‹ Histoire de la révolution des Pays Bas sous Philippe IIChapitre 126 sur 159 · LIVRE XVI (15C · texte numérisé non relu

LIVRE XVI (15C

cherché, sans doute, à profiter des embarras du duc d'Albe, si elle-même n'avait dû concentrer sa vigilance sur les mouvements des catholiques anglais, qui, e.xcités par Pie V et encouragés par Philippe II, cherchaient à délivrer Marie Stuart et à renverser du trône la reine protestante. Arrêtée par ce péril intérieur, Elisabeth, de même que le duc d'Albe, voulut temporiser et négocier '.

Guillaume de Nassau, de son côté, voulait agir. Jour et nuit, il avisait aux moyens d'animer ses partisans, de nouer des intelligences avec les villes des Pays-Bas, et surtout de recueillir de l'argent pour rassembler une nouvelle armée, lorsque les circonstances deviendraient plus favorables. Il était d'ailleurs secondé par un grand nombre d'exilés, hommes au cœur vaillant, qui venaient chercher ses instructions à Dillenbourg ou qui parcouraient l'Allemagne, les royaumes du Nord, l'Angleterre, et la France, dans l'intérêt de la cause commune Les uns s'adressaient aux églises fondées par les réfugiés des Pays-Bas à Londres, à Norwich, à Colchester; d'autres faisaient des collectes parmi les émigrés qui habitaient Clèves , Emden , Hambourg, Wesel, Brème et d'autres villes des bords du Rhin et de la Baltique. Ce soin était principalement confié au ministre N. Taffin, à Jean Basius, conseiller et secrétaire du prince, à Jacques de Wesenbeke , l'ancien pensionnaire d'Anvers. Quelques-uns de ces émissaires osaient même pénétrer sur le territoire des Pays- Bas, tandis que d'autres patriotes sortaient furtivement de ces provinces, et venaient rendre compte à leur chef de l'état des choses et des esprits '. La plupart des villes de l'Over-Yssel, de

1 Correspondance de Philippe 11, t. II, pp. 53, 63, 70, 77 et 82. Fo/raussi Mignet, Histoire de Marie Stuart, chap. Vill, passim.

^ P. A. Van der Werft, qui devait s'immortaliser au siège de Leyde, était allé faire des collectes en Hollande , et , vers la même époque, Jean Buys, pensionnaire de Leyde. se rendait secrètement à Dillenbourg pour

la Hollande et de la Zélande entretenaient ainsi des relations secrètes avec l'adversaire avoué de la domination espagnole. Guillaume pouvait également compter sur le dévouement d'anciens confédérés, qui l'avaient déjà suivi dans ses expéditions et qui étaient toujours prêts à le servir de leur influence et de leur épée '. Jugeant nécessaire de se concilier l'opinion de la généralité, le prince devait encourager aussi les écrivains qui s'efforçaient d'éclairer les autres peuples sur les véritables causes de la révolution des Pays-Bas et de venger tant de victimes, illustres ou obscures, delà tyrannie espagnole Le principal et le plus redoutable de ces polémistes fut certainement le patriote infatigable qui avait pris pour devise : Repos ailleurs; ce fut Marnix de Sainte-Aldegonde, naguère l'insiirateur de la révolution lorsqu'il dictait le Compromis, maintenant le consolateur des exilés et leur vengeur. La Ruche romaine de Marnix était, en vérité, une représaille terrible contre Philippe II et ses adhérents; dans ce pamphlet retentissant , l'écrivain , donnant un libre cours à son indignation et à ses haines, flagellait, avec une incomparable vigueur, les bourreaux des Pays-Bas '.

se concerter avec le prince d'Orange. Voir Archives de la maison d'Orange- Nassau, t. m, p. 333.

■ On distinguait le comte de Berg, beau-frère du prince d'Orange, le comte de Culembourg, le baron d'Esquerdes et ses deux frères ; Bernard de Mérode ; le S"- de Boxtel ; Adrien de Berges , S"- de Dolhain , et son frère Louis de Treslong ; Guillaume de la Marck , Sf de Lumey et de Seraing ; George de Montiguy, S' de Noyelle ; Charles de Levin, S"- de Famars ; Otto d'Egmond, S^ de Kennenbourg ; Philippe Van der Aa ; Albert de Huchtenbroeck; Marnix de Saiulc-Aldegonde, etc. VanMeteren cite encore, parmi les agents et les correspondants du prince, Jean Junius , Nicolas Taffin et ses frères, et Diericksen de Heuvel, bourgmestre deGorcum. Histoire des Pays-Bas, fol. 67.

2 Marnix de Sainle-Aldegonde composa aussi le chant national des exilés, Wilhelmus van Nassamven : » Moi, Guillaume de Nassau, né de sang aile-

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