‹ Histoire de la révolution des Pays Bas sous Philippe IIChapitre 140 sur 159 · LIVRE XVI · texte numérisé non relu

LIVRE XVI

Le roi feignit de se rendre à ces raisons et annonça son intention de donner un successeur au duc dAlbe; il engageait toutefois ce dernier à perfectionner son ouvrage , pour ne pas perdre le fruit de tant de peines. Il lui ordonnait aussi de ne point quitter les Pays-Bas, avant l'arrivée du duc de Medina-Celi, désigné pour le remplacer '. Ferdinand de Tolède insista alors pour que son successeur arrivât bientôt; mais, en même temps, il recommandait au roi de donner au duc de Medina-Celi des instructions telles qu'il ne pût révoquer aucune des choses faites depuis 1567 '. Mais Philippe II, ne considérant pas encore comme accomplie la mission du duc d'Albe, retenait en Espagne son successeur désigné. C'était le moment d'ailleurs où Ferdinand de Tolède se disposait à reprendre les projets financiers qui allaient favoriser si puissamment la cause des fugitifs et des rebelles.

Parmi ces derniers, un des plus redoutables par son courage et son activité, était, sans contredit, Louis de Nassau. Lorsque les huguenots eurent obtenu, par la paix, conclue à Saint-Germain en Laye , le 8 août 1570, des garanties qui leur assuraient le libre exercice de leur religion et le droit de parvenir, comme les catholiques, à toutes les charges de l'État , le comte Louis essaya d'intéresser à la cause des Pays-Bas non-seulement l'amiral de Coligny, mais le roi Charles IX lui-même. Le dernier traité ayant réintégré Guillaume de Nassau dans la possession de la principauté d'Orange, son frère fut appelé à la régence de cet État et saisit ce prétexte pour prolonger son séjour en France. En réalité, toutes ses pensées étaient tournées vers les Pays-Bas,

faite des gouvernements et des bandes d'ordonnances entre les hommes du régime nouveau, \o\r Correspondance de Philippe II, t. II, pp. 223-224.

1 Le roi au duc d'Albe, 30 juin, 26 juillet et 24 octobre 1370. Ibid.. t. II, pp. 434, 444 et 160.

' Lettres du duc d'Albe, du 23 mars, 7 mai et 13 juillet l.o71. Ihid., t. Il, pp. 172, 175 et 183.

et il s'efforçait de seconder les efforts du prince d'Orange par ses relations intimes avec les chefs huguenots et par les intelligences qu'il noua également avec Walsingham, représentant de la reine Elisabeth à la cour de Charles IX. Il profitait des violentes rancunes que soulevait en Angleterre la participation de Philippe II aux nouveaux complots formés dans l'intérêt de Marie-Stuart ^

' Cette princesse infortunée, désespérant de fléchir Elisabeth, n'attendait plus sa délivrance que d'une invasion espagnole, comhinée avec les efforts du duc de Norfolk, le plus grand seigneur de l'Angleterre, et des catholiques de ce pays. Il s'agissait de prendre ou de tuer la reine Elisabeth, pour mettre en liberté la reine d'Ecosse , de faire passer sur sa tête la couronne d'Angleterre et de rétablir l'ancienne religion dans les deux royaumes. Ce vaste projet avait l'approbation de l'ambassadeur espagnol, don Guerau de Espès. II importait d'obtenir aussi l'assentiment et le concours du duc d'Albe. A cet effet , Roberto Ridolfi , directeur de la compagnie des marchands italiens établis à Londres, se rendit auprès du gouverneur général des Pays-Bas. Le duc, tout en approuvant également l'entreprise, ne se montrait pas disposé à compromettre prématurément le roi catholique. Il insinuait qu'il valait mieux s'emparer d'abord de la reine Elisabeth, vivante ou morte ; on profiterait ensuite du désordre qu'occasionnerait un événement aussi grave pour faire agir les forces espagnoles. Pie V, auprès de qui Ridolfi se rendit en quittant Bruxelles, embrassa avec ardeur le projet de détrôner la souveraine contre laquelle il venait de lancer une bulle d'excommunication. Quanta Philippe II , après avoir eu aussi plusieurs entrevues avec l'agent des catholiques anglais , il ne cacha pas non plus le vif désir qu'il éprouvait de s'associer à la chute de la reine Elisabeth; mais, reculant devant l'initiative d'une rupture , il finit par se rallier à l'opinion du duc d'Albe et lui laissa la direction de l'entreprise. Il lui recommandait toutefois, avec instances, de prendre les dispositions nécessaires pour la faire réussir. « Il n'y a, lui disait Philippe II, d'autre moyen d'assurer le bien et la conservation des Pays-Bas que le changement de la couronne d'Angleterre. » Aux hésitations de Philippe II , le duc de Norfolk opposait ses propres irrésolutions ; de son côté , il ne voulait consentir à prendre les armes qu'après rai)parition des Espagnols. Tous ces délais firent avorter le complot dont le gouvernement d'Elisabeth pcTrvint d'ailleurs à saisir les fils.

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