‹ Histoire de la révolution des Pays Bas sous Philippe IIChapitre 124 sur 159 · II · texte numérisé non relu

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maris , s'ils étaient bannis ou fugitifs '. Malgré ces défenses si rigoureuses, l'émigration augmenta tous les jours. Ce n'étaient plus alors cent mille personnes qui avaient cherché un asile en Angleterre et en Allemagne : déjà cent mille familles, dit-on, étaient sorties des dix-sept provinces '.

En voyant les populations en fuite ou paralysées par la terreur, les familiers du duc d'Albe croyaient et proclamaient que les affaires des Pays-Bas étaient arrangées. •■ Vous pouvez en- « voyer le corrégidor de Ségovie , mandait Albornoz au secré- <i taire Çayas , et je vous assure que, quelque personne qui u vienne, elle gouvernera, si elle suit les errements du duc, qui « consistent à faire respecter les ordres du roi , à favoriser la <i justice et à châtier rigoureusement les hérétiques. Les peuples « sont très-contents, et croyez qu'il n'y a au monde une nation 11 plus facile à gouverner que celle-ci , quand on sait la con- <i duire ^. »

Pour tirer de leur léthargie ces populations terrifiées, il fallut que le duc d'Albe fit également violence aux intérêts privés. Or, le lieutenant de Philippe II n'avait point renoncé au projet d'établir, dans les Pays-Bas , un nouveau système d'impôts, afin que le gouvernement espagnol ne fut plus sous la dépendance des états. Cet objet le préoccupait même pendant la dernière campagne. Il écrivait au roi , de son camp près de Tongres , le 4 novembre 1568, qu'il allait saisir les assemblées provinciales de

' Le duc d'Albe au grand conseil de Malines , 1 1 janvier 1569, dans la Correspondance de Philippe II, t. II (appendice), p. 670.

^ Van Meteren, fol. 6î-. — D'après Van der Vynck [Histoire des troubles, t. I", p. 2721, la moitié des maisons de Gand devinrent désertes, et les campagnes de la Flandre se dépeuplaient aussi à vue d'œil. — D'un autre côté, le duc d'Albe évaluait lui-même à 500,000 ducats le produit annuel des confiscations.

^ Correspondance de Philippe 11, t. II, p. 78.

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la nouvelle combinaison financière , mais plutôt sous forme de résolution que de proposition. Il espérait que les états, ayant vu qu'ils n'avaient rien à attendre du prince d'Orange, se montreraient accommodants '. Il se proposait, disait-il encore, d'établir sous peu les choses de sorte qu'il ne fût |)lus nécessaire de tirer de l'argent d'Espagne pour soutenir ces pays, et que le roi pût se rembourser d'une grande partie des sommes qu'il y avait dépensées '. La guerre ayant empêché le duc d'Albe de s'adresser à chaque province en particulier, il résolut , de l'avis du conseil d'État, et afin d'obtenir une résolution plus prompte, de convoquer les états généraux à Bruxelles, pour un jour seulement, et avec ordre de partir le lendemain. En faisant connaître cette détermination au roi, le duc l'assurait qu'il n'en résulterait aucun inconvénient , et que personne n'oserait faire entendre de plainte ^.

Les états généraux, convoqués pour le 19 mars, se réunirent le 21 dans la grande salle de la cour, en présence du duc d'Albe, qui était entouré des chevaliers de l'ordre de la Toison d'or ainsi que des membres des trois conseils auxiliaires du gouvernement. Philibert de Bruxelles avait été chargé de faire la proposition concernant les nouveaux impôts. Après avoir rappelé la mission laborieuse et pénible que le duc d'Albe était venu remplir, l'ora-

' Correspondance de Philippe II, t. II, p. 46.

^ Lettres du duc d'Albe au roi, du 7 et du 10 mars 1569. Ibid., t. M, pp. 69 et 70.

' Il citait, à ce sujet, uu exemple de l'obéissance des états. Un impôt sur le vin, qui produisait annuellement 30 à 60,000 florins, avait été consenti, par les assemblées provinciales, pour un certain nombre d'années. Ce terme étant expiré, il leur fit dire résoliiment, et sans admettre de réplique, qu'il entendait que l'impôt continuât d'être perçu pendant l'année courante. Les états se contentèrent de cette injonction. Lettre du duc d'Albe au roi, du 7 mars 1369. dans la Correspondance de Philippe II, t. II, p. 69.

."îSS LES PAYS-BAS SOUS PHILlPPli; II.

teur parla des grandes dépenses nécessitées par la restauration de la religion et de l'autorité royale. Les mesures h prendre pour consolider l'ordre rétabli et repousser les nouvelles entreprises des fugitifs et des bannis, exigeaient aussi des ressources assurées. Or, les domaines étaient presque entièrement aliénés, engagés ou hypothéqués ; toutes les aides accordées précédemment avaient atteint leur terme, tandis que des sommes considérables restaient dues aux gens de guerre et aux marchands qui avaient fait des avances de deniers. Jusqu'alors le roi , à l'aide de ses autres possessions, était venu au secours des Pays-Bas; mais ces sacrifices ne pouvant continuer, il fallait que les états ne comptassent plus que sur leurs propres ressources pour décharger le souverain de ses dettes arriérées , rétablir le domaine, fournir un fonds annuel suffisant à l'acquit des charges ordinaires, et procurer quelque épargne pour les nécessités imprévues. Afin de faire face à tous ces besoins, le duc n'avait pas trouvé de meilleur expédient ni d'impôt plus juste et plus équitable que le centième denier à payer, pour une fois, de tous les biens meubles et immeubles. Le produit en était destiné à la libération du domaine et ù l'acquit des anciennes dettes. Pour pourvoir aux charges ordinaires, on aurait recours à la levée du dixième sur la vente de tous biens meubles et du vingtième sur celle des immeubles, à payer par le vendeur. Philibert de Bruxelles finit sa harangue en laissant entendre que le duc voulait une adhésion prompte et absolue, et qu'il ne souffrirait aucune opposition '. Le jour de cette réunion générale et le lendemain, legouver-

• Le discours prononcé par le conseiller Philibert de Bruxelles a été inséré, en grande partie, par M. Gachard, dans son travail sur les anciennes assemblées nationales de la Belgique. Voir aussi Viglius , Comrnentarius rerum actaruin tempore ducis Albani super nova impositione seu vectigali Dechni Dcuarii rerum venditarum , dans \çf, Analecta belgica de Hoynck van Papendrecht, t, !<"•, pp. 287 etsuiv.

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