LIVRE X (iyG
Les confédérés étaient 5 peine de retour dans leurs provinces qu'on fit circuler l'engagement pris par quelques-uns des chevaliers de la Toison d'or, mais, selon toute apparence, en lui donnant une signification plus grande que ne le comportaient les promesses qui avaient pu être faites, avec l'autorisation de la gouvernante. On avait imaginé cet expédient, afin de forcer le roi à ne pas repousser la requête des confédérés, et il fit sur le peuple une profonde impression, car il laissait entrevoir l'impunité aux sectateurs du protestantisme. Pleine d'inquiétude, la régente se fit produire l'écrit qui agitait si vivement les masses, en leur montrant en perspective la liberté de conscience ' . Puis, sans perdre de temps , elle réunit les chevaliers de la Toison d'or, qui se trouvaient encore à Bruxelles ; car comme l'on était dans la semaine sainte , ils s'étaient presque tous retirés ou dans les couvents ou dans leurs villes, suivant la coutume de
un rapport d'Âlonso del Canto au roi, Correspondance de Philippe II, t. I^i-, p. 411. Mais il faut ne les accueillir qu'avec la plus grande réserve, car, dans une lettre adressée le 24 avril de Vianen au comte Louis de Nassau et insérée dans les Archives de la maison d'Orange-Nassnu, t. II, p. 98, Bréderode proteste avec énergie contre les rapports mensongers qui avaient été adressés à la duchesse de Parme. Il nie surtout d'avoir, comme on l'en accusait, couvert sa table de viandes , quoique ce fût le vendredi saint. Il était entièrement disposé, ajoutait-il, à proclamer toute sa conduite au son du tambourin.
' C'était là sans doute la pièce que le Petit a insérée dans sa Chronique, et que nous avons mentionnée ci-dessus. Strada assure qu'elle était alors propagée dans les provinces pour encourager la multitude ; mais les lettres circulaires de la duchesse de Parme font seulement mention de copies altérées de la requête et de l'apostille ainsi que de billetz qui exagéraient la portée de cette déclaration. Quoi qu'il en soit de ces affirmations contradictoires, il suffit de constater que les promoteurs du mouvement étaient bien près d'atteindre le but qu'ils avaient en vue. On commençait à croire et à dire « que l'on ne chastieroit personne plus pour la religion, et que « icelle seroit libre, et chascun se poiirroit vivre à sa mode. « II. 6
la noblesse, pour faire leurs dévotions '. Après que les comtes d'Egmont et de Mansfeld eurent examiné le document communiqué par la régente, ils assurèrent que les chevaliers n'avaient rien écrit ni même dit de toutes ces choses. Marguerite résolut alors de détromper sans retard les dissidents, en adressant aux conseils de justice des copies authentiques de la requête des gentilshommes confédérés et de l'apostille dont elle avait été l'objet de sa part. Elle enjoignait aux magistrats de n'avoir égard qu'à cette déclaration et de ne pas ajouter foi ù certains billetz contenant d'autres promesses '. Mais ces lettres circulaires vinrent trop tard. Il était désormais impossible de contenir la mul- Ititude, excitée par les ministres protestants , encouragée par les démarches des confédérés et complètement abusée par l'attitude même des seigneurs principaux. Ce n'était plus une tolérance de fait qui pouvait contenter les dissidents religieux. La suspension de l'inquisition et la modération des placards étaient déjà , à leurs yeux, des concessions insuffisantes. Ils aspiraient ouvertement à la liberté de conscience consacrée par des garanties formelles.
' Le 28 avril, Morillon écrivait à Granvelle : « Les églises sont à présent fréquentées par ceux mêmes qui sont infectés d'hérésie. Le jour de Pâques, Orange et toute sa famille étaient à l'église. » Mss. de la Bibliothèque de Bourgogne, no 16094.
" Correspondance de Philippe //, t. II (appendice), p. S.'iS.