‹ Histoire de la révolution des Pays Bas sous Philippe IIChapitre 148 sur 159 · LIVRE XVI (157i-1572). S8D · texte numérisé non relu

LIVRE XVI (157i-1572). S8D

Van den Berg avait cherché à surprendre Deventer ; repoussés de cette place, les gueux se rendirent maîtres des châteaux de Berghen et de UIft, qu'ils gardèrent jusqu'au 14 janvier 1571 '. Au mois de mars, ils prirent, par surprise, Monickendam, oii ils demeurèrent aussi quelque temps. En outre, ils attaquèrent au Texel la flotte qui se disposait à faire voile pour l'Espagne, prirent même l'île de Texel et brûlèrent le cloître et la maison de l'écoulète '. Pour donner la chasse aux corsaires qui ne cessaient d'infester les côtes, le duc d'Albe fit armer des navires et mit des garnisons dans les villes maritimes. Ces mesures suspendirent les succès des gueux de mer ; attaqués à leur tour, ils ne purent toujours triompher des vaisseaux espagnols ^ Tous ceux qui tombaient entre les mains des royalistes étaient, d'ailleurs, traités avec une impitoyable rigueur. La garnison de Groningue, ayant surpris sur le Vlielant un parti de gueux marins, les passa au fil de l'épée, à l'exception de trente qui restèrent prisonniers. « On

laume s'y qualifiait de « lieutenant général de Sa Majesté de Hollande, Zélande, Frise et Utrecht. » Il y commettait de Ruyter à Tefifet de se transporter vers les villes de Gorcum et Worchum, ainsi que vers le château de Loevesteiu, et de s'en emparer, en son nom, pour le service du roi L'instruction donnée à de Ruyter le chargeait, entre autres , de tenir la main à ce que la nouvelle religion fût prêchée dans ces endroits, si les habitants le requéraient , sans souffrir toutefois qu'il fût apporté le moindre trouble ou empécheu^ent a l'exercice de la religion catholique. Elle l'autorisait à maintenir ou à changer les magistrats. Elle lui prescrivait de faire prêter serment à ceux-ci et à tous les habitants , etc. [Correspondance de Philippe J], t. II, pp. 160-166).

' Correspondance de Philippe 11, t. II, p. 167.

^ Van Meteren, fol. 67.

^ Le duc d'Albe au roi, 6 juillet 1-571. Cette lettre contient le récit d'un combat naval, livré à l'embouchure de l'Ems, entre les gueux de mer et une escadrille espagnole commandée par le vice-amiral Boschussen. Correspondance de Philippe II, t. II, p. 170.

les contraignit, dit un annaliste, de prendre chacun une teste de leurs compagnons, et de la porter en leurs mains, et ainsi furent menés en triomphe, et après furent décapités ■ . »

Le duc d'Albe, qui avait obligé les gueux de mer à s'éloigner d'Emden, voulut également leur enlever l'asile plus sûr qu'ils trouvaient dans les ports de l'Angleterre. Jusqu'alors les ministres d'Elisabeth avaient résisté. Aux plaintes incessantes du lieutenant de Philippe II sur la protection que la reine accordait aux corsaires de Flandre, lord Burghiey objectait que ces marins avaient commission du prince d'Orange, prince indépendant, ajoutait-il, qui faisait la guerre au duc d'Albe \ Mais les réclamations du lieutenant de Philippe II devinrent enfin si sérieuses et si menaçantes qu'il fallut y avoir égard si l'on ne voulait rompre ouvertement avec l'Espagne. Treslong, obligé de quitter Emden, venait de rejoindre Guillaume de la Marck sur les côtes d'Angleterre, lorsque la reine Elisabeth feignit de se déclarer elle-même contre les intrépides auxiliaires du prince d'Orange. Ce fut au mois de mars 1572 que, par une proclamation publique, la reine enjoignit aux gueux de mer de sortir de ses États, défendant en même temps à ses sujets d'héberger les rebelles des Pays-Bas et de leur fournir des vivres ou des munitions ; elle comptait, du reste, que les rebelles d'Angleterre seraient pareillement éloignés des États de Philippe 11. Privés de leurs anciens refuges, les gueux de mer se virent dans la nécessité de tenter de nouvelles aventures et de chercher dans leur témérité des moyens de salut. Resserrant parmi eux les liens de la solidarité et de la discipUne, ils reconnurent pour leur chef Guillaume de la Marck. Ce n'était point le plus habile de ces hardis marins ; mais il les surpassait tous pai- la violence de la haine qu'il avait

' Van Meteren, fol. 67.

^ Correspondance de Philippe 11, t. II, p. 237.

Page 1