I.IVHE xr (I5(l()). 42rj
convocation des ôtats généraux. Mais, quant aux niosuros à l)rendre pour l'interdiction des prêches, tout en laissant l'initiative au prince et au magistrat , ils exprimaient le vœu qu'elles leur fussent communiquées '.
Tandis que la duchesse de Parme se voyait contrainte d'avoir recours à la popularité du prince d'Orange pour ramener le calme à Anvers, les chefs des confédérés prenaient une attitude plus menaçante et provoquaient une nouvelle assemblée générale de leurs adhérents. Cette nouvelle réunion fut principalement motivée par le retardement de la réponse du roi, l'agitation générale que les prêches occasionnaient, et les plaintes élevées à ce sujet contre les confédérés. La liberté des prêches devait déplaire nonseulement aux seigneurs du conseil d'Etat, mais même à une partie des signataires du Compromis. Plusieurs blâmaient hautement les prêches et engageaient leurs amis à ne pas les favoriser ni même les tolérer, parce qu'ils étaient contraires aux engagements pris à Bruxelles envers la régente , qu'ils pouvaient cacher des desseins de révolte et étaient de nature à nuire considérablement au but de la confédération '. Toutefois il régnait à cet égard une grande diversité de vues parmi les confédérés, et plusieurs, surtout parmi les chefs, ne paraissaient pas contraires aux moyens violents. Dans leurs lettres confidentielles, Bréderode et le comte Guillaume Vanden Berg se signalaient par leur exaltation , leur animosité contre les catholiques, et leur résolution de prendre les armes si l'on avait recours à quelque mesure qui ne leur parût
• Correspondance de Guillaume le Taciturne, t. II, pp. xl-xlii; et pp. 136- -1 5-1 ; — Le Petit, t. II, p. III ; — J. de Wesenbeke, pp. 203-206.
^ Voir, dans les Archives de la maison d'Orange-Nassau, t. II, p. -ISS, une lettre eu ce sens écrite le 7 juin 1566 par George de Montigny, S' de Noyelles, au comte Louis de Nassau. Un autre confédéré, Ch. le Revel, S' d'Audrignies , écrivit à Louis de Nassau, le 5 juillet, qu'il s'étaii opposé aux prêches de Valenciennes. Ibid., p. 13-5
l!26 I.P.S PAYS-BAS SOUS PHILIPPE II.
pas raisonnable'. En résumé, les chefs de la Confédération sentaient le besoin de se disculper et de rassurer le pays, mais aussi d'aviser aux moyens de se défendre en cas que le roi voulût user de violence contre eux. Profiter de l'effervescence populaire pour obtenir de nouvelles concessions et, s'il le fallait, se préparer à une lutte ouverte ; tel était le but que les chefs de la confédération avaient vraisemblablement en vue lorsque, sur la fin de juin , ils écrivirent à leurs députés dans les provinces pour se concerter sur la tenue d'une nouvelle assemblée générale '. Les chefs et les députés des confédérés se réunirent le 4 juillet à Lierre, et là furent probablement résolus et le départ de Brédcrode pour Anvers et la convocation d'une assemblée générale des signataires du Compromis, pour le 14 juillet suivant , à Saint- Trond, ville qui ai)partenait à la principauté de Liège ^ Louis de Nassau s "était chargé de traiter a\ ec Tévéque de Liège , Gérard de Groisbeck-*, et lui avait envoyé le S"^ de Villers afin d'obtenir de lui la permission de s'assembler à Saint-Trond. L'évêque dépécha à Louis de Nassau deux gentilshommes pour le détourner de son projet, invoquant les constitutions impériales qui défendaient de faire de pareilles assemblées dans les villes libres de l'Empire ; il alléguait aussi le bon voisinage qu'il devait au roi
' VoiV, dans les Archives de la maison d'Orange-Nassau, t. Il, p. 122, une lettre adressée le 23 mai -1566 par le comte Vandeii Berg à Louis de Nassau, et les lettres écrites au même, pendant les mois de mai et de juin, par Bréderode, pp. 108, 127 et 131.
^ Voir Grande chronique de Hollande, t. II, p. 10G.
^ Archives de la nmison d' Orange-Nassau, t. II, p. 133.
' Gérard de Groisbeck ou Groesbeck, coadjuteur de Robert de Berghes depuis 1562. fut élu à l'unanimité par le chapitre pour lui succéder, lorsque Robert eut résigné, le 11 mai 1504, la dignité épiscopale. L'année suivante, ayant reçu la confirmation du pape, il fut consacré, en l'abbaye d'Herckenrode, par l'archevêque de Cambrai.
MVKE XI (1500). \-J7
ciitholique. Louis deNassau répondit, de bouche et par écrit, que les intentions des confédérés ne tendaient nullement à contrevenir aux ordonnances de l'empereur ni au service du roi, attendu que la réunion ne se ferait par armes ni main-forte ; que , du reste, la duchesse de Parme en était avertie. L'évéque persista dans son refus* : il envoya h Saint-Troiid le grand mayeur de la cité de Liège et d'autres gentilshommes et officiers pour le déclarer aux confédérés Mais les habitants, appréhendant que, si l'on fermait les portes au comte Louis, il ne brûlât leurs maisons de campagne, le reçurent librement dans la ville avec quelques-uns de sa compagnie, le 15 juillet au matin '.
Bréderode, ayant quitté Anvers le 14, ne tarda point à rejoindre Louis de Nassau ainsi que les deux autres chefs des confédérés, le comte Vanden Berg et le comte de Culembourg. Ils étaient suivis de la plupart des nobles , qui avaient présenté à la gouvernante la requête du mois d'avril. Plus de deux cents vinrent à cheval, les autres en chariot. La gravité des ministres calvinistes et luthériens, qui s'étaient également rendus à cette assemblée, contrastait avec la turbulence d'un grand nombre de gentilshommes. Les uns s'étaient accoutrés de drap gris comme en portaient les cordeliers , les autres avaient attaché des queues de renard à leurs chapeaux ; ceux-ci portaient des écuelles et des calebasses ; ceux-là avaient fait broder sur leurs habits des trousseaux de flèches; et leurs serviteurs ne se faisaient faute de crier : « Vivent les gueux ! ' '»
On remarquait l'absence de plusieurs des confédérés du
' Strada, liv. V. — Instruction donnée le 16 juillet par l'évéque de Liège à son écuyer, Octavien de Palme, pour rendre compte à Marguerite de Parme de l'entrée du comte Louis à Saint-Trond, dans la Correspondance de Philippe II, t. !<''•, p. 43 1 .
2 Correspondance de Marguerite de Parme, pièce XXIlIf. — Le Petit
128 i.i;s i>Avs-i{.\s SOIS i'iumi'I'E m.
Luxembourg, iiui avaient refusé péremptoirement de dé|)asser le but du Compromis '. La ligue venait aussi de perdre, mais pour d'autres motifs, le comte Charles de Mansfeld, sur lequel les chefs avaient fonde les plus grandes espérances '.
Les confédérés de chaque province, en confirmant les pouvoirs de leurs députés , leur avaient prudemment recommandé de ne point excéder la requête présentée au mois d'avril. Aussi tous avaient-ils promis, même Louis de Nassau et Bréderode,
' ]'oir, dans les Archives île la maison d'Orange, t. II, p. 133, une lellro écrite à Louis de Nassau par cinq confédérés de Luxembourg pour s'excuser de ne pouvoir se rendre à son appel, sous prétexte que le Compromis avait pour but rabolition de l'inquisition et des placards, et que ce point leur avait été accordé. Du reste, ils repoussaient la responsabilité de tout acte qui excéderait le contenu de la requête présentée à Bruxelles, le o avril.
^ Tomâs Arraenteros, dans une lettre du 12 juillet 1566, informa le roi, par ordre de la duchesse de Parme, d'une affaire scandaleuse arrivée à la fille que le comte Pierre Ernest de Mansfeld avait eue de sa première femme. Cette fille, nommée Polyxène, ayant été conduite à Vianen par leSi-de Bréderode, son oncle, y eut des relations intimes avec Palamède de Cbâlon, bâtard de René, dernier prince d'Orange. Bréderode, en ayant été instruit, avait fait enfermer sa nièce dans une tour, d'oii, au commencement de mai, elle s'était échappée, déguisée en homme. M. de Chàlon, qui l'attendait, la rejoignit, et ils se sauvèrent en Bourgogne suivant les uns; en Angleterre, suivant les autres. « Malgré la sévérité que Bréderode a montrée en cette occasion, il y en a qui prétendent, ajoutait Armenteros, qu'il a eu luimême des rapports incestueux avec sa nièce, et ce ne serait ni le premier, ni le second inceste qu'il aurait commis en sa vie. » Du reste, les Mansfeld rendirent Bréderode res]X)nsable du déshonneur de leur parente, et Armenteros croyait que cet événement n'avait pas été sans influence sur la détermination prise par le comte Charles de se retirer de la confédération. Il faut ajouter que le mariage de Palamède de Chàlon avec Polyxène de Mansfeld s'accomplit plus tard. Correspondance de Philippe II, t. I^'-, p. 431 oX Archives de la maison d'Orange-Xassau, t. II, pp. 109, 126 et 215. — Il convient toutefois de lire la justification de Bréderode dans l'ouvrage de Va> Hall. chap. III, passim.