‹ Histoire de la révolution des Pays Bas sous Philippe IIChapitre 127 sur 159 · LIVRE XVI (1569-1570). 54Ô · texte numérisé non relu

LIVRE XVI (1569-1570). 54Ô

D'autres fugitifs avaient choisi les fleuves et les mers jinur y harceler la puissance espagnole. On les appelait, par dérision, gueux marins ou gueux d'eau, et vulgairement oies de mer '. Ils n'étaient d'abord qu'une poignée sur quelques faibles chaloupes. Mais, peu à peu, leur nombre s'accrut; des gentilshommes exilés, des marchands qui avaient fui Anvers ou les ports hollandais, surtout de nobles Frisons, se joignirent à eux et employèrent leurs dernières ressources à l'équipement de navires destinés à combattre et à intercepter les vaisseaux de l'Espagne. Parmi ces hardis pirates, on remarquait : Adrien de Berges, S'' de Dolhain; Guislain de Fiennes, S"" de Lumbres ; Guillaume de Blois, dit Treslong ; Barthel Entens de Mentheda ; Lancelot, bâtard de la maison de Bréderode ; Albert, bâtard de la maison d'Egmont; Thierry Sonoy; le S'' de Swieten ; Guillaume Hembyze, de Gand ; .lean Broeck, d'Amsterdam, et d'autres vaillants hommes, auxquels vint encore s'adjoindre, plus tard, avec une compagnie de soldats liégeois , Guillaume de la Marck, S"" de Lumey et de Seraing ^ Ils croisaient sur les côtes de la Hollande, le long de la Manche, à l'embouchure de l'Ems et sous la Rochelle, épiant les navires espagnols et cherchant à s'en emparer. Etaient-ils assaillis à leur tour, ils trouvaient des refuges à Douvres, à Emden, et à la Rochelle, oii ils se réunissaient aux corsaires entretenus par les protestants français. Selon les conseils de l'amiral de Goligny, le prince d'Orange accorda manifestement son patro-

mand, je suis resté fidèle à la patrie jusqu'à la mort, etc. >> Voir la brillante étude de M. E. Quinet, sur Maruix de Sainte-Aldegonde, pp. 39 et suiv., et le travail très-instructif de M. V. Gaillard, De l'influence exercée par la Belgique sur les Provinces-Unies. [Mémoires couronnés de l'Académie de Belgique, in-S", t. VI, part. Il, pp. 138 et -171.)

' « Et maritimi quoque anseres vulgo appellati sunt. » Strada, lib. VII.

^ Van Meteren, fol. 66 v" et fol. 67 ; — Grande chronique de Hollande, t. II, p. 213.

nage aux gueux de mer. îl délivra , en son nom , des commissions à leurs chefs ' , et ceux-ci s'engagèrent à lui remettre le dixième denier des prises effectuées. Ces capitaines furent ensuite subordonnés à un amiral, qui tenait aussi ses pouvoirs du prince d'Orange. Au mois de septembre 1569, il plaça, pour la première fois, les gueux de mer sous le commandement supérieur d'Adrien de Berges, S' deDolhain. Mais ce premier amiral, n'ayant aucunement justifié la confiance du prince, fut remplacé, dès l'année l suivante, par Guislain de Fiennes, S' de Lumbres '.

i Cependant le duc d'Albe poursuivait son œuvre , encouragé

! par Philippe II, glorifié par Pie V. Assimilant le dominateur des

• Pays-Bas aux plus illustres défenseurs de l'Église, le pape avait

\ envoyé à Bruxelles Charles d'Eboli, un de ses chambellans, pour

\ lui remettre une épéo et une toque garnies de diamants. Cette

; cérémonie eut lieu avec pompe , dans l'église de Sainte-Gudule ,

le 6 mai 1569. Le lieutenant de Philippe II n'avait rien négligé, d'ailleurs, pour se concilier la bienveillance de Pie V. Il avait rétabli l'inquisition et remis en vigueur les anciens placards contre les hérétiques. Les évêques, si longtemps tenus en échec, n'avaient plus à craindre l'opposition des états et prenaient paisiblement possession de leurs sièges : Pierre Curtius à Leeuwaerden, Jean Knyff à Groningue, et François Sonnius à Anvers. Le duc d'Albe lui-même avait voulu présider à l'installation de ce dernier prélat, transféré du siège de Bois-le-Duc dans la ville qui était naguère la citadelle du protestantisme. L'institution de séminaires, conformément au concile de Trente , avait été pres-

' 11 arriva cepeudant que les commissions délivrées par le prince d'Orange furent tout à fait méconnues ; ainsi, les Hambourgeois, ayant pris sur l'Elbe Jean Broeck, d'Amsterdam, lui firent trancher la tête comme à un pirate.

^ La commission donnée à Guislain de Fiennes, S^ de Lumbres, est dans Bor, t. I", fol. 233 ; elle porte la date du 10 août 1570. T'oir aussi Archives (le la maison d'Orange-Xassau, t. III, pp. 3o'l , 363, 373 et 377.

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