‹ Histoire de la révolution des Pays Bas sous Philippe IIChapitre 152 sur 159 · LIVRE XVI · texte numérisé non relu

LIVRE XVI

thélemy vint changer soudainement la face des choses. Plus de secours à attendre des protestants français égorgés avec leur illustre chef. Charles IX et Catherine deMédicis, au lieu de seconder les insurgés belges, redeviennent les alliés sinistres de Philippe II et du duc d'Albe et font échouer l'entreprise du prince d'Orange. Obligé de s'éloigner de Mons et de revenir sur ses pas, il abandonne aux Espagnols les villes du midi où flottait déjà la bannière des Nassau. Cependant la Saint-Barthélémy, malgré ses conséquences désastreuses, ne détruit point tout le fruit des profonds calculs de Guillaume le Taciturne ; elle ne fit point avorter entièrement sa seconde expédition contre le duc d'Albe. Ce n'est plus vers l'Allemagne qu'il se dirige, comme en 1569, lorsqu'il était vaincu, déconcerté et presque découragé par l'immobilité et la lâcheté des populations. Guillaume est résolu à ne plus quitter les Pays-Bas. Mettant sa confiance en Dieu et plein d'un viril espoir, il va se joindre aux populati(5ns qui refusent de reprendre le joug du duc d'Albe. C'est en Hollande et en Zélande, dit-il lui-même, qu'il a choisi sa sépulture. Plus d'hésitations ; plus de doutes sur le caractère et le but de cette lutte si grande et si difficile. Il faut que la domination espagnole soit anéantie pour que les Pays-Bas recouvrent la jouissance de leurs antiques privilèges et obtiennent la possession de la liberté de conscience. La révolution de 1566, pour porter tous ses fruits, doit se transformer en guerre ouverte pour l'indépendance de la patrie. Les idées ayant maintenant rempli leur rôle, c'est à la force des armes qu'il faut recourir pour sauver le pays et consacrer les immortels principes des premiers Confédérés. Aux armées et aux flottes de l'Espagne, il faut savoir opposer les armées et les flottes des Pays-Bas. Guillaume de Nassau ne recule plus devant ces conséquences extrêmes de la révolution. Il a commencé la guerre contre la domination espagnole; il la continuera, lui et ses descendants, avec une incomparable par-

sévérance. En se retirant au milieu du peuple de Hollande, si vaillant et si tenace , le prince a lui-même annoncé qu'il triompherait ou périrait avec les adversaires de la tyrannie. Il est destiné à périr. Mais ce n'est point sur un champ de bataille qu'il succombe comme ses trois frères, Adolphe, Louis et Henri de Nassau. Le ressentiment de l'Espagne lui réserve une destinée plus tragique : il meurt sous les balles d'un misérable et fanatique assassin, qui exécute « le ban du roi. i> Dieu ne permet point, cependant, que ce meurtre réalise les espérances que Philippe n avait fondées sur la proscription de Guillaume le Taciturne, La république des Provinces-Unies, dont ce grand politique a jeté les fondements, ne tombe point avec lui. De nouveaux et suprêmes efforts consolident son existence et la couvrent de gloire.

Par quelques sages concessions, faites à propos, à l'origine des troubles, et maintenues avec loyauté, Philippe II aurait pu conserver intact l'héritage de la maison de Bourgogne et sauver aussi l'ancienne religion dans toute l'étendue des dix-sept provinces. Pour avoir adopté un système inexorable et s'être servi de la tyrannie, le fils de Charles-Quint vit, avant de mourir, sa succession démembrée et le protestantisme triomphant et dominant dans la nouvelle république des Provinces-Unies. Le châtiment du roi le plus puissante! le plus orgueilleux du xvi'^ siècle fut plus cruel encore. Cette fédération batave, si faible à son début, devint peu à peu un des États les plus redoutables de l'Europe, et les descendants de Guillaume le Taciturne, le proscrit, s'élevèrent, comme stathouders, au-dessus des descendants de son prescripteur. Ils vainquirent l'Espagne et lui dictèrent des lois. La république hollandaise étendait sa puissance et commandait l'admiration lorsque la monarchie espagnole, épuisée par une si longue lutte, entraînait dans ses humiliations et dans sa ruine les États qui, pour leur malheur, n'avaient point su se dé-

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tacher irrévocablement de la domination fatale de Philippe II. Il est trop vrai que le fils de Charles-Quint était, au xvi^ siècle, le chef redouté du parti catholique ; mais , certes , il ne représentait point la religion du Dieu de miséricorde, dans son expression la plus haute et la plus pure. Les Belges méridionaux le comprirent d'abord et le proclamèrent ; malheureusement, ils ne surent point persévérer jusqu'au bout dans leur révolte légitime contre une affreuse tyrannie. Des excès également funestes, dont les calvinistes les plus exaltés se rendirent coupables, à leur tour, dans certaines villes où ils dominaient , contribuèrent, du reste, à décourager la noblesse wallonne , qui était restée fidèle à l'ancienne religion , tout en secouant la domination des Espagnols. Après s'être unis aux protestants et avoir vaillamment combattu avec eux, les Malcontents finirent par les abandonner, désertant ainsi la grande cause des Pays-Bas. Mais cette fatale détermination, que pouvaient à peine excuser l'effervescence et les agressions du parti calviniste, fut cruellement expiée. L'alliance des catholiques et des protestants des Pays-Bas , loyalement maintenue de part et d'autre , eût été , dans ces temps si troublés et si calamiteux , le chef-d'œuvre de la politique et le moyen le plus sûr de préserver et de raffermir la nationalité des dix-sej)t provinces. La soumission des Belges catholiques à l'Espagne, accomplie trop vite et avec trop d'imprévoyance, fut, après le règne éphémère des archiducs Albert et Isabelle, la cause principale de la longue décadence et du démembrement irréparable des Pays-Bas méridionaux.

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