrent dans le bailliage de Hesdin. Le duc d'Albe, qui se disposait alors à marcher lui-même contre Louis de Nassau, enjoignit au vicomte deGand, gouverneur d'Arras, et au comte du Rœulx, colonel d'un régiment d'infanterie wallonne, de joindre leurs forces pour attaquer les bandes du S' de Cocqueville. En mcme temps, il chargea don Francès de Alava, ambassadeur de Philippe II en France, de requérir l'intervention de Charles IX contre ces auxiliaires du prince d'Orange, pour le cas oîi ils rentreraient dans le royaume. Charles IX fit demander au prince de Condé si les bandes du S"" de Cocqueville avaient été rassemblées avec sa participation. Condé ayant désavoué cette entreprise, qui contrariait l'attitude nouvelle prise par les chefs des huguenots, alors momentanément réconciliés avec la cour, le roi ordonna au maréchal de Cossé, gouverneur de Picardie, d'avoir égard à la demande du duc d'Albe. Le maréchal s'empressa d'obéir à cette injonction. Cocqueville, repoussé d'Auxy-le-Château par le comte du Rœulx et obligé de regagner le territoire français, fut vivement poursuivi par le maréchal de Cossé. Celui-ci vint enfin l'assiéger dans Saint-Valery, près d'Abbeville, oii les auxiliaires du prince d'Orange s'étaient enfermés. Grâce à la défection d'une partie des défenseurs de la place, Cossé entra, le 18 juillet, dans Saint-Valery et passa au fil de l'épée presque toute l'armée huguenote. Cocqueville lui-même, tombé au pouvoir des troupes royales, fut décapité à Doulens, avec ses principaux lieutenants '.

' Con'espondance du duc d'Albe, etc., pp. 4 0-1 1 ; — Van Meteren, fol. 56 V" ; — Archives de la maison d'Orange-Nassau , t. III, p. 21 -1 ; — Grande chronique de Hollande t. Il, p. -195; Bor; t. ler, fol. 169.

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Le duc d'Albe s'était empressé de faire connaître au roi de France, à la reine d'Angleterre et au pape le succès éclatant qu'il venait de remporter sur l'armée de Louis de Nassau. Ce fut Pie V qui témoigna le plus de joie de la victoire de Jemmingen. Le courrier expédié par le duc d'Albe étant arrive à Rome le 4 août, l'ambassadeur espagnol, don Juan de Çuniga, s'empressa d'envoyer à Pie V les dépêches du lieutenant de Philippe II. Cette nuit-là même, le pape ordonna qu'il y eût une procession à laquelle il voulut assister à pied, revêtu de ses habits pontificaux, et avec tout le sacré collège, jusqu'à la Minerve. Le lendemain, il se rendit, de la même manière, au Saint-Esprit, et, le jour suivant encore, à Saint-Jacques des Espagnols ; le château Saint-Ange fut, en outre, illuminé pendant ces trois jours '.

Le contentement de Philippe II devait être moins expansif. Au moment même où le duc d'Albe exterminait les gueux sur les bords de l'Ems, le roi catholique voyait mourir son fils unique. La captivité imposée à don Carlos l'avait plongé dans le désespoir. Il voulut se jeter dans un brasier ardent, puis se laisser mourir de faim et de soif. Mais, après avoir repoussé

' Après avoir donné ces détails à Philippe II , l'ambassadeur espagnol ajoutait : « Je crois que la satisfaction que le Saint-Père éprouvait intén rieurement était plus grande encore que celle qu'il manifestait par ces « démonstrations , car de ma vie je ne vis homme si content que lui, « lorsque j'allai lui baiser les pieds pour l'en remercier. Il ne cessait de « bénir Votre Majesté et d'exalter le duc d'Albe, disant qu'il espérait en « Dieu que Votre Majesté mettrait en bon ordre non-seulement les affaires " des Pays-Bas, mais celles de la religion. Je l'assurai qu'il on serait ainsi, « pourvu qu'il aidât Votre Majesté. Il me répondit qu'il le désirait, et qu'il <■ voulait donner à Votre Majesté jusqu'aux calices des églises, et tout ce « qu'en bonne conscience il pourrait lui donner. « Lettre de don Juan de Çuniga au roi, écrite de Rome, le 13 août 15G8, dans la Correspondance de Philippe 11, t. Il, p. 35.

toute nourriture, il se ravisa tout à coup, but et mangea avec excès. Cette intempérance, après un long jeûne, porta un coup mortel à la santé déjà chancelante du prince et le conduisit rapidement aux portes du tombeau. Depuis le jour où il l'avait luimême arrêté, Philippe n'avait pas voulu revoir son fils ni lui pardonner. Toutefois, l'inquisition ne fut point chargée, comme on l'a prétendu, d'instruire le procès de l'héritier de la couronne d'Espagne. Aucun jugement ne fut porté par le Saint-OflQce. Philippe II avait cependant l'intention formelle de déshériter son fils ; mais pour légitimer cette décision , c'était, sans doute, devant le conseil d'État qu'il se proposait de lui faire un procès qui l'eût dépouillé de tous ses droits, déjà reconnus et jurés par les Cortès de Castille. La maladie du prince vint tirer Philippe II d'un cruel embarras et le soustraire à la nécessité d'un jugement qui eût été un déshonneur pour la maison d'Autriche. 11 se borna à provoquer une enquête sur la conduite du prince, et voulut même assister aux déclarations des témoins. Le mal, qui minait l'infortuné Carlos, faisait des progrès rapides. Bientôt il ne resta plus d'espoir, et, le 21 juillet, l'extrême onction fut administrée au moribond. Philippe II refusait toujours de voir son fils. Enfin^ dans la nuit du 23 au 24, lorsque le prince touchait à ses derniers moments, le roi consentit à descendre dans sa chambre, se plaça derrière Ruy Gomez et le grand prieur, contempla le mourant, sans en être aperçu, étendit le bras au-dessus de sa tête, puis se retira, en proie à une émotion qu'il ne pouvait plus maîtriser. A quatre heures du matin, don Carlos avait rendu le dernier soupir '. Le surlendemain, Philippe informa le duc d'Albe

• Le même jour, Hopperus écrivit à Viglius pour l'informer de la mort du prince : « ... De morbo, nihil, certè per parùmauditum, nisi abhinc tri- » bus autquatuo'r diebus... Hoc vespere ad sepuituram imus... » Epistolœ ab Hispaniâ, p. 184. — Voir, pour les détails, ï\avmeh, Geschichte Europas,

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de la mort du prince, son fils. <i Son trespas, disait-il, est ad- « venu le 24 de ce mois, après avoir, trois jours auparavant, -• receu avec grande dévotion ses sacrements, et avoir faictune « fin tant chrestienne et avec telle repentance et contrition, que <i c'a m'a esté beaucoup d'allégement ". » Elisabeth de Valois ne tarda point à suivre dans la tombe l'héritier de la monarchie espagnole -. elle mourut en couches, le 4 octobre. On a, pendant longtemps, voulu voir aussi la main vengeresse de Philippe II dans la fin prématurée de cette princesse : on a supposé qu'elle favorisait son beau-fils, et qu'un amour coupable les unissait l'un à l'autre. Mais des informations plus sûres sont venues démontrer le néant de ces hypothèses romanesques. L'inhumanité de Philippe n'alla point, rendons-lui cette justice, jusqu'à faire périr par le fer ou le poison Elisabeth de Valois, sa femme, et don Carlos, son fils.

La mort du prince d'Espagne eut un retentissement sinistre dans les Pays-Bas. Les opprimés, qui avaient placé leur espoir en don Carlos, ne doutèrent point que ce prince n'eût péri de mort violente. Tous les esprits furent alors frappés d'une consternation inexprimable. Que n'avait-on pas à redouter, disait-on, d'un roi dont la sévérité n'avait pas même épargné son fils unique ' ! En redoublant de cruauté, le duc d'Albe parut d'ail-

t. III, p. 1 29 ; — Herrera , Historia gênerai ciel rmindo , del tiempo de Felipe JI , etc.; — Histoire de saint Pie V, t. H, p. 27; — Gachard, Lettre à la coinmission royale d'histoire sur les documents concernant l'itisloire de la Belgique, qui existent dans les bibliothèques de Madrid et de l'Escurial, pp. 28-30.

1 Voir celte lettre à la suite de la Correspondance de Marguerite de Parme, p. 249. — Le duc d'Albe donna connaissance de la mort de don Carlos aux gouverneurs et conseils de justice des diverses provinces des Pays-Bas, le pénultième d'août iSGS (Analecles belgiques, p. 164).

^ Les plus étranges rumeurs se répandiient au sujet de la mort si impré-

leurs justifier les appréhensions des Belges. La victoire de Jemmingen fut dignement célébrée par le tribunal de sang. Des exécutions presque innombrables vinrent augmenter encore la terreur qui régnait jusqu'aux extrémités des Pays-Bas. Toutes les potences, dit un ancien historien, étaient pleines ; les roues, lespoteauxet les arbres pliaient sous le poids des cadavres. En passant par Amsterdam, le duc d'Albe lui-même fit couper la tête à trois citoyens estimés ; de même à Utrecht, il autorisa la décapitation d'une femme de quatre-vingt-quatre ans, qui avait été traduite devant le conseil des troubles, pour avoir assisté à des prêches et tenu des propos irrévérencieux lors de la destruction des images '. Le retour du duc d'Albe à Bruxelles fut également signalé par les actes les plus sanguinaires. Antoine de Stralen, six fois bourgmestre d'Anvers ; Backerzeele, le fidèle conseiller du comte d'Egmont; Alonso de Laloo, qui avait été secrétaire du comte de Hornes, et Guillaume Bouwema, compagnon de Bréderode, furent décapités au château de Vilvorde,

vue de dou Carlos et d'Elisabeth de Valois. « Le bruit en fut fort grand, dit un ancien annaliste , qu'ils ont été empoisonnés , et ce , par sentence du roy, suyvant l'advis de l'Inquisition. » Grande chronique de Hollande, t. n, p. -194.

' Nous présumons que cette femme était Anne Van Brouckhuysen, dont la sentence est insérée dans le Recueil de Marcus, p. 334. — « On ne faysoit par tout le pays . dit Van Meteren , que pendre et décapiter, ores en une ville, ores en l'autre , et l'exécution se faysoit par le prévôt Spelle, qui , pour ce faire, ne cessoit d'aller d'une province en l'autre. » Histoire des Pays-Bas , fol. 160 v. — D'autre part, il résulte du recueil des sentences du duc d'Albe que, du 25 juin au 42 novembre 1568, le conseil ,i des troubles prononça la peine du bannissement, avec confiscation des

ï biens, contre huit cent soixante-et-onze personnes fugitives et appar-

i tenant à diverses villes de Hollande. Le 1" septembre, cette double

peine fut prononcée, en une fois, contre cent trente-cinq personnes d'Amsterdam.

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