LIVRE XVI (15G
naguère les prêches. Kn vain Guillaume de Nassau avait-il montré la liberté à ces populations qui se dégradaient dans la servitude : aucune assistance ne lui avait été donnée ; aucune ville ne s'était déclarée en sa faveur; h peine s'il avait trouvé, sur le sol des Pays-Bas, quelques patriotes assez résolus pour sacrifier, à la cause nationale, une petite partie de leur fortune ■ ! Les supplices ordonnés par le conseil des troubles augmentaient le nombre des fugitifs, mais n'inspiraient point aux témoins de tant d'atrocités la résolution virile de s'y opposer. Le duc d'Albe essaya, d'ailleurs, de sévir aussi contre ceux qui prétendaient se soustraire, par la fuite, à sa brutale et sanglante domination. Dans le but de découvrir les émigrants , il nomma des commissaires chargés d'annoter leurs biens, dont la confiscation devait être prononcée , si ceux à qui ils appartenaient ne venaient se justifier dans un délai fixé. Il défendit à tous débiteurs de s'acquitter envers les absents ou les expatriés, qu'il assimilait aux prisonniers , non plus qu'envers leurs veuves , enfants ou ayants droit, sous peine de payer deux fois à la chambre des confiscations. Il ordonna de dénoncer ceux qui avaient l'intention de fuir, d'arrêter leurs biens aux péages , passages des rivières et sur les frontières, sous peine, pour le contrevenant, d'être puni comme complice et de voir confisquer les bateaux ou chariots qui avaient servi aux émigrés. Défense était faite aussi de loger les bannis ou émigrés, de leur envoyer de l'argent ou de correspondre avec eux. Il fut même ordonné d'expulser pour jamais des Pays-Bas les femmes qui iraient, à l'étranger, visiter leurs
1 La déplorable torpeur de la bourgeoisie, pendant celte époque, a été flétrie par Marnix de Sainte-Aldegonde, dans son écrit intitulé : Belgicœ liberandœ ah Hispanis i^L'hiÇii ad Patrem Patrice Gulielmum Nassavium, principem Aurantmm, anno MDLXXl , april. XVIII exhibitn ac mine demiiin in lucem édita. '1574, p. iQ.