‹ Histoire de la révolution des Pays Bas sous Philippe IIChapitre 135 sur 159 · LIVRE XVI (4569-1570;. oo · texte numérisé non relu

LIVRE XVI (4569-1570;. oo

peine d'être jugé par contumace. Agissant comme l'avaient fait tous les autres seigneurs des Pays-Bas qui avaient été cités devant le conseil des troubles , Montigny contesta de nouveau, et avec énergie, la compétence de ce tribunal : il ne pouvait, disaitil, en sa qualité de chevalier de la Toison d'or, considérer le duc d'Albe comme son juge. L'alcade ayant répliqué que le duc d'Albe avait commission expresse du roi pour cette affaire , et que luimême agissait en vertu d'une commission royale, Montigny insista néanmoins pour être jugé en Espagne par le roi lui-même ; il représenta, en outre, qu'il avait lieu de considérer le duc d'Albe comme son ennemi personnel. Désespérant à la fin de triompher d'une détermination irrévocable, il consentit à donner ses pouvoirs au comte Pierre Ernest de Mansfeld, au prince d'Epinoy, son beau-frère, au S' de Noircarmes, au S'' de Beauvoir, au vicomte de Gand et à plusieurs autres, parmi lesquels était Antoine de Penin, bourgeois de Béthune. Le duc d'Albe obligea ce dernier à se charger, pour la forme, d'une défense qui ne pouvait aboutir à aucun résultat , puisqu'il n'était pas même permis au prisonnier de correspondre avec son procureur '. Les supplications de la famille du baron de Montigny

1 Le 1 1 mai 1569, Antoine de Penin, alléguant ses soixante-deux ans et sa débilité , demandait au duc d'Albe d'être déchargé de la défense du seigneur de Montigny. Le duc lui répondit, dès le lendemain, que, faute de déférer à l'ordre qui lui avait été transmis, il serait procédé contre lui en toute rigueur. Correspondance de Philippe II, t. II, pp. 89 et 90. On trouve dans le même recueil (t. II, p. \Vt) une lettre remarquable adressée par le S"- de Beauvoir au baron de Montigny, et datée du camp de Saint- Jean d'Angely, près la Rochelle , le 30 novembre 1569. Le S-- de Beauvoir alléguait sa charge de lieutenant général de l'armée envoyée au secours du roi de France, pour s'excuser de ne pouvoir accepter la défense du noble prisonnier. Il ne cachait pas, d'ailleurs, son opinion sur le peu de fondement des charges dressées contre Montigny, « qui sont la pluspart, ajoutait-il, pour avoir dit et non pas pour fait. »

furent également vaines '. Au lieu d'un acte de clémence , que tes considérations les plus puissantes auraient dû inspirer, ce fut un arrêt de mort qui vint répondre aux déchirantes prières de cette famille désolée.

Le 4 mars 1570 , le duc d'Albe fit secrètement prononcer à Bruxelles une sentence capitale contre Floris de Montmorency, baron de Montigny et de Leuze, chevalier de la Toison d'or : elle portait que, criminel de lèse-majesté et de rébellion , il aurait la tête tranchée par le glaive et qu'elle serait ensuite exposée au haut d'une pique ; tous les biens du condamné étaient en outre adjugés au roi. En même temps, le marquis de Berghes, mort trois ans auparavant en Espagne, était également l'objet d'une sentence qui le déclarait criminel de lèse-majesté au premier chef, condamnait sa mémoire et prononçait la confiscation de tous les biens par lui délaissés. Cette dernière clause indiquait le but véritable d'une condamnation aussi monstrueuse. Le duc d'Albe avait trouvé le moyen de cacher l'arrêt de mort de Montigny, à tout le monde, même à la plupart de ses assesseurs du conseil des troubles. II leur avait demandé leur opinion écrite et signée sur la culpabilité de l'accusé, mais sans les avertir qu'il s'agissait de prononcer le jugement. Lorsque la majorité eut conclu à la peine capitale , il fit dresser l'arrêt en conséquence, convoqua Juan de Vargas et le docteur del Rio, les seuls en qui

' Philippe II n'eut aucun égard à la requête touchante que Hélène de Melun, dame de Montigny, lui adressa de Lille, le i3 juin 4 5(39. Quoique convaincue, disait-elle, que le S"" de Montigny n'était pas coupable des choses qu'on lui imputait, elle se jetait aux pieds du roi , « toute confondue et consommée en larmes et pleurs, » le suppliant, en considération des services passés de ce seigneur, de son jeune âge à elle, qui n'avait été en la compagnie de son mari que quatre mois, et de la passion de Jésus-Christ, de vouloir lui pardonner les fautes qu'il pourrait avoir commises. Voir Correspondance de Philippe II, t. II, p. 94.

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