LIVRE XVI
ofiBcielle, parce que cela n'était pas nécessaire; elle ajoute, du reste, que cette circonstance ne fut pas inutile au but qu'on avait en vue, le déplaisir qu'en éprouva Montigny lui ayant causé une indisposition. Cependant le noble prisonnier, traité avec plus d'égards depuis son arrivée à Simancas, était loin de prévoir le sort qui lui était réservé. Il en vint même à se flatter de l'espérance que le roi voudrait rattacher à son mariage des actes de clémence. Philippe II, au contraire , pressait alors l'exécution de l'infortuné seigneur. Le 1" octobre, une cédule royale, datée de l'Escurial, fut adressée au gouverneur de Simancas pour lui enjoindre de remettre le condamné à la disposition de don Alonzo de Arellano, alcade de l'audience et chancellerie de Valladolid, délégué, en vertu de la commission rogatoiredu ducd'Albe, pour faire exécuter la sentence. Des instructions datées du même jour et portant la signature du docteur Velasco, un des membres du conseil du roi, tracèrent à l'alcade, dans le détail le plus minutieux, la marche qu'il devait suivre pour faire réussir cet abominable complot '. La séquestration absolue du prisonnier était la première condition de réussite. Jusqu'alors on lui avait permis de se promener dans l'intérieur de la forteresse; et, pour mieux le tromper, on Je laissait communiquer avec ceux qu'il désirait voir. Mais un matin, don Eugenio de Peralta, étant entré dans la chambre de Montigny, reprocha à celui-ci d'avoir abusé de sa confiance, et lui montra tm billet écrit en latin, qui avait été trouvé dans les corridors et qui faisait supposer des intelligences entre le prisonnier et des personnes de l'extérieur, dans le but de lui ménager des moyens d'évasion. Le billet, attribué au seigneur belge, avait été fabriqué et jeté là par don Eugenio de Peralta lui-même. Toutes les protestations de Montigny devaient nécessairement échouer. Le gouverneur, feignant un ressentiment
1 Voir Correspondance de Philippe II, t. II, p. -102. a. 36
extrême, ordonna d'enfermer le prisonnier dans une chambre écartée et de lui retirer tous ses domestiques qui, jusqu'alors, avaient pu lui continuer leurs services. Montigny fut très-afiFecté de ce changement, et sa santé en reçut même quelque atteinte. Don EugeniodePera ta s'empressa de tirer parti de cette circonstance. Le médecin de la ville de Simancasfut appelé dans la forteresse et invité à y revenir plusieurs fois chaque jour, comme si l'état du malade eût été assez grave pour nécessiter ces visites fréquentes. Le médecin, qui d'ailleurs avait été mis dans le secret du complot, ordonnait chaque fois et faisait apporter ostensiblement des potions appropriées à l'état d'un homme attaqué de la fièvre continue. En entrant dans la ville, il avait soin aussi de dire à tout venant que, suivant toute aptparence, Montigny serait emporté avant le septième jour par la violence de cette fièvre.
Le samedi, 1 4 octobre, le licencié don Alonzo de Arellano, alcade de Valladolid, chargé de l'exécution principale des volontés du roi, arriva enfin lui-même à Simancas, après la nuit close ; il était accompagné d'un, notaire ou greffier et du bourreau. A dix heures du soir, il entra dans la chambre de Montigny et le greffier donna lecture, en présence de don Eugenio de Peralla et de son lieutenant, de la sentence du duc d'Albe, des lettres réquisitoriales adressées au conseil de Castille et du réquisitoire du fiscal de ce conseil. L'alcade déclara ensuite au prisonnier que le roi, bien que convaincu de la justice de cette sentence, prenait en considération son rang élevé et voulait u.ser de clémence à son égard : c'est pourquoi il avait jugé à propos d'adoucir la peine, en ordonnant que l'exécution n'eût pas lieu en public, mais secrètement, en sorte que son honneur n'en fût pas entaché et qu'on pût faire croire qu'il était mort de maladie. Montigny, qui .se confiait dans .son innocence et qui comptait en outre sur larrivée de la reine, éprouva une forte émotion en recevant cette communication terrible et imprévue. Cependant il ne tarda point à