LIVRE XI (15G
Il annonçait enfin sa venue prochaine. Marguerite fit donner lecture de ces dépêches au conseil d'État, en présence du prince d'Orange, et des comtes d'Egmont, d'ArenbergetdeHornes. Tous apprirent ou feignirent d'apprendre avec plaisir que le roi allait hâter sa venue. Quoiqu'il ne fût nullement disposé à mettre ce dessein à exécution, Philippe II l'avait annoncé lui-même dans des lettres circulaires aux villes des Pays-Bas. Après avoir rappelé les obstacles qui, d'année en année, l'avaient empêché de visiter ses bons sujets et annoncé sa détermination bien arrêtée d'entreprendre un voyage trop longtemps ajourné, il disait aux villes : «t Nous vous exhortons à vous mettre en garde contre les 11 envieux du repos public et de votre prospérité qui s'efforcent, <t en travestissant nos intentions et en excitant émotions et trou- '( blés, de vous mener aux calamités qui se voient chez les voi- <i sins, et d'en faire leur profit ; nous vous exhortons à user de « prudence en attendant notre venue; alors nous vous assisterons «c en personne, selon le grand et unique désir que nous avons de «' vous maintenir dans le repos et la même félicité où vous avez « toujours été sous nos ancêtres et depuis notre avènement'. " Telles étaient les dépêches ostensibles du roi; elles contenaient ce que la régente pouvait montrer aux seigneurs. Mais le courrier avait encore apporté d'autres lettres pour Marguerite seule. C'était d'abord une dépêche française également datée du 6 mai. Le roi y regardait comme une chose considérable le mécontentement du prince d'Orange et du comte de Hornes et les instances qu'ils avaient faites pour se retirer. Il désirait qu'ils fussent au moins rassurés. Aussi envoyait-il à sa sœur une lettre spéciale qu'elle pouvait leur communiquer afin d'atteindre ce but.
' Les lettres que nous venons d'analyser, se trouvent dans la Correspondance de Marguerite de Parme, pièces VIII et X, pp. 32 et 38. La réponse de la duche.sse doit porter la date du 21 juin.
Cette lettre était très-conciliante. Le roi s'émerveillait de la détermination prise par les deux seigneurs, et surtout des craintes manifestées par Guillaume de Nassau qu'il aurait perdu sa confiance. La régente était chargée de lui dire que la bonne opinion que le roi avait de ce seigneur étant connue, jamais homme ne s'était hasardé à lui faire des rapports défavorables sur son compte. Il les exhortait donc, lui et le comte de Hornes, à continuer leurs services '. Marguerite, prenant le prince d'Orange et le comte de Hornes chacun ù part, leur fit voir cette lettre. Le premier persista néanmoins à vouloir se retirer, ei le second continua à se plaindre de n'avoir pas été récompensé de ses services '.
Dans une autre lettre datée du 12 mai Philippe mandait à la régente qu'il ne pouvait consentir ni à la modération des placards ni à la réunion des états généraux. Il approuvait toutefois la venue du marquis de Berghes et du baron de Montigny, et promettait hypocritement de ne pas les retenir longtemps ^
De son côté, Marguerite persistait à demander que le roi accordât l'abolition de l'inquisition et la modération des placards. C'était, répétait-elle, l'avis du comte d'Arenberg, de Berlaymont et de Viglius. Ces derniers auraient même voulu que le projet de modération, préparé par le conseil privé, fût publié et mis provisoirement à exécution 4.
Pie V commençait à se préoccuper très-vivement aussi de la .situation des Pays-Bas. Non-seulement il exhorta Philippe II à
' Supplément a Sirada, t. II, p. 334.
^ Lettre secrète de la duchesse de Parme an roi, du 21 juin, dans le Supplément a Strada, t. II, p. 3.30.
' Correspondance de Philippe II, t. I*---, p. 415.
♦ Lettres secrètes de la duchesse de Parme au roi, du 21 juin 1566. Supplément a Sirada, t. II, p. 359 et Correspondance de Philippe II, t. l", p. 423.