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neur lui-même manda successivement en sa présence les députés de chaque province, et les requit de tenir la main à ce que l'intention du roi fût accomplie. Du reste, il défendit rigoureusement toute relation entre les divers corps d'états ; il ne voulut pas même permettre que les prélats du Brabant eussent une conférence avec les nobles de cette province : il leur fit dire que le roi ne pouvait autoriser ses vassaux à faire des pactes entre eux '. Les assemblées provinciales ayant été convoquées pour voter sur la proposition communiquée à leurs députés , le duc leur fit déclarer de noiiveau que le roi voulait, eu signe d'obéissance, un consentement absolu, sans restrictions ni conditions ; il insinua ensuite, pour surmonter la vive répugnance qui se manifestait partout, que le dixième et le vingtième ne seraient pas levés, qu'on les remplacerait par des impositions moins onéreuses et établies de concert avec les états. Cette assurance entraîna, dans j
plusieurs provinces , l'assentiment des deux premiers ordres ; |
mais le tiers état, qui devait être plus sensiblement atteint par î
l'impôt du dixième, résistait avec fermeté. Le duc d'Albe eut alors recours à l'intimidation et à la violence. Il refusa de recevoir la supplique que venaient lui apporter les déj)utés de la Flandre, l(;ur enjoignit de retourner chez eux et de revenir dans dix jours avec une réponse plus satisfaisante, s ils ne voulaient pas être châtiés pour servir d'exemple. Noircarmes, qui avait déjà employé les paroles les plus dures pour obtenir le consentement de la chambre du clergé des états du Hainaut, arracha également, par la menace, l'adhésion du conseil de ville de Mons. De même, le baron de Rassenghien déclara à Lille que si le tiers état ne cédait « le duc ne ferait point de cas de mettre une ville ou deux à sac afin que les autres y prissent exemple. i> Les états
' Lettre du duc d'Albe au roi, du 4 avril 1.309, dans la Correspondance fie Philippe II, t. Il, p. 18.
d'Utrecht ne furent pas seulement menacés : le régiment de Milan se rendit dans cette ville et les soldats, au nombre de deux mille quatre cents, furent logés chez les principaux habitants qui durent payer en outre une contribution de 2,400 florins par semaine. Un autre régiment fut envoyé à Louvain. F-,es métiers de cette ville et ceux de Bruxelles continuant à refuser le vote affirmatif, qui était nécessaire pour valider le consentement des états, le duc d'Albe n'hésita point à se passer de cette formalité '. Mais tout en publiant que les états avaient donné volontairement leur adhésion aux nouveaux impôts, il ne se méprit pas sur les dispositions du pays ^ Cependant il eût sans doute passé outre, s'il n'avait dû tenir compte aussi des graves différends qui avaient éclaté avec l'Angleterre. Renonçant, pour le moment, à la levée du dixième et du vingtième denier, et adoptant une nouvelle combinaison suggérée par le secrétaire Courtewille, il proposa, en octobre, aux diverses assemblées provinciales, de remplacer ces impôts par une contribution annuelle de deux millions de florins, pendant six ans, et par la perception d'un second centième a\)Tès les six années. Les états, espérant qu'il ne serait plus jamais question d'une innovation condamnée par toutes les classes de citoyens, adhérèrent, sans trop de répugnance, à la propo-
' Gachard, Des anciennes assemblées nationales ; — A. Lacroix, Inventaire des archives des chambres du clergé, de la noblesse et du tiers état du Hainaut, p 107 ; — Viglil's, Commentarins , etc. ; — Van Meteren, foL 70.
2 Un Espagnol écrivait d'Anvers, le 6 avril 1369, qu'il ne croyait pas que le 1 0* denier pût se mettre a exécution , sans entraîner la ruine totale du pays. De même, le cardinal de Granvelle mandait au S"- de Grobbendonck, trésorier général des finances (de Rome, le 30 avril 1569], qu'il trouvait « grandes » les demandes que le duc avait faites aux états, et qu'il en redoutait l'exécution. Correspondance de Philippe II, t. If, pp. 82 et 85.
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sition qui leur était faite, quelque lourd d'ailleurs que fût le nouveau tribut exigé par le lieutenant de Philippe II '.
Pendant que le duc d'Albe s'efforçait de compléter l'asservissement des Pays-Bas, le prince d'Orange venait d'achever, sans succès, l'aventureuse entreprise qu'il avait commencée en 1568. Lorsqu'il fut arrivé dans le Cambrésis, il vit s'éloigner l'armée qui n'avait cessé de le poursuivre et de le harceler ; mais les Espagnols furent presque aussitôt remplacés par un corps-de troupes françaises que commandait le maréchal de Gossé. Charles IX ne tarda point, cependant, à entamer des négociations avec Guillaume de Nassau pour empêcher qu'il n'allât, avec son armée, augmenter les forces protestantes de l'amiral de Coligny et du prince de Condé. Le maréchal Gaspard de Schomberg, chargé des ordres du roi, offrit à Guillaume la restitution de la principauté d'Orange et une somme considérable pour payer ses gens, s'il se décidait à les ramener en Allemagne. Tout en déclarant qu'il n'avait point l'intention de prendre les armes contre le roi de France, Guillaume persistait néanmoins dans le projet de gagner la Normandie et de s'y joindre aux armées protestantes. Tel était aussi le désir de Louis de Nassau et des autres chefs. Mais une nouvelle mutinerie des mercenaires allemands , peut-être excitée par le maréchal de Cessé, vint entraver ce dessein. Les lansquenets, créanciers du prince d'Orange, prétextèrent que leur serment les obligeait seulement à combattre le duc d'Albe et voulurent être ramenés en Allemagne. Il fallut céder. L'armée se dirigea vers Strasbourg, par la Champagne et la Lorraine. Arrivé sur les terres de l'Empire, le prince licencia ses gens. Une partie de la cavalerie se mit au service du roi de France.
' Selon la remarque de M. Gachard, jamais, à aucune époque, des charges aussi grandes n'avaient pesé sur le pays. Le pioduit du lOO*^ denier s'était élevé seul à plus de sept millions do florins.
De son côté, Guillaume retint un millier de reîtres et alla, avec Louis et Henri de Nassau, ses frères, se ranger sous les drapeaux de Wolfgang, duc de Deux-Ponts, chargé de recruter des troupes en Allemagne i^our Condé et Coligny '.
Ceux-ci s'avançaient au-devant de ces renforts, lorsque, le lo mars 1569, les catholiques, commandés par le duc d'Anjou et le maréchal de Tavannes, les atteignirent près de Jarnac, sur les bords de la Charente, et leur firent essuyer une sanglante défaite. Condé lui-même fut au nombre des morts. Le duc de Deux- Ponts, faute d'argent pour entraîner les lansquenets, ne sut point empêcher ce désastre. Coligny parvint cependant à sauver et à rallier les restes de l'armée protestante ; et elle reprit confiance en voyant dans ses rangs le jeune roi de Navarre et son cousin, le nouveau prince de Condé. Les auxiliaires allemands, attendus avec tant d'impatience, réussirent aussi à gagner le camp huguenot \
Ce fut le 22 juin, après avoir surmonté bien des obstacles et des périls, que le prince d'Orange put se joindre à l'amiral de Coligny. H prit part au combat de Roche-l'Abeille, terminé à l'avantage des protestants, et se trouva au siège de Poitiers, qui dura du 23 juillet au 7 septembre ^ D'autres capitaines et sol-
1 Van JIeteren , fol. 62 v» et 63; — Archives de la maison d'Oranye- Nassau, t. III, pp. 3'I0-316. Henri de Nassau , alors âgé de dix-huit ans, était le plus jeune des frères du prince d'Orange.
' Après la mort du duc de Deux-Ponts , ces troupes auxiliaires furent commandées par le comte Wolrad de Mansfeld.
^ Archives de la maison d'Orange-Nassau, t. III, p. 320-322. — Vers cette époque, Brantôme reçut, dans son château, les chefs huguenots.
« J'entretins un assez longtemps, dit-il, le prince d'Orange en une
allée de mon jardin. Je le trouvay un fort grand personnage à mon gré, et qui discouroit bien de toutes choses ; il m'entretint du peu d'effet de son armée , et en donnoil la coulpe à la faute d'argent... Mais il dit qu'il ne s'arresteroit pas eu si beau chemin, et qu'il revoleroit bientost. Il avoit une
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dats (les Pays-Bas servaient dans l'armôe catholique. Le duc d'Albe, ayant appris que le duc do Deux -Ponts et le prince d'Orange se rendaient en France, y envoya, de son côté, le comte Pierre Ernest de Mansfeld avec vingt-cinq enseignes de gens de pied et deux mille chevaux. Les catholiques s'étant avancés pour délivrer Poitiers, Coligny abandonna le siège et marcha à la rencontre du duc d'Anjou , avec l'espérance de le vaincre et de terminer d'un coup la guerre. La bataille s'engagea près de Montcontour, le 3 octobre, et les protestants, au lieu de réparer l'échec de Jarnac, furent de nouveau vaincus. Parmi les chefs qui s'étaient le plus distingués de part et d'autre, on signala Pierre Ernest de Mansfeld et Louis deNassau. Le prince d'Orange ne se trouvait point sur le champ de bataille de Montcontour. Pour servir la cause protestante, il venait d'accepter une mission également périlleuse. Trois jours avant le combat, il avait quitté le camp, déguisé en paysan, lui cinquième, avec son frère Henri, pour chercher de nouveaux secours en Allemagne. Il gagna à grande peine la Charité, toujours exposé à être surpris par les catholiques et voyageant le plus souvent pendant la nuit ; il atteignit enfin Montbelliard, d oti il se retira dans le comté de Nassau '.
Malgré ses efforts , le prince d'Orange ne put entraîner les luthériens d'Allemagne au secours des calvinistes de France.
fort belle façon , et estoit d'une fort belle taille ; le comte Louis, sou frè: e, l'avoit plus petite. Je le trouvois un peu triste ; et il montroit par sa mine qu'il se sentoit accablé de la fortune ; mais ledit comte Louis estoit plus ouvert en son visage, et se montroit plus joyeux : et on le tenoit pour plus hardy et hasardeux que le prince d'Orange ; et en récompense le prince aussi pour plus sage que luy, plus meur et plus advisé... » Capitaines étrangers, t. H, pp. '180-181.
1 Van Meteren, fol. G5 ; — Archives de lu maison d'Orange-Nassau, t. 111, p. 323,
D'autres soins vinrent d'ailleurs l'accabler. Dans l'impossibilité d'acquitter les frais de la malheureuse expédition de 1568, il avait dû contracter des obligations qui s'élevaient à des sommes considérables. Il s'était même engagé, pour le cas oîi le payement n'eût pas lieu dans un délai déterminé, à demeurer comme ptage à Francfort ou dans quelque autre ville d'Allemagne. A peine était-il de retour à Dillenbourg que ses capitaines le sommèrent de remplir cet engagement. Sans méconnaître sa parole, il objectait que cette exigence était de nature à le mettre en grand hasard et à la discrétion de l'empereur qui pourrait lui faire promettre des choses préjudiciables à la cause pour laquelle il avait pris les armes et qu'il persistait à vouloir défendre ' . Pour éviter les embûches que ses ennemis lui dressaient, il se voyait aussi dans la nécessité de changer souvent de résidence, n'étant pas toujours sûr même de trouver un asile. « Nos affaires sont en tel « état, écrivait-il à Anne de Saxe, que la question est de savoir <i où l'on voudra nous recueillir ; car, villes et républiques y re- <i garderont à deux fois avant de nous offrir un asile-, et je pense •1 que la reine d'Angleterre, le roi de Danemark, le roi de Polo- « gne, et bien des princes d'Allemagne, ne seront pas plus har- « dis ^ '> Mais Anne de Saxe elle-même, au lieu d'adoucir cette grande adversité, l'aggravait encore par sa dureté de cœur. Elle refusait de rejoindre le prince , lui adressait des lettres « impertinentes et folles , » pleines de récriminations et d'injures, et mettait enfin, par l'adultère, le comble à ses torts ^
' Lettre du prince d'Orange à son frère Jean de Nassau, janvier 1370. Archives de la maison d'Oramje-Nassau, t. III, pp. 338-340.
2 Lettre du 1 1 novembre 15G9. Jbid., t. III, p. 329.
^ 11 faut lire ces tristes détails dans les lettres même du prince d'Orange. Il écrivait au landgrave de Hesse, le 23 avril 1370 , à propos de l'insensibilité d'Anne de Saxe, que « tant d'adversités, l'une sur l'autre, fait à la fin que l'homme perd tout sens et patience. « On sait aujourd'hui que le com-
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Guillaume de Nassau resta fidèle à sa devise : Sœvis immotus in undis. Du fond de son exil si troublé, il épiait les événements qui pouvaient favoriser la cause à laquelle il avait désormais voué sa vie. Informé que les Mores, soulevés dans les Alpuxarres, luttaient bravement contre les troupes de don Juan d'Autriche, il admirait leur constance et les proposait comme exemple aux populations foulées par le duc d'Albe. « Si les Mores si humbles
plice d'Anne de Saxe fut Jean Rubens, ancien échevin d'Anvers. Pour se soustraire, comme calviniste, aux poursuites du conseil des troubles, Jean Rubens s'était réfugié à Cologne avec sa femme Marie Pepeling et ses quatre enfants. Anne de Saxe résidait dans la même ville. Elle consulta Jean Rubens pour essayer de sauver de la confiscation générale, qui frappait les biens du prince d'Orange, la partie chargée de l'hypothèque dotale. Peu à peu, elle admit ce conseiller dans son intimité, et leur liaison prit un caractère coupable. Mais la faute des deux amants ne resta pas longtemps secrète, et la grossesse d'Anne de Saxe ne tarda point à la trahir. Elle s'était retirée à Siegen, dans le comté de Nassau, où Jean Rubens venait lui rendre visite. Au mois de mars 1571, il s'y rendait encore, lorsque, par ordre de Guillaume et de Jean de Nassau, il fut arrêté et conduit captif à Dilleubourg. Rubens avait « incontinent confessé son péché ; » quant à Anne de Saxe, après avoir d'abord protesté énergiquement de sou innocence, elle finit au.ssi par avouer sa faute. Une sentence de mort menaçait Jean Rubens; mais les Nassau, craignant peut-être de donner trop de retentissement à cette affaire, se contentèrent de le tenir en leur pouvoir, et, en '1573, lui permirent même de vivre à Siegen avec sa famille, à la condition de ne jamais s'éloigner de celte résidence, qui, naturellement, n'était plus celle d'Anne de Saxe. L'ancien échevin d'Anvers et sa femme, Marie Pepeling, étaient encore à Siegen en 1577, époque assignée généralement à la naissance de Pierre Paul Rubens. Le grand chef de l'école flamande de peinture aurait donc vu le jour dans le Nassau. [Het huwelyk van Willem van Oranje met Anna van Saxen, historisch-kritisch onderzocht, door R. C. Backhuisen Van den Brink. Amsterdam, 1853, i vol.) Les détails nouveaux contenus dans ce curieux ouvrage ont fait l'objet d'une intéressante analyse, publiée par M. É. Cachet dans les Bulletins de la commission royale d'histoire, i^ série, t. V, p. 285 et suiv.
<' et si doux , disait-il , tiennent ainsi en échec les armées de « l'Espagne , que ne pourrait donc pas faire le peuple fort et « robuste des Pays-Bas ' ? ^ Les différends survenus entre Philippe II et la reine Elisabeth semblaient devoir relever ses espérances. Le gouvernement anglais avait fait saisir une somme de 800,000 ducats que des marchands génois portaient, sur des navires basques et galiciens, au duc d'Albe, pour la solde de ses troupes. Elisabeth justifiait cette mesure en prétextant que l'argent saisi n'appartenait pas au roi catholique, mais à ces marchands génois, et qu'elle voulait elle-même l'emprunter, moyennant un intérêt raisonnable. Loin de se contenter d'une pareille excuse, le duc d'Albe, à son tour, fit saisir les biens et les personnes des Anglais aux Pays-Bas, et Philippe II agit de même dans ses royaumes d'Espagne. Alors, Elisabeth ordonna des représailles, qui eurent pour effet de suspendre toute navigation entre l'Angleterre et les Pays-Bas. La querelle s'envenimait chaque jour et faisait présager une rupture éclatante entre les deux nations. Philippe traita de perturbateur l'envoyé de la reine d'Angleterre à Madrid -, rompit toute relation avec lui et l'obligea de s'éloigner de sa cour ; de son côté, Elisabeth fit arrêter et retenir dans sa demeure l'ambassadeur du roi d'Espagne à Londres ^. Cependant , ces hostilités ne furent point poussées jusqu'à la guerre. Le duc d'Albe n'était pas d'avis de rompre tout à fait avec la reine d'Angleterre : dans la situation où se trouvent les Pays-Bas , disait-il , cela serait trop dangereux , et il valait mieux temporiser et négocier. Quant à Elisabeth, elle aurait
1 Le prince d'Orange à son frère Jean de Nassau , de Anstat , 20 février 4570, dans les Archives de la maison d'Orange - Nassau , t. 111 , p. 36^.
2 John Mann, doyen de l'église de Glocester.
' Don Guerau de Espès, qui, le 13 mai 1.568, avait été nommé en remplacement de don Guzman de Silva.