‹ Histoire de la révolution des Pays Bas sous Philippe IIChapitre 147 sur 159 · LIVRE XVI · texte numérisé non relu

LIVRE XVI

les ramener à ses sentiments. Cette entrevue avait eu lieu le 2 février, et le duc croyait en être sorti avec succès. Or, le 24 mars, ces mêmes prélats adressaient directement au roi une représentation des plus énergiques contre le dixième denier et des plus hardies contre le droit même du prince d'établir cet impôt '. Le peuple montrait, du reste, une irritation telle qu'une sédition paraissait imminente. A Bruxelles, les bourgeois refusaient de saluer le lieutenant de Philippe II lorsqu'il se montrait dans les rues. Une nouvelle invasion du prince d'Orange était même désirée par beaucoup d'habitants '. Poussées à bout par l'obstination du gouverneur et bravant ses menaces, les assemblées provinciales résolurent enfin d'envoyer des députés à Madrid, pour faire connaître directement au roi les vœux du pays.

' Ils ne peuvent, en accomplissement de leur devoir, disaient-ils, laisser de représenter au roi le mal que causera à la justice et à la république la levée du dixième denier , et que tout le fardeau retombera sur les pauvres. Les hommes d'expérience prédisent que, s'il se perçoit, le pays se dépeuplera , et que le commerce , qui fait sa richesse, s'en éloignera. Beaucoup de faux serments seront faits pour se soustraire à l'impôt : ce qui causera une abomination générale , d'autant plus que, à cause de la divergence d'opinions des docteurs en cette matière, les confesseurs ne sauront comment se régler. Et il ne sert de rien que les étals aient consenti le dixième denier : car, indépendamment de ce que beaucoup d'onlre eux disent n'avoir point donné ce consentement , on allègue que , suivant le sentiment des docteurs en théologie, » quand le peuple ne veut pas recevoir une loi, encore qu'elle soit juste et qu'il ait tort, mais bien plus encore lorsqu'elle est douteuse et qu'il a quelque raison, un bon prince est obligé, en conscience, de ne pas persister dans sa prétention. » Correspondance de Philippe 11, t. n, p. 236.

^ Ces faits sont consignés dans une lettre écrite au prince d'Orange, le 29 janvier 1372, par son beau-frère, le comte Van den Berg, d'après les informations recueillies d'un bourgeois de Bruxelles, qui venait de se réfugier à Cologne. Archives de la maison d'Orange-Nassau, t. IIL pp. i08-iH.

Les états du Hainaut, qui avaient pris l'initiative de cette démarche, furent imités par les états d'Artois, par ceux de Lille, Douai et Orchies, et enfin par les états de Flandre et de Brabant. Une détermination aussi grave porta au comble l'irritation que le duc d'Albe éprouvait en face de l'opposition si persévérante de toutes les classes de citoyens. C'était à la force qu'il voulait maintenant recourir pour dompter les villes récalcitrantes, et il se proposait de commencer par Bruxelles, parce que c'était le mauvais exemple donné par la cité, oii il résidait, qui avait fortifié et généralisé la résistance. Mais des événements inattendus vinrent, comme un coup de foudre, renverser les projets de l'altier gouverneur et donner un caractère nouveau à la lutte des Pays- Bas contre la tyrannie espagnole.

Depuis deux ans, cette lutte, commencée en 1566 et interrompue en 1568, avait été poursuivie sans relâche par la petite flotte du prince d'Orange. Les gueux de mer n'avaient cessé de harceler la marine espagnole et de menacer les côtes des Pays- Bas. En 1570, ils se proposaient môme, d'après les instructions du prince, de pénétrer dans l'un ou l'autre port de la Hollande, lorsque le terrible ouragan du jour de la Toussaint vint disperser et anéantir une partie de leurs forces '. Cependant, au mois de décembre, Herman de Ruyter , accompagné d'une vingtaine d'hommes cachés dans deux barques, réussit à s'emparer du château de Loevestein, situé près de Gorcum , au confluent du Rhin et de la Meuse. A cette nouvelle, don Rodrigo de Tolède, gouverneur de Bois-le-Duc, envoya à Gorcum un certain nombre d'arquebusiers qui reprirent le château et tuèrent la plupart des hommes qui s'y étaient introduits ^ En même temps, le comte

' Van Loon, t. I", p. 133.

■'' On trouva sur Herman de Ruyter une patente donnée par le prince d'Orange et datée du château de Dillenbourg , le 25 novembre 1570. Guil-

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