‹ Histoire de la révolution des Pays Bas sous Philippe IIChapitre 134 sur 159 · LIVRE XVI · texte numérisé non relu

LIVRE XVI

Depuis dix mois, Montigny était prisonnier au château de Ségovie, sans qu'on lui eût fait connaître les accusations dont il était l'objet ou entrevoir les intentions du roi à son égard. Privé de toutes communications avec ses proches et ses amis, il ignorait également la triste destinée des Pays-Bas et même la mort du comte de Hornes , son frère. En proie à la plus cruelle incertitude, il s'adressa successivement , mais sans succès , aux personnages les plus influents de la cour de Philippe 11, à Ruy Gomez, au duc de Feria, à l'évéque de Cuença, confesseur du roi. Personne ne lui répondit. Désespéré, Montigny forma , au mois de juillet 1568, un projet d'évasion qui était sur le point de réussir lorsqu'une lettre interceptée révéla le secret du complot aux gardiens du château '. Le frère du comte de Hornes perdit dès lors toute chance de salut. On avait enfin décidé qu'il serait jugé dans les Pays-Bas , mais sans cesser d'être retenu en Espagne. Le procureur fiscal du conseil des troubles dressa contre l'infortuné seigneur un réquisitoire qui concluait à la peine capitale ; et le ducd'Albe, par une commission rogatoire datée de son camp près de Liège, le 6 novembre 1568. transmit ce document aux juges de la cour criminelle de Madrid , en leur demandant d'interroger le prisonnier sur les faits énoncés. L'acte d'accusation forgé contre Montigny reposait, en général , sur des allégations vagues et équivoques et ne faisait que reproduire, en d'autres termes, les griefs qui avaient déjà conduit les comtes d'Egmont et de Hornes sur l'échafaud. Montigny était également accusé d'avoir participé à la ligue contre le cardinal de Granvelle, aux tentatives pour étendre les attributions du conseil d'État, et à la résistance contre les ordres souverains du 17 octobre '1565 ; on lui reprochait aussi la faveur qu'il avait montrée aux sectaires dans son gouvernement de Tournai, et, en outre, d'avoir dé-

' Correspondance de Philippe II, i. II, pp. 32 et 33.

claré, à Madrid, en plein conseil d'État, et répété cette déclaration, en présence du roi lui-même, qu'aucun des seigneurs des Pays-Bas ne prendrait les armes contre les rebelles si Sa Majesté n'accédait d'abord aux demandes des confédérés.

Le 7 février 1569 , le licencié Salazar, du conseil de Castille, alcade delà cour et de la maison du roi, se transporta au château de Ségovie pour procéder à l'interrogatoire du seigneur prisonnier. Montigny refusa d'abord de répondre , soutenant qu'il n'était justiciable que du chapitre de la Toison d'or ou du roi, comme chef de l'Ordre; mais ensuite il consentit à s'expliquer, sous protestation. Aux allégations de ses accusateurs, il opposa constamment les dénégations les plus nettes, les plus absolues. 11 nia formellement tous les propos qu'on lui imputait contre l'autorité du roi, contre sa personne et contre la religion catholique. Quant au reproche d'avoir favorisé l'hérésie, il avoua qu'il avait exprimé quelques doutes sur la convenance d'établir l'Inquisition dans un pays où le nom en était si odieux; mais loin de reconnaître qu'il eût voulu fonder la liberté religieuse, soit publique, soit même privée, il protesta que, chrétien et catholique, il aurait plutôt dénoncé son propre frère, s'il était devenu infidèle, et il rappela avec ostentation les châtiments infligés aux hérétiques dans son gouvernement de Tournai, les bûchers dressés quelquefois pour leurs ministres. Il subit un nouvel interrogatoire le 14 février. L'alcade lui donna lecture de l'acte d'accusation émané du conseil des troubles et le somma de déclarer sous serment s'il n'avait rien à ajoutera ses premières réponses. Le noble prisonnier se borna à en affirmer l'exactitude. L'alcade lui délivra alors une copie de l'acte d'accusation et lui fit savoir que cinquante jours lui étaient accordés pour se justifier devant le duc d'Albe ; il l'invita du reste à munir une ou plusieurs personnes de pouvoirs suffisants pour suivre en son nom le procès, avec faculté de les transmettre à d'autres, sous

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