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prince d'Orange de montrer leurs sympathies. Le o octobre, le trompette de Guillaume de Nassau fut renvoyé par les bourgmestres et le conseil avec une réponse contenant que c'était aux états du pays, agissant de concert avec l'évêque, qu'il appartenait d'accorder le passage par le territoire de la principauté '.
La nuit suivante, Guillaume de Nassau se dirigea, à marches forcées, vers la Meuse, et, au point du jour, occupa Stockhem, où ses troupes passèrent le fleuve à gué. De là, il marcha sur Tongres, où il ne trouva pas de résistance, l'évêque ayant refusé précédemment d'y introduire la garnison que lui offrait le duc d'Albe. Celui-ci, dès qu'il avait eu connaissance des préparatifs du prince dOrange, avait pris ses mesures pour lui résister. Prévoyant qu'il s'avancerait vers le Brabant par le territoire de Liège, il avait rassemblé ses troupes à Macstricht et pourvu les autres villes frontières, selon les besoins de chacune. Bien que, à Maestricht, les Espagnols ne fussent qu'à deux lieues du château de Withem et à trois lieues de Stockhem , le prince avait réussi à tromjjer leur \ igilance. Mais le duc d'Albe se hâta de le suivre, avec l'intention de harceler les gueux, de leur couper les vivres, de les vaincre par la famine et de les empêcher d'occuper des localités importantes En prenant la détermination d'éviter un engagement décisif, le duc était aussi guidé, par cette consi-
' Correspondance de Guillaume le Taciturne, t. IIî, p. 21. Pour ce qui concerne les relations du prince d'Orange avec les exilés liégeois , nous avons puisé des détails intéressants dans un travail intitulé : André Bourlette. Épisode de l'histoire de la Réforme à Liège, par A. Borgnet {Revue nationale de Belgique, t. XVII, pp. tltl-^Sd). L'auteur de ce travail s'est, du reste, servi d'une notice publiée par M. Bakhuizen Van den Brink, dans la revue hollandaise : de Gids (1844), n'^ 3, 4 et 5. — Les intelligences du prince d'Orange avec les sectateurs de la réforme à Liège ne peuvent être niées : dès le mois d'août, le duc d'Albe les signalait a Gérard de Groisbeck. Voir Correspondance de Guillaume le Taciturne, t. III, p. 339.
«lération, que la cavalerie du prince était supérieure à la sienne ', et que, s'il essuyait une défaite, l'ennemi pourrait pénétrer jusqu'aux entrailles du pays. Il voulait donc se tenir sur la défensive. Des forces imposantes gardaient, du reste, les principales villes du Brabant. Gilles de Berlaymont , baron de Hierges, le S'' de Beauvoir et Gaspard de Robles se trouvaient dans Tirlemont avec seize enseignes d'infanterie wallonne, sept cents arquebusiers à pied et cent arquebusiers espagnols à cheval. La garde de Louvain était confiée à Oudart de Bournonville, qui avait sous ses ordres mille quatre cents arquebusiers wallons à pied. Eustache de Croy, S'' de Grecque, se tenait à Malines avec deux enseignes d'Allemands et la compagnie wallonne de Ferry de Carondelet. Enfin , Jean de Croy, comte du Rœulx , occupait Bruxelles avec dix enseignes wallonnes \
De Tongres, Guillaume de Nassau se porta sur Saint-Trond. Il était suivi de près par les Espagnols qui, le 12 octobre, tuèrent aux gueux six cents hommes et leur prirent plus de cent chariots de bagage, dont plusieurs chargés de calices et d'ornements d'églises. Cependant^, par la connivence d'une partie de la bourgeoisie , Saint-Trond ouvrit également ses portes à Guillaume de Nassau. Il résolut alors d'opérer sa jonction avec un corps de huguenots français, qui marchait à son secours, sous la conduite du célèbre François de Hangest, S'" de Genlis. Ces soldats fanatiques venaient de traverser l'Ardenne et le comté de Namur, en signalant leur passage par des dévastations et des massacres. Non contents d'avoir incendié et saccagé la riche abbaye de Saint-Hubert , dans le Luxembourg , ils avaient fait
' Celte infériorité n'était pas grande, puisque, selon des historiens estimés, l'armée conduite par le duc d'Albe se composait de vingt mille hommes d'infanterie et de six mille cavaliers.
^ Correspondance de Guillaume le Taciturne, t. III, p. X.
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éprouver lo môme sort à l'abbaye de Hastière , où ils passèrent la Meuse. En marchant à la rencontre de ces auxiliaires, le prince d'Orange essuya un nouvel échec. Le 20 octobre, le duc d'Albe atteignit son arrière-garde au passage de la Jauche et la mit entièrement en déroute. Les gdeux perdirent trois mille hommes, sans compter les blessés. Bernard de Malberg, un des chefs de l'armée, fut tué ; le comte de Hooghstraeten reçut une blessure, qui devint également mortelle ', et Philippe de Marbais, S' de Louverval, tomba au pouvoir des Espagnols, qui le firent mourir sur l'échafaud.
Cependant, quelques jours après, le prince d'Orange fit sa jonction, près de Jodoigne, avec le corps de Genlis. C'était un mélange de vieux soldats et de vagabonds qui traînaient après eux femmes et enfants, comme s'ils avaient eu l'intention d'établir une colonie aux Pays-Bas. Parvenu dans le Brabant, Guillaume s'aperçut avec désespoir que pas une ville ne se déclarait pour lui, et que pas un seul de ses partisans ne bougeait. Quant au duc d'Albe, dès qu'il avait vu l'ennemi sur les confins du Brabant, au lieu de le suivre à la queue, comme il avait fait jusque-là, il prit les devants et alla se poster à l'abbaye de Parck, près de Louvain, après avoir renforcé encore la garnison de Tirlemont. Une reconnaissance tentée sur cette ville démontra au prince d'Orange l'impossibilité de la surprendre. Il fallut dès lors songer à la retraite. La saison était trop avancée pour tenir la campagne, et tout manquait aux protestants ; ils n'obtenaient des vivres que par force, le duc d'Albe ayant décrété la peine de mort contre ceux qui assisteraient les gueux '. Du reste, il refu-
• Il languit toutefois jusqu'en 1569.
^ D'après la relation de Courtewille, cette défense fut rigoureusement observée, la plupart des paysans s'étant, d'ailleurs, réfugiés dans les villes. Les ennemis, dit-il, n'avaient plus mangé de pain depuis qu'ils étaient entrés dans le Brabant.