‹ Histoire de la révolution des Pays Bas sous Philippe IIChapitre 143 sur 159 · LIVRE XVI · texte numérisé non relu

LIVRE XVI

empressement par les deux ministres qui se partageaient la confiance d'Elisabeth. Cecil se défia des offres de la France. II aurait voulu voir d'abord accompli le mariage du duc d'Anjou avec la reine. « Sans cette union, disait-il, l'amitié de la France ne <( servira pas de grand'chose, si ce n'est à nous faire les minis- «1 très de ses désirs, et à se défaire de nous dès qu'elle aura ce »( qu'elle voulait. » Cecil demeurait ainsi fidèle à sa devise : Prudens qui patiens . Plus impétueux, Leicester répondit à Walsingham : « Depuis que Sa Majesté est sur le trône, il ne s'est « rien présenté que j'aie eu meilleure envie de favoriser, et « soyez assuré que je ferai mon possible pour le faire réussir en « partie ' . »

Charles IX, près de quiColigny et les huguenots voyaient alors grandir leur faveur, fut celui qui montra le plus d'ardeur et de fermeté. L'ambassadeur d'Espagne, ayant eu vent des entrevues "secrètes accordées par le roi de France à Louis de Nassau, demanda à Charles IX et à Catherine de Médicis une audience, qui

à se contenter de la Flandre et de l'Artois qui lui appartenaient autrefois. Mais pour le Brabant et les autres pays qui étaient autrefois de la dépendance de l'Empire, leur dessein est de les mettre sur l'ancien pied, et d'en donner le gouvernement à quelque prince d'Allemagne, qui ne peut être raisonnablement que le prince d'Orange. On veut unir la Hollande et la Zélande à la couronne d'Angleterre ; ce qu'ils font pour deux raisons. La première pour rendre l'entreprise plus aisée par notre secours ; l'autre pour pouvoir mieux brider la France, en cas qu'elle veuille aller au delà de sa portion. Si l'entreprise réussit de cette manière, le remède en sera moins dangereux, et le succès en est plus apparent... Je ne doute point, «lilord, que vous n'agissiez auprès de S. M. de manière qu'une partie au moins des demandes du comte (Louis de Nassau) ne .soient favorablement reçues, afin que le feu qui commence à s'allumer devienne un grand feu , et que nous puissions profiter de sa chaleur... « Mémoires de Walsingham , pp. U2-f44.

1 Ibiil., p. 14.5.

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lui fut accordée le 6 août. Il déclara « que son maître ne pouvait plus souffrir les ravages commis par certains vaisseaux du prince d'Orange, réfugiés à la Rochelle, oîi ils vendaient publiquement, contre toute bonne amitié, les prises qu'ils avaient faites. » Il se plaignit ensuite de la conférence secrète que le roi avait accordée à Louis de Nassau , rebelle qui ne cherchait , disait-il, qu'à troubler son maître par des cabales indirectes. Il protestait que la guerre pouvait naître d'un pareil état de choses. Charles IX répondit que le prince d'Orange était un prince de l'Empire, avec lequel il était ami, et que, par conséquent, il ne pouvait pas plus l'empêcher de venir dans ses ports que les autres princes ses alliés. Pour la conférence qu'il aurait eue avec le comte Louis de Nassau, il dit à don Francès qu'on l'avait mal informé. — «Mais, ajouta-t-il, quand cela serait, quel juste sujet aurait votre maître de s'en plaindre, ou de s'en croire outragé, puisque ce seigneur est aussi un prince d'Allemagne qui n'est ni pensionnaire ni sujet du roi d'Espagne? Si l'on s'imagine, dit-il encore, que nous appréhendons la guerre, on se trompe. Que chacun fasse en cela ce qu'il jugera le meilleur. » — Et Catherine de Médicis fit la même réponse à l'ambassadeur d'Espagne '.

Louis de Nassau voyait ainsi se relever la cause à laquelle il s'était dévoué, comme son frère, avec une inébranlable constance, ne redoutant ni la mauvaise fortune ni la mort même ^ Charles IX, Elisabeth et beaucoup de princes allemands semblaient alors disposés, sinon à se liguer ouvertement contre l'Espagne, du moins à favoriser toute tentative faite pour soulever les Pays-Bas^Et, en ce moment si périlleux pour la domination

' Walsingbam à Cecil, 12 août ]ol], dans les Mémoires de Walsingham, pp. 136-137.

* Nec sorte nec morte : c'était la devise choisie par celui qu'on a appelé le Bayard hollandais.

^ Archives de la maison d'Oranye-Nassau, t. III, p. lxi.

LivRR XVI (1571). 577

de Philippe II, l'inflexible duc d'Albe, par de nouveaux actes de tyrannie, provoquait les murmures et la colère de foutes les classes, indisposait contre lui les catholiques aussi bien que les partisans des doctrines protestantes.

En proposant aux états, en 1569, de voter, pour s'affranchir du lO^'et du 20" denier, un tribut annuel de deux millions de florins, le duc d'Albe avait lui-même assigné à ce compromis un terme de six années. Mais à peine la deuxième année tirait-elle à sa fin, qu'il annonça (juillet et août 1571) que le roi n'était pas d'avis de continuer cet arrangement, et que les deux impôts allaient être rendus exécutoires ', Il comptait sur le renouvellement des magistrats des villes, qui venait d'avoir lieu dans un sens favorable h la cause royale, pour assurer le succès de son plan ^ Mais partout il rencontra la plus ferme opposition, au sein des états, dans la bourgeoisie, dans le peuple, et jusque dans les conseils du gouvernement, où les ministres les plus dévoués au roi, Viglius, Berlaymont et Noircarmes, se signalaient par leur résistance. Le duc d'Albe reconnaissait lui-même que de tous les ministres du roi aux Pays-Bas, il n'en était aucun auquel il pût se fier dans cette affaire, aucun qui voulût l'aider, aucun qui ne fût tellement passionné, que celui qui voulait le plus dissimuler ses sentiments à cet égard , les criait par-dessus les toits ; il avouait enfin que, pour le seconder dans une affaire aussi difficile, il n'avait que son fils, don Fadrique de Tolède ^ Le conseil d'État était livré aux discussions les plus orageuses. On faisait remarquer au gouverneur qu'il détournait de son vrai sens le consentement donné par les assemblées provinciales en 1 569 ; que

' Gacharo, Anciennes assemblées nationales de la Belgique. ^ Viglius, Commentarius, etc., p. 296.

' Le duc d'Albe au roi, 23 septembre et 23 décembre 1571, et 19 mars 1572, dans la Correspondance de Philippe II, t. II, pp. 203, 213 et 232.

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