‹ Histoire de la révolution des Pays Bas sous Philippe IIChapitre 144 sur 159 · II · texte numérisé non relu

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578 LES PAYS-BAS SOlîS PltlLIPPE II.

cet assentiment n'avait pas toujours été libre ; que, du reste, en votant un tribut de deux millions de florins, les états avaient dû supposer qu'il ne serait plus jamais question des mesures fiscales qui avaient déjà excité tant de murmures. Les opposants étaient surtout encouragés par la persuasion que, dans cette affaire, le duc agissait sans ordres formels du roi. Lorsqu'il eut dit au conseil que, loin de désapprouver sa conduite, le roi voulait que l'on payât le 10" denier, Viglius osa lui représenter que Marie de Hongrie montrait au conseil les ordres de l'empereur, et il ajouta que, quoiqu'on ne doutât point de ceux qu'avait le duc d'Albe, il serait pourtant convenable qu'il les exhibât aussi pour se justifier aux yeux du peuple. Le duc entra dans une fureur extrême et jura, par sa barbe, que tout s'exécuterait, comme il l'avait prescrit; apostrophant grossièrement Viglius, il s'écria aussi qu'on devrait trancher la léle à des conseillers qui s'opposaient aux volontés du roi. Viglius répondit, avec une courageuse fermeté, qu'il ne tremblait point pour sa tète blanchie au service de l'État ; que, du reste, il avait toujours été permis aux conseillers de dire leur avis, sans être menacés d'un châtiment, et que, si le duc ne voulait point leur laisser cette prérogative, mieux valait qu'ils restassent chez eux'. Berlaymont et Noircarmes appuyaient Viglius, et à leurs représentations se joignirent les réclamations des états et les instances des évéques. Un des plus considérés, levéque d'Ypres, écrivit secrètement au duc pour le conjurer de remplacer l'impôt du 10" denier par un autre : il lui dépeignait les lamentations des artisans, et lui faisait craindre qu'une pareille mesure n'aliénât au roi les cœurs de beaucoup

' Voir le recueil des lettres de Morillon à Granvelle (Bibliothèque de Bourgogne , n» 16094 . Du reste, Viglius a retracé lui-même les vives discussions qui eurent lieu au conseil d'État, à partir du 20 avril 1.571. Commenlarhts, p. 297 et suiv.

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de SCS sujets '. Le confesseur même du duc d'Albe lui fil des représentations analogues, mais qui restèrent également infructueuses ». Ferdinand de Tolède se faisait un titre de gloire dachever, par l'établissement des nouveaux impôts, la terrible mission qu'il était venu exercer dans les Pays-Bas. Jamais il n'avait renoncé au dessein qu'il voulait enfin réaliser ; et, à ses yeux, la combinaison adoptée en 1569 n'avait été qu'un ajournement ^ Tout ce qu'il concéda au conseil d'État, ce fut une modification dans la nature de l'impôt ; mais, quant à la mesure elle-même, il la maintint avec une violente obstination 4 , H refusa même de recevoir les requêtes qui lui étaient présentées de la part des états, car il voulait, disait-il, une soumission prompte et sans réplique^. Il s'efforça d'ailleurs de mettre le roi en garde contre les démarches qui seraient faites près de lui pour ébranler sa résolution. Il qualifiait de «satrapes » les ministres

' Cette lettre, du 29 septembre 1571, est analysée dans la Correspondance de Philippe II , t. II, p. 204.

^ Archives de la maison d'Orange-Nassau, t. ÎII, p. 408.

^ C'est ce qui résulte d'une lettre écrite au roi par le duc d'Albe, le 12 août 1570, et où il l'engageait à ne se départir jamais de ce qu'il avait obtenu des états par leur premier consentement. Correspondance de Philippe II, t. II, p. 146.

* II déclara (31 juillet 1571) que les dix pour cent sur les objets mobiliers ne se payeraient qu'une fois, non sur la matière brute , mais sur les ouvrages terminés ; il consentit aussi à exempter de l'impôt les produits de la terre et les bestiaux Ces modifications ne manquaient point d'une certaine importance, puisque, dans le système primitif , l'objet imposé, devant acquitter le droit à chaque mutation de propriété, eûl doublé de valeur avant d'arriver à sa dernière forme. Mais, quelles qu'elles fussent, ces concessions laissaient subsister tant d'autres dispositions vexatoires et ruineuses, qu'elles furent loin de suffire pour ramener le conseil, les étals et le peuple. Voir Philippe 11 et la BeUjique, par A. Borgnet, p. 53-54. Le débat y est clairement exposé.

' Gacharu, A)iriennes assemblées nationales de la Belgique.

et seigneurs principaux qui avaient osé lui résister. Le motif qui fait agir les opposants, disait-il, c'est qu'ils ne peuvent plus, comme par le passé, dicter la loi à leur souverain : c'est là ce qui cause leur mécontentement ; ce n'est ni l'intérêt des manufactures et de la pêche, ni aucune autre chose. On avait voulu, jusque dans le conseil, ajoutait-il, lui inspirer des appréhensions sur les conséquences de sa conduite ; « mais il faudrait qu'ils en sussent et pussent davantage pour lui faire peur. » Il déclara, en effet, qu'il serait mis en pièces ou que le roi serait obéi, et que, partout oh il serait, les choses ne se passeraient jamais d'une autre façon '. Il maintint donc les ordres qu'il avait déjà donnés pour la perception du 1 0* denier, et nomma des commissaires spéciaux afin de surmonter plus promptement les difficultés.

Cette obstination porta au comble le mécontentement de toutes les classes. Le duc d'Albe lui-même reconnut que ni les têtes qu'il avait fait tomber, ni les privilèges qu'il avait abolis n'avaient excité autant de répugnance et d'opposition '. Le clergé se plaça résolument à la tête de cette résistance universelle. Quoique le bruit eût couru dans les provinces que Viglius avait été arrêté pour son opposition au dixième denier ^, l'évêque d'Ypres , celui d'Anvers et l'abbé d'Anchin ne se laissèrent point détourner de leur dessein patriotique. Ils organisèrent la ligue du clergé contre l'impôt qui poussait le peuple au désespoir. En plusieurs lieux, les curés prêchèrent ouvertement que « sans grandissime charge ic de conscience et sans encourir l'indignation et l'ire divine, « personne ne se pouvait employer en l'exécution du dixième

• Lettres secrètes du duc d'Albe au roi, du 4 novembre 1571, et du -19 mars 4572, dans la Correspondance de Philippe II, t. II, pp. 208 et 232.

2 Le duc d'Albe au roi, -19 octobre 1574, dans la Correspondance de Philippe U,{. II, p. '206.

* Commentarius, etc., p. 308.

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