‹ Histoire de la révolution des Pays Bas sous Philippe IIChapitre 130 sur 159 · LIVRE XVI · texte numérisé non relu

LIVRE XVI

graves, et, pour les autres, de tracer aux juges ordinaires la marche à suivre. Les rapporteurs, désignés par le conseil, adressaient leur travail à del Rio, qui lui-même allait ensuite se concerter avec Vargas et Roda. Si les rapporteurs avaient proposé la peine de mort, les deux conseillers espagnols déclaraient que c'était très-bien, et qu'il n'y avait rien à revoir au procès. Mais si la peine proposée était moindre, ils ordonnaient que le procès fût revisé, et les rapporteurs étaient accablés de reproches '. Du reste, toutes les causes de rébellion et d'hérésie étaient jugées, sans aucun égard pour les privilèges et coutumes qui pouvaient préjudicier à la suprême juridiction du roi '. Un pareil régime, fondé sur l'arbitraire et la cruauté, ne pouvait être qu'un règne de sang. Aussi coulait-il à flots. En six ans de cette tyrannie exécrable, plus de huit mille personnes périrent par le fer, le feu ou la corde ^. Qui pouvait se croire à l'abri des soupçons et des vengeances du tribunal de sang? Il n'y avait personnage si grand qui ne tremblât devant cette juridiction dont la seule règle était

' Notice sur le conseil des troubles, par M. Gachard, pp. -19 et 20.

2 Correspondance de Philippe II, t. II, p. 99.

^ Il serait certainement impossible de déterminer exactement le nombre des victimes du duc d'Albe ; nous restons sans doute en deçà de la vérité, en adoptant le chiffre indiqué par M. Gachard [Bulletins de l'Académie royale de Belgique, t. XIX, .3^ partie, p. -176), d'après des documents des archives de Simancas. La plupart des historiens, catholiques et protestants, avaient porté ce nombre à 48,000, se fondant sur des assertions produites, en ioTS, devant la diète de Worms et, en -1582, devant la diète d'Augsbourg. En 4.578, Marnix de Sainte-Aldegonde s'exprimait en ces termes :

S'il se rencontre ici quelqu'un qui pense que le bruit et la renommée

de tant de cruautés surpassent la vérité des faits, que celui-là se rappelle la parole du duc d'Albe, dans son dernier banquet, au moment de retourner en Espagne. Cet aveu suffira, puisqu'il se glorifiait publiquement d'avoir fait mourir plus de dix-huit mille huit cents hommes par la main du bourreau... »

la volonté du duc d'AIbe '. Celui-ci était parfois impartial dans sa cruauté. Au mois de février 1570, il fit pendre ignominieusement aux bailles du palais de Bruxelles, le prévôt des maréchaux, oui, Jean Spel lui-même, convaincu de concussion, de viol et de rapines '. Certes, les opprimés virent avec satisfaction sacrifier un des instruments les plus exécrés de la tyrannie espagnole, l'homme qui, dans l'espace de deux années, avait, dit-on, présidé au supplice de trois mille trois cent soixante et treize personnes ^ Mais cette joie fut de courte durée : la disparition de Jean Spel ne suspendit point les proscriptions. Quatre anciens curés, dont l'un septuagénaire, ayant été condamnés au feu pour avoir embrassé les doctrines protestantes, furent brûlés à la Haye, le 30 mai 1570, au milieu d'un peuple terrifié 4. Quelques semaines auparavant, le 15 mars, un gentilhomme nommé Longueval, avait subi la même peine à Uruxelles, mais après avoir eu la langue brûlée, parce qu'il avait mal parlé du lieutenant de Philippe II et que Ion craignait qu il ne recommençât sur

' C'est ainsi que le comte de Meghem, gouverneur de la Gueldre, écrivit confidentiellement , d'Arnhem , le 26 juillet 4 569 , au conseiller d'Assonleville, pour connaître les intentions du duc d'AIbe à son égard. II le priait de s'informer « par manière de discours, » près de del Rio ou de Hessele, s'ils pensaient lui imputer crime de lèse-majesté, pour avoir été d'avis autrefois d'écrire au roi afin de demander l'éloignement du cardinal de Granvelle {Archives de la maison d'Orange-Nassan, t, III, p. 321). — Déjà, après l'exécution des comtes d'Egmont et de Bornes, Berlaymont lui-même s'était écrié qu'il voyait bien ■ que tous seraient mis au joug ! « Ibid., Supplément, p. 82.

^ L'exécution de Jean Grauwels ou Spel, prévôt de l'hôtel ou de la cour, eut lieu le M février. Avant d'être pendu, il vit son lieutenant et son clerc, désignés comme ses complices , fouettés « à .sang coulant » au pied du gibet. BoR, t. 1er, fol. 194.

^ Histoire de Bruxelles, t. Ie«-, p. 422.

* Voir les détails dans Van Meteren, fol. 6.5 V.

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