LIVRE XVI
point de publier l'amnistie, si impatiemment attendue. Plusieurs motifs, disait-il, lui commandaient cet ajournement, surtout le procès intenté au baron de Montigny, et qui n'était point terminé '. Il attendit enfin jusqu'au 16 juillet 1570, avant de notifier solennellement aux habitants des Pays-Bas la grâce dont ils étaient redevables à la clémence et à la générosité de Philippe II. Cette proclamation se fît devant l'hôtel de ville d'Anvers, en présence du duc d'Albe assis sur une espèce de trône royal qui dominait l'estrade oti ses gardes étaient rangés. Les hérauts proclamèrent que le roi pardonnait à ceux qui, dans l'espace de deux mois, viendraient, avec un vrai repentir, abjurer leurs erreurs entre les mains des commissaires du Saint-Père. Mais étaient formellement exceptés de ce pardon général les ministres et docteurs, hostiles à la religion catholique romaine, de même que ceux qui les auraient appelés dans le pays ou qui leur auraient donné aide; les consistoriaux et diacres ainsi que leurs hôtes ; les briseurs d'images ; les promoteurs ou chefs de ceux qui avaient signé le Compromis, la requête des nobles ou d'autres documents de même nature ; ceux qui, la dernière fois, s'étaient joints aux rebelles ou qui les avaient assistés, en leur procurant des vivres ou de l'argent, ainsi que ceux qui, de bouche ou par écrit, avaient tramé quelque chose contre le roi, en quelque façon que ce put être ; les justiciers, magistrats, conseillers, gouverneurs, pensionnaires et secrétaires des villes, avocats, procureurs, huissiers, sergents et autres qui ne s'étaient point opposés aux « transgresseurs )• et leur avaient donné mauvais exemple ; enfin, tous ceux qui s'étaient joints, directement
gardés avec un graud secret, pour que personne ne sût qu'ils lui avaient été envoyés : car, s il se déterminait à publier le plus rigoureux, et qu'on apprît qu'il en avait de plus favorables en son pouvoir, il en rejaillirait, (lisait Philippe II, beaucoup de haine sur lui. ' Correspondance de Philippe II, t. II, p. 119.
OU indirectement, aux hérétiques. Mais, quant à cette dernière catégorie, si quelque banni se montrait disposé à se disculper personnellement ou demandait, endéans six mois, pardon par requête, on pourrait y avoir égard. Du reste, les biens déjà confisqués restaient acquis au fisc, à moins d'une décision contraire du roi. Quant aux états, villes, communautés ou confréries, qui auraient >'■ forfaict, )> le roi se réservait ces cas pour y statuer et pour disposer des privilèges ou non, comme bon lui semblerait '. Tant d'exceptions et de restrictions causèrent la plus pénible surprise parmi tous ceux qui avaient déjà pu approfondir les artifices de la politique espagnole. Le sentiment public s'émut même à tel point que le duc d'Albe crut nécessaire de faire une déclaration pour rassurer les esprits. A sa suggestion, des députés d'Anvers étant venus le remercier, il fît espérer que le « temps de la grâce » avait succédé « au temps de la justice, '> et que la clémence du roi s'étendrait sur les réservés, comme sur les autres. Mais cette déclaration tardive n'atténua point le mauvais effet qui avait été produit par un simulacre d'amnistie et de pardon ».
Du reste , le duc d'Albe annonçait l'intention de procéder rigoureusement, après l'expiration du terme fixé à l'amnistie, contre les délinquants qui n'auraient pas profité de la grâce qui leur était faite. Il déclarait aussi que le roi pouvait regarder dès lors les Pays-Bas comme étant tout à fait à sa discrétion, et que
1 Van Meteren, fol. 65 vo ; — Van Loon, t. le"-, p. -128.
^ Voir les informatioDs données par le duc d'Albe lui-même, idans la Correspondance de Philippe II, t. II, pp. 4 44-1 45 et 454-155. Il se plaignit aussi que Hopperus eût écrit à Viglius qu'il avait publié la forme de pardon la plus rigoureuse, tandis que, au contraire, il avait choisi, disait-il, la plus douce. Van Meteren constate, fol. 66, que la proclamation du pardon général , au lieu de ramener la sécurité parmi les populations effrayées, activa encore les émigrations.