LIVRE XI (I56(i
prince fut entré diins la ville, lu multitude, pour ne pas lui déplaire, manifesta moins bruyamment ses sympathies en faveur des gueux; mais on entendait des paroles plus significatives : « Voilà celui qui nous apporte la liberté ! — Voilà celui qui nous apporte la confession d'Augsbourg! — Voilà celui que nous suivrons à l'avenir et à qui nous présenterons nos requêtes!...» Guillaume, contrarié de celte ovation, qui le compromettait aux yeux des catholiques et de la cour, en témoigna de nouveau son niécontentement, en présence de Bréderode; mais il était impossible de calmer l'ivresse des protestants, qui avaient placé toute leur confiance dans la venue du prince, et celui-ci, toujours salué de leurs acclamations enthousiastes , fut accompagné tiiompha- Jement jusqu'à l'hôtel qui lui avait été préparé et oii le magistrat l'attendait pour lui adresser ses félicitations '.
Guillaume ne perdit pas une heure. Dans la même nuit, il délibéra avec le magistrat sur les moyens de contenir le peuple, de ranimer le commerce et d'empêcher les prêches II reconnut que la défiance générale était l'une des principales causes des troubles. Le magistrat ne se fiait point à la bourgeoisie et moins encore aux religionnaires ; d'un autre côté, les habitants en général, de quelque doctrine qu'ils fassent, se défiaient de la cour et encore plus du magistrat, qui semblait trop favoriser les projets de la cour. Knfin, les dissidents ne se méfiaient pas seulement de la cour et du magistrat, mais ils se défiaient aussi les uns des autres ; ceux de la confession d'Augsbourg se tenaient d'un côté, ceux de la religion réformée de l'autre. Cependant, le prince constata que les dissidents, en général, étaient extrêmement nombreux ; qu'ils avaient les armes en main et que, par suite de la faible administration de la ville, ils auraient pu faci-
I .r. s)ii Wksi'Nbeke, I.a dcscriplioii <lc l'eslal, succès cl occiirciiccs, etc., jip. I'.):5-1Î>4 ; — Stkada, liv. V.
124 LES PAYS-BAS SOl'S l'HlMI'PE 11.
lemcnt son rendre niiiitrcs, s'ils l'eussent voulu. Malgré la présence (lu prince, les religionnaires annonçaient d'ailleurs l'intention d'avoir, le lendemain, un prêche, et même d'y assister en armes. Guillaume fit parler aux principaux d'entre eux , pour ies détourner de ce dessein. 11 représenta aux ministres et aux consistoires qu'il n'était ni bienséant ni convenable que leurs prêches se tinssent à main armée. Il lui fut répondu qu'ils étaient tout prêts à déposer les armes, dès qu'ils auraient la parole du prince, la promesse du magistrat et l'assurance delà cour que, dans leurs prêches, il ne leur serait fait aucune violence. Du reste, ils persistèrent dans leur projet, et, le 14 juillet, tinrent deux assemblées, lune le matin et l'autre le soir. La première se composait de quatre mille individus environ ; la seconde fut beaucoup plus nombreuse. Le lendemain, il y eut une nouvelle assemblée oii les religionnaires célébrèrent baptêmes et mariages à leur mode. Le 17, le prince fit assembler, en sa présence, le grand conseil de la commune. Il commença par déclarer comment la gouvernante l'avait envoyé à Anvers, de la part et au nom du roi, à la demande réitérée des habitants, pour remédier aux troubles qui désolaient la ville et détruisaient son commerce. Il offrit ensuite sa prompte intervention s'ils voulaient se fier à son avis. Le grand con.seil, à l'unanimité, le pria d'exercer le gouvernement de la ville, au nom du roi. Il se rendit à ce vœu, sauf la ratification de la régente, et exposa ensuite les moyens qu'il avait conçus, d'accord avec le magistrat, pour prévenir de plus grands maux. Il fallait supplier la gouvernante de convoquer les états généraux, et, en attendant, faire cesser les prêches et les assemblées illicites; ou, tout au moins, interdire aux habitants de la ville, sous des peines sévères, d'y assister. Déjà la régente avait donné son assentiment à cette proposition. Le grand conseil de la commune, lesgildes, les chambres de rhétorique, les marchands et les bourgeois s'accordèrent pour appiouver la demande de