LIVRE XVI
de la couronne capétienne ; le Brabant, la Gueldre et le pays de Luxembourg retourneraient à l'Empire dont ils relevaient autrefois ; enfin, la Zélande et le reste des îles seraient cédés à la reine d'Angleterre, si, de son côté, elle consentait à entrer aussi dans la ligue contre l'Espagne. Charles IX parut goûter beaucoup ces propositions ; mais, partageant sur ce point l'avis de plusieurs de ses conseillers, il désira que l'on s'assurât d'abord des dispositions de la reine d'Angleterre. « Si elle, qui est la maîtresse de la Manche, agit de concert avec nous, dit-il, je ne compte pas pour beaucoup le roi d'Espagne et tous ses alliés. » Louis de Nassau, à la suite de ces entrevues avec Charles IX. vint trouver Walsingham, lui fit part de ce qui se passait et sollicita le concours de son gouvernement. Les peuples des Pays-Bas, lui dit-il, étaient prêts à se soulever ; on avait même beaucoup de peine à empêcher une explosion trop brusque, l'intention du prince d'Orange et de ses coopérateurs étant d'attendre le printemps pour pénétrer dans le pays par deux côtés, avec deux différents corps d'armée. Mais, pour exécuter cette entreprise, il fallait de l'argent. Or, en échange des subsides sollicités et de l'autorisation que la reine Elisabeth donnerait à un certain nombre de vaisseaux de servir sous main les insurgés des Pays-Bas, elle avait la perspective d'unir la Zélande à la couronne d'Angleterre. « Par la possession de la Zélande, disait Louis de Nassau, «t la reine aura la clef des Pays-Bas et un lieu oii ses vaisseaux « pourront toujours se mettre à couvert des insultes des ennemis « et des périls de la tempête. Possédant la Zélande, elle sera « mieux en état d'assembler les princes d'Allemagne qui joui- «1 ront du Brabant et des autres pays autrefois feudataires de « l'Empire, et, par conséquent, d'empêcher que la France ne «( devienne trop puissante '. »
' ^Jémoires de Walsingham, pp. -138- 142. — Foir aussi une brochure
Walsingham, qui avait conçu la plus haute estime pour les talents et le caractère de Louis de Nassau ', reconimanda chaleureusement la cause des Pays-Bas. Dans une longue lettre au comte de Leicester, il examina les avantages et les inconvénients de la neutralité de l'Angleterre, dans les conjonctures où Ton se trouvait, et conclut qu'il fallait tout mettre en œuvre pour abaisser le fier Espagnol et profiter de ses embarras et de ses désastres '. Ces communications ne furent pas accueillies avec un égal
intéressante (Des pourparlers sur la guerre de Flandre avec le comte Louis] citée par M. Capefigue, dans son Histoire de la Réforme et de la Ligue, chap. XXXVII.
1 II écrivait à Cecil : « Le comte Louis est certainement le gentilhomme le plus accompli auquel j'ai parlé depuis que je suis en France. Mémoires, de Walsingham, p. 202.
2 On lira avec intérêt quelques passages de cette très-curieuse dépêche, écrite le 12 août 1571
« ... Je commencerai par vous dire, milord, que nous ne sommes pas bien avec l'Espagne, et que nous sommes obligés de demander réparation ou de la prendre nous-mêmes l'épée à la main. Cette réparation est difficile à obtenir par la voie de la négociation, car des gens qui ne se mettent à la raison que pour un temps et en faveur de leurs intérêts, peuvent bien pour un temps dissimuler leur malice. Cette même réparation par la voie des armes parait d'abord absolument impossible quand on compare leurs forces avec les nôtres. Mais si vous considérez l'occasion qui se présente aujourd'hui, cette incertitude s'évanouit incontinent... A prévoir les vraisemblances et à en juger, comme peuvent faire les hommes, il y a beaucoup d'apparence que l'orgueil de l'Espagne peut être aujourd'hui tellement abaissé, que nous n'aurons plus rien à craindre de sa mauvaise volonté. Vous trouverez peut-être que le remède est pire que le mal, car en voulant humilier l'Espagne, nous élèverons peut-être une autre puissance de laquelle nous n aurons pas moins à craindre. Pour répondre à cela, je n'ai qu'à vous dire , milord , en quelle situation sont les choses. Les princes d'Allemagne qui veulent entrer dans le dessein prévoient sagement que si les Pays-Bas étaient unis à la couronne de France, cette puissance serait trop redoutable. Ainsi leur dessein est de composer avec elle, et de l'obliger