LIVRE XV
après avoir été torturés avec tant de barbarie, que tous n'eurent point la force de recevoir à genoux le coup mortel, et qu'il fallut les asseoir <: en une chaire n pour que le bourreau pût accomplir son office '. L'iniquité la plus odieuse avait dicté ces sentences capitales. C'est ainsi que le jugement prononcé contre l'ancien bourgmestre d'Anvers émanait exclusivement de Juan de Vargas, de Louis del Rio et du secrétaire Jacques de la Torre M On semblait d'ailleurs n'avoir eu |iour but que la confiscation de ses biens, qui étaient considérables; car les services rendus à la métropole commerciale des Pays-Bas et au gouvernement espagnol, par Antoine de Stialen, étaient si avérés, si éclatants, que plusieurs membres du conseil des troubles s'abstinrent volontairement d'intervenir dans ce nouveau meurtre juridique, et que Granvelle lui-même parut vivement s'intéresser à la victime *. Ce fut aussi après la victoire de Jemmingen que le lieutenant de Philippe II fit exécuter la sentence du conseil des troubles qui ordonnait la destruction de l'hôtel de Culembourg ^. Sur l'emplacement du « palais des gueux » s'éleva une colonne de marbre
' Van Meteren, fol. 6t v». — Les sentences prononcées contre Backerzeele, le 9 août, et contre Antoine de Stralen, le -11 août 1308, sont dans Bor, t. l", fol. 176 vet fol. 177. Parmi les exécutés, Borne fait pas mention cependant d'Alonso de Laloo , indiqué par Van Meteren. Le jugement contre Antoine de Stralen fut rendu exécutoire par une autre sentence émanée, le 22 septembre 1368, de Jean Grauweels (surnommé Spel ou Spelle), comme prévôt des maréchaux; elle est citée dans la Correspondance de Philippe II, t. H, p. 63.
^ Van Meteren, fol. 33.
^ Il écrivit au roi et au duc d'Albe en faveur du prisonnier. Voir Correspondance de Philippe 11, t. II, p. 43. — Pendant la dernière guerre avec la France, Antoine de Stralen avait été intendant ou directeur général des affaires militaires, et, par son moyen, les soldats étrangers avaient toujours été exactement payés. Van Loon, t. W, p. 121.
* Bor, t. I", fol. 170 v.
qui contenait, en quatre langues, une inscription infamante pour les rebelles '. En même temps, le duc d'Albe adressait aux conseils de justice l'ordre défaire publier que les signataires du Compromis ou de la requête présentée, le 5 avril 1566, à la régente des Pays-Bas, eussent à comparaître, dans un délai de trente jours, en personne ou par procureur, devant lui, ou son conseil, pour donner à connaître tout ce qui s'était passé, en cette occasion, et fournir les preuves qu'ils s'étaient réconciliés avec l'Église ^
Au lieu d'obéir à ce commandement, un grand nombre de confédérés , qui avaient survécu aux premiers combats de la révolution, répondaient à l'appel du prince d'Orange et venaient se ranger sous ses drapeaux. Guillaume de Nassau, en face d'obstacles qui paraissaient insurmontables, persévérait obstinément dans son dessein patriotique. Des 300,000 écus qui lui avaient
• L'inscriptiou latine était conçue en ces termes :
Régnante Philippo II Cath. Ilisp.
Re(je in his inferioris Germaniœ Regionibus, guhcrnante vero ejus , nomine Fernando Alvarez de To-
ledo , Alvœ Duce, etc. Flvreatii de Pallanl Comitis Culenhurgii quondam Domum solo œquari saneitum est, ob execrandam mémoriam repetitœ in ea conjurationis adversus Rcligionem Eccl.
Cath. Rom. Regiam Mujestalem, et ipsas Regiones. Anno Salai.
CIO. D. LXVni. 5 kai. Junii.
L'emplacement de l'hôtel de Culembourg fut donné , en 4(ilO, au frère Thomas de Jésus et à cinquante carmes déchaussés, appelés d'Espagne par les archiducs Albert et Isabelle ; ils y bâtirent un couvent.
^ Cette circulaire, insérée dans la Correspondance de Philippe 11 , t. II, p. 669, porte la date du 24 août 1568. Elle faisait espérer le pardon du roi à ceux qui viendraient se livrer au conseil des troubles !