I.IVHK XI (1 ?)(>()). loi
sau en tête, répondirent pnr écrit qi\ WsnssunùeAû. le pniplc qu'on ne lui ferait aucun tort ou violence pour le fait do la religion, jusqu'à ce que, par les états généraux, il en fût autrement ordonné, à condition que le peuple se conduisît modesteniont et se soumît entièrement à la résolution desdits états généraux, suivant l'exemple de la noblesse assemblée à Saint-Ti'ond. Mais les confédérés ne se contentèrent point d assurer une protection égale aux luthériens et aux calvinistes, ils prirent des mesures pour opposer, le cas échéant, la force à la force ' .
La résolution prise par les confédérés de se réunir à Saint- Trond avait accru les inquiétudes de la régente. Les dissidents multipliaient leurs prêches et se vantaient hautement de la protection qu'ils attendaient de la nouvelle assemblée. On soupçonnait à la cour , on était persuadé que les confédérés euxmêmes comptaient sur l'appui des protestants d'Allemagne et surtout des huguenots français. On craignait enfin qu'ils ne se rendissent ensemble pour la seconde fois à Bruxelles, ou qu'ils ne prissent une résolution extrême , comme de terminer leui-
' 11 est certain toutefois que la réponse des chefs de la confédération ne satisfit pas entièrement ceux des pétitionnaires qui appartenaient au calvinisme. Ils auraient voulu que les confédérés s'engageassent par serment à ne jamais poser d'actes qui ne tendraient point à la conservation de la liberté de conscience et de l'exercice public de la religion ; ils leur demandaient aussi de mettre constamment les affaires de la généralité au-dessus de leurs intérêts particuliers ; enfin, ils désiraient que Louis de Nassau et Bréderode .s'engageassent à nommer six gentilshommes qui, avec six députés nommés par ceux de TÉglise réformée, formeraient un conseil dont l'assentiment serait nécessaire dans toutes les affaires importantes. Les chefs de la confédération étaient disposés à souscrire à ces nouvelles propositions , à condition que, de leur côté, les calvinistes s'engageassent à ne point porteiatteinte à l'autorité du roi, ni à la paix publique, sous prétexte de liberté du culte. Il ne paraît pas toutefois que ce nouveau pacte ait été formellement conclu. \o\v Arrliii'^es delà maison rl'Orniige-Nassnu. t. II, pp. 1(51-107.
réunion par une levée de boucliers. Pour conjurer ce danger, la gouvernante, après avoir pris l'avis du conseil d'État, essaya dt; dissoudre adroitement l'assemblée de Saint-Trond ou du moins de rassurer les confédérés et de les endormir par de nouvelles promesses. Pour mieux réussir, elle chargea de celte négociation délicate les deux membres les plus populaires de son conseil, les chefs reconnus de l'opposition, le comte d'Egmont et le prince d'Orange. Les confédérés furent invités à désigner des députés qui s'aboucheraient avec ces deux seigneurs. La petite ville d'Arschot fut d'abord désignée pour le lieu de cette conférence : mais le prince d'Orange ayant fait observer que sa présence était également indispensable à Anvers, la gouvernante, de concert avec le comte d'Egmont, désigna le bourg de Dufîel, qui n'était qu'à deux lieues de cette ville, pour la plus grande commodité du prince, à qui elle écrivit que la négociation ne se pouvait faire sans son assistance '.
L'entrevue des chefs de l'opposition avec les députés des confédérés eut lieu à Duffel , le 18 juillet. Ces députés étaient Bréderode ; le comtedeCulembourg ; Eustache de Fiennes, seigneur d'Esquerdes ; Guilain de Fiennes, seigneur de Lumbres ; Charles le Revel, seigneur d'Audrignies ; Charles Vander Noot, seigneur de Risoir ; Philippe de Marbais, seigneur de Louverval ; Vendeville ; Bernard de Mérode ; Jean le Sauvage, S' d'Escaubecque, et Jean de Casenbroot , seigneur de Backerzeele, secrétaire du comte d'Egmont. Les représentants de la gouvernante, se réglant d'après le mémorial qu'ils avaient reçu d'elle, déclarèrent qu'elle avait envoyé le marquis de Berghes et le
1 Grande chronique de Hollande, t. II, p. 106. — Lettre de la duchesse de Parme au roi, du 31 juillet, dans la Correspondance de Marguerite de Parme, pièce XXIII^. — Lettre du prince d'Orange, écrite d'Anvers , le 15 juillet, à la duchesse de Parme, et réponse de celle-ci, datée du 16, dans Ja Correspondance de Guillaume le Taciturne, t. II. pp. 141 et 149.
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baron de Montigny en Espagne pour appuyer leur requête du mois d'avril ; depuis que cette requête avait été présentée, la duchesse n'avait rien innové, disait-elle, touchant l'inquisition et les placards ; elle les engageait à ne pas se défier du roi, car il n'avait jamais usé de tyrannie, mais au contraire de toute bénignité envers ses sujets; elle lui avait souvent écrit en leur faveur, et elle ne doutait pas que Sa Majesté ne mît toutes choses en oubli. Elle leur rappelait ensuite les offres qu'ils avaient faites de mourir au service du roi ; elle les invitait en conséquence à réprimer l'insolence des sectaires, vu que leur exaltation semblait tendre à un soulèvement populaire, et que l'on voyait bien que les étrangers et les anciens ennemis de la maison de Bourgogne voulaient s'en mêler. Elle leur faisait remarquer en outre que les sectaires répandaient le bruit qu'ils agissaient par leur consentement et leur commandement , de telle sorte que l'on pouvait bien juger que leur requête, qu'ils disaient avoir présentée pour la conservation de la patrie, était la seule cause des prêches publics. Aussi devaient-ils, par devoir, contenir les religionnaires et faire connaître par effet que leur intention était bonne et ne tendait qu'à bonne fin. Du reste, pour leur donner plus ample satisfaction, les deux seigneurs étaient autorisés à leur dire que la régente allait immédiatement solliciter du roi l'autorisation de convoquer les états généraux '.
Bréderode ayant mis par écrit et résumé en neuf points les ouvertures faites par les représentants de Marguerite, la conférence fut rompue, les confédérés déclarant qu'ils voulaient négocier à Bruxelles même sur ces points. Ils retournèrent ensuite à Saint-Trond, enchantés d'ailleurs de l'accueil que leur avaient fait le prince d'Orange et le comte d'Egmont. Ils se vantaient
' Grande Chronique de Hollande, t. II, pp. 107 et 108.— Correspondance de Philippe II, t. le<^, iiitroductioa, p. cxxxviii.
quecesdeux personnages s étaient déclarés poureux. On répandit
également le bruit que lo dernier avait dit que Hornes, Mansfeld
et Hooghstraeten lui avaient donné la main, promettant d'être
aussi des leurs '. Les sentiments du comte de Hooghstraeten
étaient en réalité sympathiques à la noblesse confédérée. Dans
une conversation avec Andrelec , espion de la duchesse de
Parme, il s'était réjoui des anxiétés de celle-ci , parce que la
peur l'engagerait à agir auprès du roi pour que les confédérés
obtinssent leur juste demande '. Le comte de Meghem tenait,
■ en outre, d'Éric de Brunswick que les ducs de Saxe, de Wurtem-
•; berg, de Clèves, ainsi que le landgrave de Hesse s'étaient alliés
^ avec les gueux et avaient promis de mettre avec eux le tout
pour le tout ^ D'autre part, le prince de Condé et l'amiral de
;. Coligny avaient fait déconseiller aux confédérés, réunis à Saint-
l Trond, tout arrangement avec la gouvernante, leur promettant
; de venir à leur secours avec quatre mille chevaux. lînfin, les
! confédérés eux-mêmes se disposaient à lever des gens de^uerre '».
Depuis qu'il avait insisté pour obtenir la démission des hautes
charges dont il était revêtu, Guillaume de Nassau travaillait plus
ardemment à saper la domination religieuse et politique de l'Es-
' Ces informations furent transmises à la gouvernante par le comte de Meghem. Il mandait à Marguerite, le 24 juillet, qu'il les tenait d'un docteur es lois , principal conseiller des confédérés, qu'il avait gagné. Voir Correspondance de Philippe II, l. \", pp. 433 et 436.
- Avis envoyé par .\ndrelec à la duchesse de Parme, le 24 juillet. Cet avis contenait encore les détails suivants : « Brecht et deux autres confédérés, soupant avec l'évêque de Liège, commencèrent à crier entre eux : ', Vivent les gueux! L'évêque leur dit de se taire ou de quitter la table. Ils
se levèrent et Brecht sortit, disant que, si leurs affaires allaient bien, ils se souviendraient de lui, et ajoutant que le prince d'Orangi» et le comte d'Lgmont étaient de la ligue. >• Correspondance de Philippe II, t. I»-'. p. 434.
^ Meghem à la duchesse de Parme, 28 juillet. Ibid., t. I'-'-, p. 434.
'* Archives de la maison d'Orange- I\'assau , t. JI, pp. 174 et 197.
i.ivHi: XI (1500). 133
pagne. Il soutenait, il encourageait sous main les confédérés, il conspirait avec eux ; mais toute sa conduite était calculée de manière à dérouter les soupçons. Tant qu il n'aurait pas abandonné effectivement les gouvernements et les emplois qu'il tenait de Philippe II, il devait s'avancer avec une prudence extrême et souvent louvoyer entre les partis. Cette ré.serve, toute politique, et à laquelle l'obligeait sa position, se manifesta dans un Mémoire, qu'il fit remettre à Bréderode , soit pendant l'entrevue de Dufîel, soit i)eu après. Guillaume voulait que Bréderode tînt la main à ce que les gentilshonmies réunis à Saint-Trond ne commissent nul désordre qui pût porter atteinte à leur réputation, et il les engageait à traiter les affaires avec gravité. Ils devaient avoir soin que les députés qui seraient envoyés auprès de la duchesse de Parme se comportassent avec modestie et courtoisie pour ne pas aigrir les choses. Quelques-uns des gentilshommes confédérés avaient, disait-il, tenu des propos contraires à la teneur de leur requête du 5 avril ; aussi croyait-il nécessaire que Bréderode veillât à ce qu'on ne sortît point des limites de cette requête, car on le rendrait responsable de toutes les exagérations et de toutes les violences des confédérés. Il désirait que les députés, désignés pour se rendre à Bruxelles, lui communiquassent la réponse qu'ils se proposaient de faire à la gou- ~ vernante, afin qu'il donnât son avis, comme cela avait été convenu. Il manifestait ensuite son antipathie contre les calvinistes et sa prédilection pour les luthériens. Trouvant les premiers bien échauffés et presque intraitables, il exprimait la crainte qu'ils n'amenassent à la fin la ruine d'Anvers et de tout le pays. Ce qui les faisait paraître si présomptueux, disait-il, était l'assistance qu'ils trouvaient parmi les gentilshommes réunis à Saint-Trond ; car ceux-ci leur avaient promis de ne jamais les abandonner, contrairement à la requête du o avril. Le prince faisait remarquer que, lors même que le roi voulût permettre l'exercice de la reli-
156 LtS l>AVS-BAS SOLS PHILIPI'L II.
gion, selon lu confession d'Aiigsbourg, les autres ne seraient pas satisfaits de cette concession, mais voudraient avoir des églises de leur doctrine. Les luthériens étaient, à son avis, l'opposé des calvinistes : il les trouvait gens de bien, paisibles, nullement enclins à la sédition et à la désobéissance ' .
Soit qu'il se sentit trop compromis par ses démarches antérieures, soit que sa considération eût été atteinte par la fâcheuse aventure survenue à la comtesse de Mansfeld, Bréderode avait jugé bon de s'effacer momentanément Louis de Nassau, qu'on avait vu à Saint-Trond environné de douze hallebardiers, semblait devenu le véritable chef de la confédération, dont il n'avait pas cessé d'ailleurs d'être l'âme depuis l'origine. Avant de se séparer, les nobles réunis à Saint-Trond le choisirent, ainsi que onze autres gentilshommes, pour traiter avec la cour. Ces délégués étaient : Eustache de Fiennes, S"' d'Esquerdes ; Charles le Revel, S"^ d'Audregnies ; B. de Mérode, S' de Waroux et de Bummen ; Ch. Vander Noot, S"" de Bisoir ; G. de Montigny, S' de Noyelles ; Ph. de Marbais, S'' de Louverval ; J. de Montegny, S' deVillers; J. le Sauvaige, S' d'Escaubecque ; Bernard de Malberg, le S' de Ghistelles et Fr. de Haeflen. Ils arrivèrent à Bruxelles, le 25 juillet au soir. Le lendemain, ils se présentèrent au palais, ayant tous rasé leur barbe à la turque, mais conservant les insignes de la confédération suspendus à un ruban rouge. Les courtisans de la duchesse de Parme les appelaient, par dérision, les douze apôtres. Du reste, Marguerite les accueillit avec un déplaisir qu'elle ne dissimulait même pas, et refusa d'abord d'entrer dans aucune explication sur l'objet de leur mission ; ils durent se borner à la saluer, puis se retirèrent avec le comte d'Egmont qui était seul présent. Celui-ci les conduisit au conseil d'État, où il était chargé d'entrer en conférence avec
' Archives de la maison d'Oianije-Nassau, t. II, p. 168.
Liviiii XI (ISCG). 437
eux. Hachicouit et lo conseiller d'Assonlevillo avaient reçu la même mission. Le but de Marguerite de Parme était d'entraver les desseins des confédérés et d'éviter la répétition des scènes du 5 avril, dont elle conservait un souvenir amer. Mais son mauvais vouloir donna plus d'énergie encore aux confédérés qui prirent, en ce moment même, la résolution de lever des troupes en Allemagne ; ils déjouèrent aussi les desseins de la régente en refusant de nouveau d'exposer leur commission à ses agents. Ils la contraignirent ainsi, malgré toute la répugnance qu'elle manifestait, à les recevoir officiellement ' ,
Marguerite leur donna audience le 30, en présence des membres du conseil d'État, et les délégués lui remirent une nouvelle requête, qui avait été sinon entièrement dictée, du moins revue par le prince d'Orange afin de la rendre plus habile et plus courtoise '. Tout en reconnaissant que, depuis la présentation de leur première supplique, la régente n'avait rien innové touchant les placards et lïnquisition, les confédérés signalaient le zèle inconsidéré des magistrats, qui, nonobstant les lettres émanées du gouvernement, avaient continué les arrestations et les emprisonnements en vertu des placards. Pour ce qui les concernait, les confédérés croyaient avoir satisfait à leurs promesses, tant en général qu'en particulier ; ils s'étaient aussi efforcés de con-
' Correspondance de Philippe 11, t. !'■'•, pp. cxxxix, 437 et 444. — Correspondance de Manjuerite de Parme , pièce XXIII<". — Les Archives de la maison d'Orange-Nassau, t. II, p. 178, contiennent une lettre importante que Louis de Nassau adressa au prince d'Orange, le 26 juillet, en sortant de la première audience de la régente. «De fdict, disait-il, s'est mise en une telle colère contre nous qu'elle a pensé crever. » Il lui annonçait ensuite la résolution prise par les confédérés de faire des levées en Allemagne. L'accueil de la duchesse de Parme leur avait donné à connaître qu'il était temps de .se mettre en garde et de veiller à leurs affaires.
2 Nous adoptons complètement à cet égard l'opinion émise par l'éditeur des Archives de la maison d'Oraiiyc-Nassau, t. II, pp. 174 et 176.
J38 I.ES IVYS-BAS SOIÎS PHILIPPE II.
lenir le jieuple et d'empêcher les prêches. Miilheureusement, ils avaientété impuissants à lui ôter les appréhensions que produisaient le retard apporté à la réponse du roi, la réunion irrégulière des états provinciaux , les menaces proférées journellement, même par des gens d'Église, contre les gentilshommes allies et les dissidents. Telles étaient les causes qui avaient suscité les assemblées et les prêches publics, «t Jamais, ajoutaient-ils, ni en « général ni en particulier, nous n'avons excité le peuple à tenir '1 des prêches ; mais, au contraire, nous avons tâché de les pré- <i venir par tous les moyens, à cause des troubles et des désor- <i dres qui auraient pu en résulter. Voyant que nous ne pouvions « dissuader le peuple, nous ra\ ons laissé faire, comme il l'en- <t tendait. Chacun de nous est prêt à prouver son innocence à <i cet égard. Que quelques-uns de notre comjoa^wte approuvent « les prêches, parce qu'ils sont de la même religion, nous ne le «1 nions pas; nous savons toutefois que leur religion ne les em- " péchera pas de remplir leurs devoirs envers le roi. i> Ils déclaraient que si les étrangers voulaient se mêler des affaires du pays, ils seraient les premiers à monter à cheval pour les en empêcher, mais qu'ils ne croyaient pas devoir se ranger contre les vassaux et les sujets du roi, car ce serait provoquer la ruine et la perte totale des Pays-Bas. A[)rès avoir signalé la présentation de leur première requête comme un véritable service rendu au roi, après avoir remercié ensuite la duchesse de l'opinion favorable quelle leur avait fait exprimer à Duffel par le prince d'Orange et le comte d'Egraont, ils constataient le mal qu'avait produit la défiance qu'elle leur témoignait auparavant. » Cette '( défiance antérieure , disaient-ils , nous a suscité beaucoup « dadversaires, et quelques-uns d'entre eux ont montré une telle « animosité qu'ils ont osé tenir publiquement des propos contre « nous tendant à sédition, jusqu'à dire qu'ils seraient prêts à » nous ronipie la tête, dans le cas oii cela leur serait commandé.
ijviîiv XI (I5(;0). 139
•' De plus, ils font courir à toute heure le bruit dans le peuple «1 que le roi, venant par deçà, nous traiterait comme rebelles « et séditieux. Tous ces griefs, nous avons voulu d abord les « passer sous silence ; mais les menées secrètes que nous avons «1 découvertes et découvrons journellement, nous ont réduits à de .1 telles extrémités pour les dangers évidents qui de là pour- « raient advenir, que nous avons été contraints de chercher les « moyens de nous faire des amis en certain pays pour nous en u servir et aider dans le cas où l'on voudrait procéder plus avant « par voie de fait contre nous et les autres sujets et vassaux du <i roi. Mais comme notre but a toujours tendu au service du roi «t et à la conservation du pays, nous désirons bien d'être garan- <t tis par d'autres moyens, moins dangereux. Nous n'en trouvons <i point d'autre, pour notre sûreté et repos, que de supplier <( humblement Votre Altesse qu'elle nous donne toute assurance <t et fasse commandement à tous les seigneurs et chevaliers de <i l'Ordre dans les Pays-Bas de nous faire lu même promesse 't qu'on n'attentera rien contre nous ni les autres vassaux et <i sujets du roi, directement ni indirectement, par voie de fait « ni en aucune façon quelconque, pour le fait de notre requête «I et compromis. Comme le prince d'Orange, le comte d'Egmont •1 et le comte de Hornes ont le i)lus entendu de nos affaires de- «< puis la présentation de notre première requête, nous supplions <i Votre Altesse leur commander qu'ils nous veuillent doréna- «1 vaut assister de leurs conseils et nous prendre sous leur pro- 11 tection. Enfin, nous désirons que la charge que Votre Altesse Il leur donnera soit telle qu'ils puissent absolument pourvoir et <; donner ordre à tout ce qui touche la garde et la conservation •1 du pays tant à l'intérieur qu'à l'extérieur. C'est le seul moyen <i par lequel nous puissions nous garantir ainsi (]ue les vassaux •1 et sujets du roi ; car ce sont seigneurs si magnanimes et si <i vertueux qu'ils arrangeront le tout pour le service du roi et le
140 LES PAYS-BAS SOl'S PHILIPPE II.
<( repos du pnys, ot qu'ils ne voudront rien promettre qu'ils ne <i puissent tenir. Sachant que Votre Altesse ne peut donner cette '! autorisation que provisoirement, nous la supplions d'envoyer « immédiatement un courrier exprès au roi afin qu'il lui plaise « confirmer l'autorité demandée pour ces seigneurs. Par leur « intermédiaire, nous pourrons plus franchement et librement « nous employer pour le service du roi, en attendant qu'il en ait « autrement ordonné, par l'avis des états généraux. » Les confédérés produisirent ensuite la supplique qui leur avait été présentée à Saint-Trond, de la part des religionnaires. En même temps ils informèrent la gouvernante que les députés des Églises protestantes leur avaient offert verbalement de poser les armes et de se soumettre à tout ce qui leur serait ordonné de la part des états généraux sur le fait de la religion, pourvu qu'ils reçussent l'assurance formelle qu'il ne leur serait fait aucune violence, en attendant la réunion des états. <i Ils désirent, ajoutaient-ils, que Votre 't Altesse répartisse, par les villes et provinces, quelques-uns de <i nous, qui avons signé la requête, pour les contenir en toute « modestie et pour recevoir leurs armes; autrement, ils nous ont « assez déclaré que force leur sera d'avoir recours à d'autres « pour s'appuyer sur eux ; et nous craignons qu'ils ne veuillent " introduire dans le pays les Français, nos anciens ennemis. « Nous avons voulu librement en avertir Votre Altesse afin qu'elle « avise, selon la nécessité du temps et pour le repos du pays. Par «I cet avertissement, nous croyons nous être acquittés de notre « devoir ; et si, après, il arrive d'autres inconvénients, nous en <c sommes absolument irresponsables. Au surplus, nous nous « offrons derechef, comme fidèles serviteurs du roi, à nous em- « ployer en tout et pour tout, chaque fois qu'on nous le com- « mandera, et de mourir pour le service de Votre Altesse '. i>
• Nous avous résumé cette importante représeulation, d'après le texte inséré dans la Grande chronique de Hollande, t. II. pp. lOT-tlO.
i-iviiE XI (laGG). ii[
Le secrétaire d'Etat Berty réjiondit aux députés, par l'ordre de la régente , qu'il n'était pas possible de prendre immédiatement une résolution sur leur requête; et il les pria de se retirer ',
Marguerite montrait ouvertement le mécontentement extrême que lui causaient les fières remontrances des gentilshommes confédérés. Elles avaient aussi excité une profonde surprise et une grande indignation parmi la plupart des conseillers de la princesse. Ils étaient stupéfaits de la hardiesse de ces gentilshommes venant dire à la sœur de Philippe II qu'ils avaient cherché des amis en d'autres pays. Viglius, Berlaymont et Philibert de Bruxelles protestèrent en outre contre les prétentions des confédérés de diminuer l'autorité de la régente pour conGer des pouvoirs extraordinaires aux trois seigneurs qu'ils avaient nommés. Telles étaient alors les dispositions manifestées par la gouvernante que les députés ne se croyaient pas en sûreté à Bruxelles. Mais, d'autre part, les partisans de la politique espagnole et Marguerite elle-même se croyaient également menacés d'un coup de main. Le comte de Meghem avait même chargé son serviteur Andrelec d'engager la régente à se retirer au château de Gand. La méfiance était égale des deux côtés, et des deux côtés aussi on paraissait se préparer à une lutte prochaine. Par une circulaire du 21 juillet, la gouvernante avait signalé aux villes des Pays-Bas les dangers du pays et les avait invitées à prendre toutes les mesures nécessaires pour faire respecter l'autorité royale et empêcher les désordres et les pillages '.
1 Notules du conseil d'État (30 juillet).
^ Les magistrats communaux devaient mettre partout bon guet et garde de nuit et de jour, répartir leurs gens par escadrons et quartiers, comme ils avaient coutume de faire dans des temps périlleux. Ils devaient aussi éloigner le peuple des prêches et assemblées illicites, soit par de douces exhortations, soit par force et contrainte. Ils devaient entretenir les bonnes dispositions de la commune jusqu'à la venue du roi, qui avait promis de se
■Î4''2 I.r.S PAVS-lîAS SOIS l'IlILIPI'li II.
Mais ce qui était un indice plus certain des projets de la cour, c'étaient les conférences d'Éric de Brunswick avec les comtes de Meghem et d'Arenberg et les armements quils faisaient dans la Gueldre. Des proclamations étaient même répandues dans les villes du nord, pour défendre à qui que ce fût, sous peine de la vie et de confiscation des biens, de servir d'autres capitaines que le ducÉricde Brunswick, autorisé par le roi. Des menaces étaient aussi publiquement adressées aux confédérés ; on annonçait que l'on avait dressé la liste de ceux qui devaient être punis par la confiscation de leurs biens, et que cette liste avait été envoyée au roi. Bréderode venait même d'écrire à Louis de Nassau qu'il fallait se bâter si l'on ne voulait être prévenu '.
Les confédérés, se croyant trabis et se voyant menacés, se précautionnaient contre toutes les éventualités. Leurs cbefs décidèrent à Bruxelles même qu'ils entretiendraient <•• quatre mille chevaux noir harnais et quarante enseignes de piétons, ;> jusqu'à ce qu'ils connussent la résolution du roi. L'amiral de Coligny ap|)rouvait ces dispositions, concertées avec le priiice d'Orange, et dont l'exécution était confiée à son frère Jean de Nassau, qui résidait à Dillenbourg. Ce dernier fut itérativement chargé de faire des levées en Allemagne au nom du prince d'Orange et de
trouver dans un bref délai j)ar deçà , en propre personne, pour mettre bon ordre partout et pour défendre et garantir ses bons sujets. Ils devaient entretenir une correspondance régulière avec le gouverneur et le conseil provincial « de manière qu'en loul cas Sa Majesté retienne rautorité supérieure et que force lui demeure. » On prétendait que des lettres secrètes avaient été également expédiées par la gouvernante aux gens d'Église pour (jue chacun, selon ses moyens, entretînt dans son logis des hommes armés. Grande chronique de Ho'Iande, [. il, pp. 11.o-l Ifi.
t Arrhivcs delà maison d'Orauge-Nassau, t. II. pp. 185, 189, 194, 198 et 202. Voir notamment les lettres de Bréderode à Louis de Nassau, datées de Vianen, le .3(1 juillet et le 2 aoûl loGti.
i.iviti: xr (l5G(i). 145
In noblesse des Pays-Bas, afin de se mettre en mesure de défendre les libertés du pays et la liberté de conscience '. La gouvernante, aussi inquiète que courroucée, n'osa pourtant prescrire aucun acte de violence contre les délégués de Saint-Trond : elle aima mieux gagner du temps, dans l'espoir que la désunion affaiblirait tôt ou tard les confédérés, et elle consentit à entrer en délibération ultérieure avec leurs chefs. Elle leur envoya en conséquence le comie d'Egmont, accompagné des conseillers Philibert de Bruxelles et d'Assonleville, pour leur demander des éclaircissements sur leur requête du 30 juillet. Cette démarche plus conciliante se faisait d'après le conseil du comte d'Egmont lui-même, qui, du reste, avait déjà opiné pour que les confédérés obtinssent, sauf la ratification du roi, l'assurance qu'ils demandaient, ainsi que la convocation des états généraux ^.11 est d'ailleurs probable que si Marguerite avait persisté dans son mauvais vouloir, les chefs de la confédération auraient prêté l'oreille aux suggestions et aux offres du prince de Condé ^. Les députés remirent le 2 août au comte d'Egmont une déclaration explicative. La gouvernante avait exprimé le désir que l'on désignât les villes dans lesquelles se trouvaient des prisonniers pour cause de religion. Les confédérés nommèrent Tournai, Mons,
1 Archives de la maison d'Orange-Nassau, l. II, pp. 147, 178 et 205. Voir notamment la lettre adressée d'Anvers le 10 août par Louis de Nas.san à son frère Jean. Dans une lettre de la duchesse de Parme à l'empereur, écrite de Bruxelles, le 4 août 4566, elle disait qu'elle était instruite que les confédérés tenaient engagés (aperçus) en Allemagne, quarante enseignes de piétons et quatre à cinq mille chevaux, sous Georges Van Holl, Hilmar Van Munchausen et d'autres. Elle le priait de vouloir, à l'exemple du roi de France, défendre aux sujets de l'Empire de venir en armes aux Pays-Bas. Correspondance de Philippe II, t. Iff, p. 441 .
^ Notules du conseil d'État (séance du SI juillet).
^ Cette hypothèse résulte d'un billet du prince d'Orange à Louis de Nas.sau. Voir Arcltives de la maison d'Orange-Nassau, t. II, p. 197.
Lillf , Aire, Béthune , Alh , Bruges, Gand et autres lieux. La gouvernante avait demandé que les confédérés fournissent la preuve des démarches qu'ils avaient faites pour contenir le peuple et empêcher les prêches. Ils répondaient qu'elle pouvait envoyer en chaque province vers les consistoires et ministres de la « religion )• pour s'informer des démarches , que les membres de la confédération avaient faites, tant en général qu'en particulier, et qu'elle trouverait que les députés lui avaient dit la vérité. En ce qui concernait les irrégularités commises dans la tenue des états provinciaux, les délégués déclaraient que presque partout l'on avait convoqué des personnes qui n'avaient pas accoutumé d'en faire partie, tandis que d'autres qui avaient le droit d'y assister n'avaient pas été mandés, ou du moins qu'on leur avait expédié les lettres de convocation si tard que les états étaient déjà réunis avant qu'ils les eussent reçues. Les députés des villes se plaignaient en outre de n'avoir pas eu le temps néces.saire pour correspondre avec leurs mandants, et d'avoir été contraints de répondre sur-le-champ, sans qu'on eût voulu leur laisser copie du projet de modération des placards. Ils ajoutaient que des lettres avaient été écrites aux gouverneurs particuliers des villes pour gagner les députés d'icelles, ainsi que les gentilshommes de leur juridiction. Quant aux menées secrètes dirigées contre les confédérés, ceux-ci déclarèrent qu'à peine la première requête avait-elle été présentée qu'ils s'aperçurent assez clairement que plusieurs seigneurs, même des chevaliers de l'Ordre, fuyaient leur compagnie, comme s'ils avaient commis crime de lèsemajesté et de rébellion. Ces seigneurs avaient averti leurs parents et amis de ne pas se joindre aux confédérés, d'avoir égard à leur honneur, et de songer aux dangers qui les menaceraient, si le roi venait par deçà ; ils avaient agi de même à l'égard do ceux qui avaient déjà signé le compromis, promettant de leur faire obtenir pardon du roi, s'ils voulaient se séparer de la ligue.