LIVRE XVI (1370). 5o
ces provinces devaient désormais être gouvernées de Madrid ' . Anéantir les privilèges et les libertés des Pays-Bas, transformer ces provinces en vice-royauté comme Naples et Milan, les soumettre entièrement au conseil d'Espagne, enfin les faire gouverner de Madrid, tel était, en réalité, le but définitif de la tyrannie du ducd'Albe '. Mais les entreprises des bannis, secondant la fermentation qui commençait à se manifester dans le pays même, devaient déjouer des desseins dont la réalisation aurait anéanti l'antique nationalité des Belges, telle qu'elle était sortie des luttes héroïques du moyen âge.
Quelque temps après la publication du pardon général, l'archiduchesse Anne d'Autriche, dont les fiançailles avec Philippe II avaient été naguère célébrées dans la cathédrale de Prague, descendit le Rhin jusqu'à Nimègue ^ Le 19 août, elle
' Correspondance de Philippe 11, t. II, pp. 145 et 165.
* C'est ce que del Rio affirmait dans ses réponses à ses interrogatoires.— On peut consulter aussi , sur ce sujet, un Mémoire de Hopperus, du 4 juillet 1570, dans la Correspondance de Philippe II, t. II, p. 143. — Mais le document le plus remarquable, sans contredit , est un Mémoire attribué à Granvelle et publié dans les Archives de la maison d'Orange-Nassau (supplément, pp. 73 à 79). Sans avoir le caractère violent des conceptions du duc d'Aibe, ce Mémoire préconisait quelques-unes de ses idées. On conseillait à Philippe II de se faire couronner roi absolu des Pays-Bas, d'ériger Bruxelles en capitale métropolitaine, comme Londres et Paris, d'établir une loi unique pour toutes les provinces du nouveau royaume , de supprimer l'élément démocratique dans les conseils des villes, d'ériger des citadelles dans les places principales et de les confier à des troupes étrangères, etc. — Une partie de ce programme avait déjà été réalisée; et, c'était sans doute aussi dans des vues de centralisation, et en attendant l'établissement d'une loi unique, que le duc d'Albe publiait, le 19 juillet 1570 de nouvelles ordonnances sur la justice criminelle.
' Le 4 avril précédent, le secrétaire Çayas avait transmis au duc d'Albe, de la part de Philippe II , quelques instructions à propos de l'arrivée de la reine aux Pays-Bas : — Sa Majesté doit lui être remise à la frontière;
fit son entrée dans cette ville, où elle était attendue par le duc d'Albe et des députés des états, chargés d'offrir à la nouvelle reine d'Espagne un présent de 200,000 florins. Elle se rendit ensuite par terre à Anvers, où, le 29, elle fit une entrée pompeuse. Après avoir passé quelques jours dans des fêtes continuelles, elle se dirigea vers la Zélande,. et, le 25 septembre, s'étant embarquée à Flessingue, elle fit voile pour l'Espagne. Le comte de Boussu, gouverneur de la Hollande, l'escortait avec une flotte de vingt-six vaisseaux qui portaient 1,600 hommes de troupes wallonnes '.
Pendant qu'il attendait sa fiancée, Philippe II ajoutait une nouvelle victime à la funèbre liste des grands seigneurs et gentilshommes des Pays-Bas, qui avaient été déjà immolés à la politique espagnole. Anne d'Autriche, dont la bonté était peinte sur ses traits aimables, s'était laissé attendrir par les supplications d'une famille en proie à la plus cruelle anxiété. La mère, la femme et d'autres parents du baron de Montigny l'avaient priée d'intercéder auprès de Philippe II pour que ce seigneur sortit de prison ou qu'on lui fit son procès. Anne d'Autriche avait prorais que ce serait la première requête qu'elle adresserait au roi, son époux '. Mais déjà Philippe II avait pris des mesures pour rendre cette intervention inutile.
il a paru important qu'aucun Allemand ne mît le pied dans ces provinces, et encore moins les archiducs : « Puisque, quand il s'agit de souveraineté, il y a tant d'exemples que le père ne peut se fier au fils , et qu'il est sage de prévenir les occasions que le démon et l'ambition pourraient faire naître , dans l'état où se trouvent les Pays-Bas. " Correspondance de Philippe II, t. II, p. 4 27.
' Voir, pour les détails, les lettres du duc d'Albe au roi, dans la Correspondance de Philippe II, t. II, pp. 449, 150 et -152.
^ Van Meteuen, fol. 60. — Voir le portrait d'Anne d'Autriche dans les Relations inédites des ambassadeurs vénitiens, p. 167.