‹ Histoire de la révolution des Pays Bas sous Philippe IIChapitre 138 sur 159 · LIVRE XVI (1570). 56Ô · texte numérisé non relu

LIVRE XVI (1570). 56Ô

se remettre et demanda un prêtre. Fray Hernando de Castilio, moine de Tordre de Saint-Dominique, envoyé d'avance de Valladolid, pour préparer le prisonnier à la mort, fut aussitôt introduit. Montigny l'écouta avec beaucoup de calme, de modération, de patience, et son attitude resta la même jusqu'à la fin. Fray Hernando s'attendait à trouver un hérétique ou du moins un pénitent qui inclinait fortement vers les doctrines nouvelles. Mais le seigneur belge lui donna les marques les plus convaincantes de son orthodoxie et lui remit un écrit de sa main qui contenait sur ce point les déclarations les plus explicites '. Montigny protestait d'ailleurs de son innocence, en ce qui touchait les crimes qu'on lui imputait ; il consentait, disait-il, à ce que Dieu ne lui pardonnât point s'il était coupable envers son roi. Il rejetait son infortune sur des ennemis qui, en son absence, avaient pu, sans obstacle, se venger de lui. Il s'exprimait sans colère, sans marque extérieure d'impatience, comme il aurait parlé de choses intéressant un étranger, en pardonnant à tout le monde, avec beaucoup de courage et avec toutes les apparences d'un chrétien prédestiné. Tel est le témoignage touchant que lui rendit fray Hernando dans la relation qu'il adressa à Philippe II sur les derniers moments de l'infortuné seigneur.

Il avait été décidé que l'exécution se ferait dans la nuit du dimanche au lundi, entre minuit et deux heures du matin, de manière que ceux qui y seraient appelés, comme acteurs ou comme témoins, pussent être rentrés à Valladolid avant le jour. Le dimanche, de bonne heure, Montigny se confessa, entendit la messe, et reçut les sacrements. Tout le reste du jour et la nuit

' Montigny protestait que , dans les affaires de religion , il n'avait cessé d'observer la foi de la sainte Église catholique romaine; il disait et protestait qu'il croyait toutes les choses que la sainte Église romaine enseignait, etc. Correspondance de Philippe II . i. Il, p. iljl.

suivante, il les consacra à des prières, à des actes de pénitence et à des lectures pieuses dans les œuvres ascétiques de fray Luis de Grenade. Les ordres du roi ne permettaient point qu'il fit un testament : il n'avait que la faculté d'écrire un mémorial des dettes qu'il désirait qu'on acquittât; encore ne pouvait-il y faire la moindre allusion à la fin qui l'attendait, et lui était-il prescrit de le rédiger comme un homme malade et qui se sentait près de mourir. Montigny se conforma à ces prescriptions ; il recommanda au roi, pour des gratifications qu'il indiquait, plusieurs de ceux qui l'avaient servi; il disposa du peu de choses qui lui restaient ; puis il remit à fray Hernando deux anneaux qu'il le pria de faire parvenir à sa femme et à sa belle-mère de qui il les avait reçus. Il chargea aussi fray Hernando d "écrire à sa femme comment il avait plu à Dieu de le retirer de ce monde, dans un temps où il ne pouvait avoir la liberté de la servir et de l'honorer. Il devait la supplier, en son nom, de se souvenir du sang dont elle venait, d'être aussi catholique que ses ancêtres, et de ne pas se laisser entraîner aux opinions et aux sectes nouvelles, mais de persister dans la religion catholique romaine et de rester toujours dévouée au service du roi '. Tout se passa, dans cette œuvre de ténèbres, comme Philippe II l'avait prescrit : les horreurs de l'assassinat suivirent les perfidies du guet-apens. Le lundi, 16 octobre, à deux heures du matin, le bourreau entra dans la chambre de Montigny et l'étrangla, en présence de l'alcade, du greffier et des autres personnes admises au secret du complot. Dès que le noble prisonnier eut rendu le dernier soupir, l'alcade, le greffier et le bourreau repartirent pour Valladolid, où ils arrivèrent avant le lever du soleil. Ces derniers avaient été prévenus qu'ils seraient punis de mort, s'ils révélaient à qui que ce fût ce qui venait de se passer. Le jour parut enfin, et don Eu-

1 Correspondance de Philippe 11, t. il, pp. 158—159.

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