‹ Histoire de la révolution des Pays Bas sous Philippe IIChapitre 19 sur 159 · LIVRE XI (laGG · texte numérisé non relu

LIVRE XI (laGG

ne faire aucune concession aux gentilshommes et aux sectaires, mais, en outre, il envoya dans ces provinces Jules Pavesi, archevêque de Sorrente, pour conférer avec la duchesse de Parme sur J'état de la religion. Phili[)pell eût désiré par prudence que cette mission fût différée ; ce désir n'ayant pu être satisfait, l'archevêque de Sorrente trouva, en arrivant à Bruxelles, des lettres du roi et du nonce à Madrid. Elles l'engageaient à ne pas laisser soupçonner aux Pays-Bas qu'il y eût été envoyé pour affaires de l'hérésie, de l'inquisition ou autres choses semblables ; mais il devait s'attacher à faire croire que l'objet de sa mission ne concernait que la réformation du clergé ; encore fallait-il procéder en cela avec grande dextérité et discrétion. Cependant l'archevêque était chargé de remettre au comte do Culembourg un bref pour l'engager à rentrer dans la foi catholique ; d'offrir à la duchesse de Parme, pour le maintien de la religion aux Pays-Bas, toute l'aide possible, argent, exhortations aux évêques, etc.; de délivrer également à Guillaume de Nassau un bref du pape concernant les désordres dont les hérétiques se rendaient coupables dans la principauté d Orange. La régente fit remarquer qu'elle attendait le bon plaisir du roi sur la conduite à tenir à l'égard du comte de Culembourg, un des chefs de la confédération : elle craignait d'ailleurs que ce gentilhomme ne reçût indignement le bref du pape. D'après ces observations, le bref ne fut pas envoyé. D'autre part, Marguerite fut d'avis qu'on pouvait agir plus sûrement avec Guillaume de Nassau, attendu qu'il avait été autrefois admonesté par le pape Pie IV sur le même sujet, et qu'il en avait témoigné quelque appréhension de perdre sa principauté; toutefois elle voulait préparer son esprit, afin qu'il ne fût point surpris et que le nonce le trouvât disposé à recevoir la communication. Guillaume, prévenu par la gouvernante, reçut en effet d'une manière très-convenable le bref qui lui était destiné. Quant à l'assistance qui lui était si libéralement offerte par Pie V,

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Marguerite reconnaissait on cela le soin et la charité d'un vigilant pasteur, et lui en témoignait sa gratitude; elle déclarait néanmoins ne pouvoir accepter ce secours sans la permission du roi. En ce qui concernait les évéques et les prélats, la duchesse informa le nonce que la plupart faisaient bien leur devoir pour conserver la religion , et que plusieurs avaient plus besoin d'être consolés que d'être admonestés, à cause des traverses qu'ils rencontraient dans l'érection de leurs évéchés. L'archevêque de Sorrente, ayant reconnu la vérité de toutes ce^ choses, admira la prudence et la piété de cette princesse, et promit, dit Strada, de rendre au pape et à la cour de Rome un témoignage public que la religion, dont à toute heure on avait sujet de craindre la chute dans les Pays-Bas, y était soutenue par la vigilance et par la sagesse de Marguerite de Parme. Mais ce qui avait surtout contribué à rassurer le nonce, c'était la connaissance que Marguerite lui avait donnée confidentiellement des intentions du roi à l'égard du maintien de l'inquisition et de l'observation des placards '. Cependant de nouveaux événements allaient déconcerter les prévisions de Philippe II et défier sa politique inexorable. Le succès des confédérés avait été regardé comme le présage d'un triomphe pour la cause protestante. Les proscrits commencèrent de tous côtés à revenir des villes frontières, où ils s'étaient réfugiés , ou à sortir des retraites qu'ils s'étaient ménagées dans le pays même. Ils exaltèrent les gueux , les appelèrent les défenseurs de la liberté, et se mirent sous leur protection. Le nombre

I Strada, Hb. V et lettre du 21 juin 1 566 de la duchesse au roi, pièce Xlle de la Correspondance de Marguerite de Parme. Dans cette dépèche, la gouvernante rendait compte au roi des conversations qu'elle avait eues, un mois auparavant, avec le nonce. D'autres détails se trouvent dans la lettre italienne de la duche.sse portant la même date. Correspondance de Philippe II, f. ler^ p. 42'2.

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des adhérents à la confédération augmentait de jour en jour, surtout en Hollande et à Anvers. En Hollande, ceux qui prenaient le nom de Gueux étaient, pour la plus grande partie, des gentilsliommes qui avaient le moyen de faire le service à cheval '. Dans la métropole commerciale, des marchands opulents adoptaient aussi les insignes ds la mendicité : tous les mécontents allaient vêtus de gris, avec leurs médailles au cou et leurs écuel- Ise de bois à la ceinture.

Les propagateurs de la religion nouvelle, épiant les événements dont les Pays-Bas étaient le théâtre, jugèrent l'occasion favorable pour y augmenter le nombre de leurs prosélytes. La France, Genève, l'Allemagne , l'Angleterre envoyèrent, pour toutes les sectes, des missioanaires nouveaux, courageux et enthousiastes. Ils commencèrent par tenir des assemblées nocturnes dans les bois ou dans des lieux presque inaccessibles, A cesconventicules assistaient trois cents , quatre cents, quelquefois jusqu'à quatre mille personnes. Peu à peu les ministres s'enhardirent , prêchèrent en plein jour dans les champs, dans les villages et les bourgades, et s'avancèrent jusqu'aux portes des principales villes. Vers la fin de juin , des conventicules se tenaient déjà dans les faubourgs d'Anvers, de Gand, de Tournai, d'Ypres et de Bruges. L'émulation qui existait entre les diverses sectes augmentait leur hardiesse; elles se disputaient les esprits encore indécis. Le calvinisme avait le plus grand nombre de partisans ; les anabaptistes tenaient le second rang; mais les luthériens, quoique en minorité , surpassaient les uns et les autres par la noblesse et la puissance de leurs adhérents. Si chacun s'efforçait de faire valoir ses propres doctrines , tous étaient unis pour détruire la religion catholique. Une multitude infinie de paysans et

' Lettre de Bréderode à Louis de Nassau, 9 juin 1566, dans les Archiver de la maisoti d' Orange-Nassau, t. H, p. 130.

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