‹ Histoire de la révolution des Pays Bas sous Philippe IIChapitre 17 sur 159 · vni; XI (I5GG · texte numérisé non relu

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d'État. Marguerite exprima le doute que le prince d'Orange acceptât cette position ; le marquis répliqua qu'il laccepterait certainement, et que, si même il ne le voulait pas, les seigneurs, ses amis, le détermineraient à le faire. La régente crut devoir, le jour suivant, en parler au prince, en présence du comte d'Egmont : mais le langage de Guillaume de Nassau fut tout différent de celui du marquis de Berghes. Marguerite insista cependant sur les avantages qu'il y aurait pour le roi à gagner trois ou quatre des seigneurs principaux du pays, dût-il lui en coûter deux ou trois cent mille écus '. Elle exprimait en môme temps le vœu que le roi ne tardât point à désabuser le prince d'Orange au sujet de l'intention qu'on lui prêtait de le châtier dans sa personne et dans ses biens. Le même avis venait d'être transmis au prince par la voie d'Augsbourg, et M. de Chantonnay, ambassadeur espagnol à Vienne, l'avait confirmé. La régente engageait Philippe II à ne pas se priver d'un si bon vassal, qui l'avait si bien servi, et pouvait le faire encore ; elle le priait de lui écrire une lettre bienveillante, où il lui donnerait l'assurance que les bruits qu'on répandait étaient mal fondés ^

En même temps qu'elle prenait en mains la défense de Guillaume de Nassau, le régente n'hésitait point à donner aux signataires du Compromis un éclatant témoignage de son improbation en cassant trois gentilshommes de sa maison qui s'étaient engagés dans la confédération. Bréderode lui adressa à ce sujet, de Vianen, le 17 mai, une requête rédigée par Louis de Nassau, en la priant de vouloir y répondre par apostille. La réponse fut très-netîe et très-ferme. Marguerite déclara que , dans cette affaire, il n'était pas question du service du roi, mais bien de

' Lettre de la duchesse de Parmt au roi, du 1 1 juin luGG, dans la Correspondance de Philippe II, t. W, p. 420. ^ La duchesse de Parme au roi, 27 mai loG6. — Ibid., t. I-'f, p. 418.

celui de la duchesse de Parme, à qui il était loisible, comme à chacun de moindre qualité, de licencier ses serviteurs, selon que bon lui semblait '.

Sur ces entrefaites étaient arrivées (le 6 juin) des dépêches du roi, datées du 6 mai, et répondant aux lettres de la duchesse de Parme du 24 mars. Philippe cherchait encore à tranquilliser les seigneurs et à rassurer les esprits. Il déclarait qu'il n'avait jamais eu l'intention d'introduire l'inquisition d'Espagne '; quant aux placards, comme il désirait maintenir la religion catholique à l'exclusion de toute autre, il ne voyait point comment il pourrait le faire sans le châtiment des transgresseurs ; mais que, en ce qui concernait le mode de ce châtiment, il était tout disposé, la religion restant sauve, à s'entendre pour une autre forme lorsqu'il serait dans les Pays-Bas. « Car Dieu sait, disait-il, que je n'évite « rien plus volontiers que l'effusion du sang humain, surtout <i quand il s'agit de mes sujets des Pays-Bas ; et je tiendrais «1 pour un des plus heureux points de mon règne, qu'il ne fût « jamais besoin de le faire couler. '» 11 avait appris avec satisfaction que les chevaliers de l'Ordre s'étaient empressés de seconder la gouvernante; il la priait de les remercier, en son nom, et de leur témoigner l'entière confiance qu'il avait en eux. Quant au pardon général, il devait suspendre sa résolution jusqu'à ce qu'il eût sur ce point de plus amples éclaircissements.

> Correspondance de Philippe II, t. l", p. 416. — Archives de la maison d'Orange-Nassau, t. II, pp. 97 et lO'i.

^ Les personnes les mieux informées à Madrid attribuaient pourtant à Philippe II l'intention formelle d'introduire l'inquisition d'Espagne dans les Pays-Bas et prétendaient même qu'il avait obtenu à cet effet jin bref du pape Pie IV. Voir la relation d'Antoine Tiepolo (-1567) et les dépêches de Fourquevaulx, ambassadeur de Charles IX à Madrid, citées par M. Gachard dans les Relations inédites des ainbassadciirs vénitiens sur Charles-Quint et Philippe II, pp. 1 i.3- 1 \ 5 .

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