LIVRE XVI (1569). S
Pays-Bas. Il disait ensuite les instances qu'avaient faites auprès de lui les électeurs et les princes de l'Empire, et l'ambassade qu'ils lui avaient envoyée en dernier lieu , afin que, par son intervention, ces provinces fussent délivrées du régime tyrannique sous lequel elles gémissaient. C'est ce qui l'avait déterminé à envoyer des commissaires spéciaux vers le duc d'Albe et le prince d'Orange, pour les engager à conclure une suspension d'armes. 11 faisait observer à ce sujet que le grand nombre de gens de guerre qu'avait pu rassembler le prince ' , attestait qu'il avait trouvé en Allemagne un appui considérable. Aussi eût-il été impossible de décerner un ban contre ce personnage , comme le duc d'Albe le désirait. En résumé, l'archiduc Charles devait demander au roi d'Espagne de consentir à la réconciliation du prince d'Orange , à des conditions tolérables; de remplacer la rigueur, dans le gouvernement des Pays-Bas, parla douceur et la clémence; de s'en remettre à l'empereur du soin de conclure le traité de pacification et de réconciliation ; de rappeler les gens de guerre étrangers qui étaient aux Pays-Bas et de donner au duc d'Albe l'ordre de se montrer facile dans la négociation de suspension d'armes à conclure avec le prince d'Orange \ Philippe II, ayant pris connaissance de cette instruction, s'étonna beaucoup des demandes qui y étaient contenues. Le 20 janvier 1569, après avoir mandé l'archiduc, il lui dit que, comme il ne pouvait faire une réponse de bouche à un écrit aussi long , il lui avait paru nécessaire de la lui donner par écrit et qu'il l'avait fait rédiger en castillan, afin de mieux expliquer sa pensée et sa volonté ^ Dans cette réponse, Philippe déclarait qu il n avait jamais pensé qu'il dût justifier la
• L'instruction de l'empereur portail la date du 2! octobre loôS.
2 Correspondance de Philippe II, t. IJ, p. 43.
3 Relation de ce qui s'est passé avec l'arcbiduc Charles, etc. Ibid., t. II, pp. 66 et suiv.
conduite tenue par son gouvernement dans les Pays-Bas ; il s'était, au contraire, flatté qu'on 1 aurait remercié de l'exemple qu'il avait donné en cette occasion, et des mesures qui devaient servir à l'établissement et à la conservation de l'autorité des princes autant qu'à mamtenir l'obéissance des sujets. Il ne pouvait d'ailleurs admettre que, en vertu des traités qui avaient érigé les Pays-Bas en cercle de l'Empire, il fût obligé à observer les lois , ordonnances et recez des diètes impériales. Il répliquait ensuite aux points de l'instruction de l'archiduc qui concernaient la religion, le châtiment infligé aux chefs des rebelles, les changements introduits dans le gouvernement des Pays-Bas, les gens de guerre espagnols qui y avaient été envoyés, enfin le prince d'Orange. Il disait que, depuis son avènement à la couronne, sa principale solicitude avait été de maintenir dans tous ses Etats la foi catholique; que jamais il n'admettrait, en cette matière, de transactions, ni de lois que la sainte Église romaine réprouverait, puisqu'à elle seule il appartenait de déterminer ce qui devait être observé par les fidèles. Pour ce qui concernait le mode qui avait été suivi dans le châtiment des rebelles, Philippe trouvait qu'il n'avait pas usé de rigueur, mais qu'il avait fait preuve de beaucoup de clémence , puisque les chefs principaux de la conjuration avaient seuls été punis. 11 niait qu il eût été fait des changements dans le gouvernement des Pays-Bas, ou dans les lois , placards , statuts , qui régissaient ces provinces; ou dans les tribunaux , et les conseils. L'envoi de troupes espagnoles aux Pays-Bas était indispensable pour la pacification de ces provinces, pour le châtiment des rebelles et pour la sûreté du pays. Aussi entendait-il continuer de s'en servir , tant qu'il en aurait besoin. Quant au prince d'Orange , dont la cause paraissait avoir été le principal motif de cette ambassade, et dans l'intérêt de qui on insistait tant, ses crimes et délits, disait Philippe II, étaient si notoires, qu'il était impossible qu'on essayât