‹ Histoire de la révolution des Pays Bas sous Philippe IIChapitre 113 sur 159 · LIVRE XV (15G · texte numérisé non relu

LIVRE XV (15G

(Hé promis dans les Pays-Bas, il en avait à peine reçu 10 ou 12,000. La défaite de Jemmingen vint, selon les expressions môme de Guillaume, refroidir davantage encore le cœur de ceux qui avaient naguère la volonté de lui donner toute aide et assistance. L'appui du prince de Condé et de l'amiral de Coligny, sur lequel il avait fondé de grandes espérances, allait également lui manquer; car les chefs des huguenots se virent obligés de reprendre eux-mêmes 1 epée pour conserver à la France protestante les conquêtes des deux premières guerres civiles. Cependant Guillaume, loin de perdre courage, était décidé, « avec l'aide de Dieu, » à passer outre '. Il avait résisté aux instances de la plupart des princes allemands, qui redoutaient une rupture avec le puissant roi d'Espagne % et même aux injonctions de l'empereur Maximilien II qui, dès le mois de mai, avait adressé à lui et à ses alliés, un rescrit sévère pour leur enjoindre de cesser absolument leurs armements afin de ne pas troubler la paix de l'Empire. Guillaume reçut le mandement impérial à Diilenbourg, le 25 juin, et résolut de soumettre sa cause à l'Allemagne tout entière. Ce fut le but de la proclamation qu'il signa le 20 juillet

' Lettre du prince d'Orange à Louis de Nassau , datée de Diilenbourg, dernier jour de juillet 4568, dans les Archives de la maison d'Orange- Nassau, t. III, p. 276. — Le projet d'alliance offensive et défensive entre le prince d'Orange, d'une part, l'amiral de Coligny et le prince de Condé , de l'autre, pour obtenir entière liberté de religion dans les Pays-Bas et en France, se trouve dans le même recueil, t. III, p. 282. — Or, au mois de septembre, la troisième guerre civile fut allumée par l'édit qui interdisait aux huguenots tout exercice de leur religion.

^ Le landgrave Guillaume de Hesse désapprouva formellement son recours aux armes et ses mesures hostiles; l'électeur de Saxe garda une attitude passive, sans lui fournir des secours ; enfin, de tous ceux, princes ou grands, qui s'étaient engagés à lui accorder des subsides, l'électeur palatin, qui inclinait vers les doctrines calvinistes, tint seul sa promesse. Archives de la maison d' Orange-Nassau , t. III, pp. 273, 277, 286, 311.

et qui ne tarda point à être imprimée et répandue dans les États protestants '.

1 Après avoir attribué l'origine des troubles des Pays-Bas aux mauvaises pratiques du cardinal de Granvelle, aux rigueurs des placards et aux barbaries de l'inquisitidu, Guillaume dépeignait la tyrannie odieuse et croissante du duc d'Albe. Tous les jours, nouveaux supplices et tourments étaient inventés contre les pauvres gens, de sorte que non-seulement les chrétiens, mais les Turcs et les Sarrasins même devaient avoir pitié de ce peuple opprimé. Le prince rappelait les horribles exécutions des gentilshommes à Bruxelles et le supplice infligé aux nobles comtes d'Egmont et de Hornes. Il rappelait aussi « l'impertinente citation » et" blasphématoire proclamation « dirigées contre lui-même, Guillaume de Nassau. Comment pouvait-on lui reprocher d'avoir attenté à l'autorité du roi et de vouloir s'emparer de ses domaines, à lui qui avait résigné volontairement ses gouvernements, livré les villes et forteresses de ces provinces, et qui s'était retiré en Allemagne publiquement et à la vue de tous I [,a tyrannie exécrable et inouïe du duc d'Albe n'épargnait pas même les catholiques , et excitait une telle frayeur que, récemment encore, une foule de gens de l'une et l'autre religion avaient pris la fuite. Mais le duc se vantait publiquement de poursuivre et d'atteindre partout, jusqu'en leur lit, tous ceux qui, par grâce divine, avaient échappé à ses bourreaux. On voyait par là le dessein, manifesté par le duc et ses adhérents, de priver le prince d'Orange et ses amis non-seulement de leurs biens temporels , mais aussi de tous biens spirituels, « par l'extirpation de la vroye doctrine de l'Evangile. » Ils étaient tous voués à la mort et à la spoliation, sans pouvoir prendre aucun recours vers le roi , leurs adversaires n'ayant pas eu honte d'exciter Sa Majesté contre son propre fils unique, jusqu'à le faire garder en prison ! Le prince repoussait bien loin le reproche de rébellion, déclarait que son but n'était point d'entreprendre contre la souveraineté du roi, mais qu'il voulait seulement l'abolition de la tyrannie du duc d'Albe, l'éloignement des soldats étrangers, le rétablissement des antiques privilèges du pays, l'introduction de la parole de Dieu, c'est-à-dire la tolérance pour les protestants, et enfin la réhabilitation complète de tous ceux qui étaient maintenant exilés, bannis, prisonniers et persécutés. Il ne demandait pas autre chose pour luimême. Voir Rescript et déclaration du très-illustre prince d'Orange, contenant l'occasion de la défense inévilable de Son Excellence contre l'horrible

MVHK XV (1bG8). ^)07

En outre , le prince adressa directement à Maximilien II une longue lettre où il se défendait d'avoir contrevenu aux ordonnances et constitutions du saint-empire et où il énumérait les actes arbitraires, tyranniques et cruels du duc d'Albe. Il voulait ainsi justifier plus amplement sa résolution de prendre les armes pour renverser cette tyrannie et rétablir les antiques privilèges des Pays-Bas. Il faisait remarquer que, par la proscription des principaux seigneurs et de la noblesse, par l'abolition des libertés de ces provinces, le duc d'Albe et ses adhérents ne pouvaient avoir d'autre intention que de se rendre maîtres de ces pays; qu'ils se proposaient d'en enlever le gouvernement au roi catholique et à son fils, et par conséquent d'en ravir la succession à l'empereur lui-même et à ses héritiers ; qu'ils ne s'arrêteraient pas même là : qu'ils envahiraient ensuite les États de l'Empire et les réduiraient en la servitude où étaient les Pays-Bas. Le duc d'Albe était donc le véritable rebelle. Quant à lui, il pouvait attester, par parole de prince, et en présence de Dieu , qu'il n'avait jamais eu la pensée de se révolter contre le roi catholique et ses héritiers. En prenant la défense des Pays-Bas, il n'avait d'autre but, répétait-il, que de restituer à ces provinces la jouissance de leurs privilèges, de renverser la tyrannie du duc d'Albe, d'assurer le libre exercice de la religion, et de rétablir dims leurs biens tant de pauvres chrétiens fugitifs. Pour lui, si cruellement outragé, il ne demandait qu'une réparation d'honneur, la sûreté de sa personne et la mise en liberté de sou fils, le comte de Buren ' .

ti/rannie du duc d'Albe et de ses adhérents. Brochure de 18 pages pet. in-i", sans nom d'imprimeur ni indication du lieu de l'impression.

' Voir le texte de cette pièce importante, datée du 4 2 août loCS, dans la Correspondance de Guillaume le Taciturne, t. III, pp. G-^O. — Des placards extrêmement rigoureux furent publiés pour empêcher l'introduction, dans les Pays-Bas , des libelles répandus en faveur du prince d'Orange, et pour

Au commencement du mois de septembre , Guillaume de Nassau passa la revue de son armée près du monastère de Romersdorf, dans l'évêché de Trêves. Elle se composait de dixhuit mille piétons et de sept mille chevaux. Les Allemands étaient en majorité; on comptait néanmoins, sous les drapeaux du prince d'Orange, un grand nombre de Wallons et de Flamands. Tous portaient l'écharpe bleue, signe distinctif de ces troupes, qui, selon la devise inscrite sur leurs étendards, étaient appelées à combattre pour la Loi, le Peuple et le Roi. Indépendamment de ses deux frères Louis et Jean de Nassau, le prince avait à ses côtés le comte de Hooghstraeten, N. de Hammes, maître général de l'artillerie, Bernard de Mérode, le baron de Batenbourg, dont les deux frères avaient été récemment décapités à Bruxelles, Bernard de Malberg, Ph. de Louverval, Boxtel, Carloo, Opdam, Sonoy et d'autres anciens confédérés. Les soldats, levés en Allemagne, étaient commandés par des capitaines allemands ; c'était la partie la plus turbulente de cette armée formée de tant d'éléments divers. Les mercenaires réclamaient sans cesse leur solde, et l'argent manquait au prince pour apaiser des murmures qui annonçaient une sédition prochaine. Elle éclata enfin ; Allemands et Wallons prirent les armes les uns contre les autres ; Guillaume accourut et se jeta entre les deux partis, avec N. de Hammes et d'autres gentilshommes. Mais la soldatesque ne respecta point leur autorité. N. de Hammes, mor-

empêcher les habitants de grossir ses bandes. Par une lettre du 23 juin 1 S68, adressée à Guillaume de Gulpen , S'' de Wodemont, et lieutenant de Limbourg, le duc d'Albe le loua d'avoir fait prisonniers neuf individus (soudards liégeois) qui allaient se mettre au service du prince d'Orange, et lui ordonnait de faire pendre et étrangler ceux qui étaient nés sujets du roi ; quant aux étrangers, il fallait les chasser tout nus, après qu'on leur aurait coupé le pouce de la main droite {Correspondance de Philippe U , t. It, p. 6(56).

Page 1