‹ Histoire de la révolution des Pays Bas sous Philippe IIChapitre 3 sur 159 · LIVRE X (I5G · texte numérisé non relu

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lions, enlever toute sécurité à ceux qui resteraient , affiùblir et troubler le pays, sans aucun avantage pour la religion. Enfin, par une contradiction flagrante avec l'opinion qu'il avait soutenue au conseil d'État , il demandait qu'on suspendit l'exécution de l'édit jusqu'à la venue du roi. Quant à lui, il refusait positivement de soutenir de sa puissance les inquisiteurs ; et si on voulait l'y contraindre , il demandait qu'on le déchargeât de ses fonctions, parce qu'il ne voulait point assumer la responsabilité des troubles qu'il prévoyait '. Le comte de Meghem, gouverneur de laGueldre, fit également savoir qu'il ne pourrait exécuter les ordres du roi ; et des représentations analogues furent adressées par le comte Pierre Ernest de Mansfeld, gouverneur du Luxembourg. De même que le marquis de Berghes , le comte dEgmont avait toujours soutenu <i que le chastoy et sang n'avoient profité à la religion catholique. » 11 déclara à la duchesse de Parme, en particulier d'abord, puis devant le conseil d'État, qu'il aurait remis son gouvernement de Flandre et d'Artois entre les mains du roi, lors de son voyage d'Espagne, s'il avait pu prévoir de telles résolutions. Dès le 25 décembre , il avait d'ailleurs écrit à Philippe II pour lui exposer que ses ordres pouvaient produire de grands maux. Les représentations du baron de Montigny, gouverneur de Tournai et du Tournaisis , ne furent pas empreintes de moins de franchise. La régente elle-même s'était énergiquement associée à ces protestations. Elle écrivit au roi qu'elle déplorait la résolution qu'il avait prise, et qu'elle en appréhendait les suites. Elle osait lui dire qu'il civait été mal conseillé, t; On a beau prétendre, ajoutait-elle, que l'inquisition a toujours été en vigueur : ceux du pays soutiennent qu'elle est nouvelle et beaucoup plus rigoureuse encore que celle d'Espagne, qui est si odieuse, comme Votre Majesté le sait. " Elle ne voyait

' Archives de la maison d'Orange-Nassau, t. II, p. 16. II. 2

d'autre remède à l'agitation menaçante qui se déclarait qu'une assemblée des états généraux '.

Déjà les quatre chefs-villes dn Brabant (Louvain, Bruxelles, Anvers et Bois-le-Duc) avaient présenté, par leurs pensionnaires et députés , une requête au conseil de cette province pour lui exposer que l'exercice de l'inquisition avait toujours été suspendu dans le Brabant. Il était donc logique que les Brabançons en fussent encore dispensés, attendu que l'inquisition était contraire à leurs privilèges. Le conseil de Brabant répondit aux délégués des chefs-villes que le roi n'avait l'intention d'introduire aucune nouveauté. Cette réponse ne les ayant pas satisfaits , la régente fit examiner leur requête d'abord par le conseil privé, puis par le conseil d'État ; on convint de rechercher tout ce qui s'était passé dans la province concernant l'mquisition. Il

' Correspondance de Philippe II, t. !«>•, pp. 383 à 397. — Du reste, de l'avis conforme du conseil d'État (séance du 19 janvier), la régente écrivit au marquis de Berghes pour l'engager à retirer sa démission, qui serait mal interprétée dans le public, et à continuer ses devoirs jusqu'à la venue du roi. Notules de Berty et Correspondance de Philippe II , t. Il, p. 532. — Egmont assistait à la séance du 19; quant au prince d'Orange, il avait quitté Bruxelles. Mais il était présent à la séance du 24 décembre, où il avait été résolu d'écrire à toutes les autorités du pays pour les mettre en garde contre les fausses interprétations que recevaient les ordres du roi. On devait leur faire connaître que l'intention de Sa Majesté n'était autre « fors que les placcartz soyent entretenuz et observez comme jusques ores n ilz le sont estes, sans entrer en aultre nouvelleté ou forme d'inquisition « que celle qui a esté de toute ancienneté par deçà , conforme au droict « divin et humain. » — Dans la séance du 29 janvier, le conseil reçut communication de la lettre que le prince d'Orange avait adressée le 24 à la régente. On résolut de lui répondre à peu près dans les mêmes termes qu'au marquis de Berghes ; la régente espérait que les choses ne viendraient au point qu'il redoulaii, et, dans ce cas aussi, elle serait bien fâchée de se voir u destituée de sa prudence et assistance pour y remédier. » Notules du secrétaire d'Iitat Berty.

i.ivRK X (IliGO). \9

résulta de cette enquête que, depuis 1550, on ne trouvait dans le Brabant aucun exercice de l'espèce d'inquisition prescrite par le roi. En conséquence, la gouvernante écrivit sur la requête que, le roi ayant déclaré ne vouloir introduire aucune nouveauté, elle trouvait à ])ropos que les choses demeurassent dans le même état; toutefois quil convenait d'observer les anciens édits, jusqu'à ce que le roi en eût autrement ordonné. Cette apostille ne satisfit pas encore les Brabançons , qui s'étaient promis davantage, et elle excita la Flandre à produire les mêmes prétentions ' . L'opposition d'Anvers, oii les dissidents religieux se trouvaient en plus grand nombre, était surtout de nature à justifier les craintes de la duchesse de Parme. Le projet conçu à l'hôtel de Culembourg de s'emparer de la ville le 3 décembre avait été abandonné parce que le prince d'Orange, sondé à cet égard par son frère Louis, se montrait opposé à toute entreprise violente. C'était par les voies légales, par l'entremise du conseil d'État, des chevaliers de la Toison d'or, et par la convocation des états généraux, qu'il voulait obtenir l'abolition de l'inquisition et assurer la paix de religion '. Il est toutefois impossible de soulever entièrement le voile qui cachait à ses contemporains mêmes la conduite circonspecte et presque impénétrable de Guillaume le Taciturne. Chef de l'opposition nationale, il a pu connaître, comme il a pu ignorer bien des projets conçus par une jeunesse exaltée ; mais rien ne prouve cependant que, à cette époque, il ait encouragé des actes de violence et de rébellion '.

' Lettre française de la duchesse au roi, du 9 janvier 1o6G, dans la Correspondance de Marguerite d'Autriche, duchesse de Parme, p. 13. — Strada, liv. y. — Correspondance de Philippe II, t. II, pp. 534— 'ioO.

^ Archives de la maison d'Orange, t. II, p. 13.

^ Un personnage qui connaissait parfaitement les seigneurs des Pays-Bas, disait de Guillaume : « Le prince, dans l'opposition, procède avec plus de finesse que d'Egmont : il a plus de crédit en général et en particulier, et, si

20 i.rs PAYS-HAS sous Philippe ii.

Louis deNassnu s'était rendu à Anvers non plus pour s'emparer de la ville, mais pour se concerter secrètement avec les ministres luthériens et calvinistes , principalement avec Junius, qui rédigeait alors un écrit contre Tinquisition ' . Lui-même fut, selon toutes les apparences l'auteur d'un placard affiché, pendant la nuitdu 22 au 23 décemhre, dans plusieurs des rues d'Anvers'. Dans cette proclamation, on alléguait , au nom de la bourgeoisie, que l'introduction de l'inquisition violerait les privilèges de la cité et consommerait sa ruine. On y requérait le magistrat de faire citer le roi devant la chambre impériale pour mettre obstacle à ces violences ; Anvers, disait-on, étant compris dans lecin- 'quième cercle de l'Empire et contribuant à ses charges, devait aussi jouir de ses libertés. On y déclarait , enfin, que si quelque émeute survenait par suite de l'introduction de l'inquisition , on ne pourrait la considérer comme rébellion.

Le magistrat, ayant saisi un de ces placards ot craignant effectivement des troubles, envoya en tonte hâte un de ses membres auprès de la gouvernante pour lui faire connaître lescramtes qui l'obsédaient. Accompagné de deux autres députés delà ville, il fut introduit dans le conseil d'État réuni sous la présidence de la duchesse. On y taxa de calomnie le bruit qui attribuait au roi lintention d'introduire l'inquisition à Anvers. On communiqua ensuite aux députés les ordres du monarque, pour quils eussent à .s'y conformer; on se borna h ajouter verbalement au

on pouvait le gagner, on s'assurerait de tout le reste. » Armenteros à Gonçalo Ferez, 11 janvier 1566, dans la Correspondancp de Philippe II, t. I<t, p. 391.

' .lunius dit lui-même, à propos du voyage de Louis de Nassau à Anvers : «... deoratione quadam per me scripta ad Hispaniarum regem pro libertate » publira et abrogatione Inquisitorii edicti nobiscum rlanculum contu- >■ lerat. » Scriniimi anliquariuiv, t. I''', p 243.

2 Archives de la waim» d'Oronge, t. H, p. 10.

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mot inquisition qu'il s'agissait de l'inquisition usitée^ et au commandement de prêter assistance aux inquisiteurs «i comme on était jusqu'alors accoutumé de faire. » Les députés, très-surpris, répondirent qu'ils n'étaient point autorisés à recevoir ces ordres; mais que, si on voulait les leur donner par écrit, ils en informeraient le magistrat. Ils reçurent l'écrit qu'ils demandaient et retournèrent à Anvers, où le magistrat convoqua l'assemblée générale des corps de métiers. Bien qu'il s'efforçât d'atténuer, par diverses interprétations, les résolutions souveraines, il ne réussit point à calmer les inquiétudes de la commune. On avait déjà commencé d'ailleurs à visiter les divers quartiers de la ville et à s'informer des gens suspects d'hérésie. Le peuple se persuadait que c'était un acheminement vers l'inquisition, dont le nom seul était à tous en telle exécration que personne , de quelque religion qu'il fût, n'en pouvait entendre parler '.

Ce sentiment d'horreur se manifestait dans toutes les provinces ^ Le malaise, produit par la cherté des grains, contribuait à augmenter l'inquiétude et le mécontentement du peuple ' . On était persuadé, d'un autre côté, que le roi lui-même arriverait bientôt dans les Pays-Bas, avec des troupes étrangères pour y implanter l'inquisition, ravir aux habitants leurs privilèges et leur imposer

' Grande chronique de Hollande, t. II, p. 53.

^ C'est ce qu'atteste une lettre écrite au cardinal de Grauvelle par Antoine Havet, évêque de Namur et confesseur de la duchesse de Parme. Correspondance de Philippe II, t. !«»■, p. 383.

^ Le 3 novembre 1565, la régente mandait au roi que la licence qu'il avait donnée pour l'extraction d'Espagne de 130,000 fanègues de grains destinés à pourvoir à la disette qu'éprouvaient les Pays-Bas , avait causé une grande satisfaction aux seigneurs. Elle demandait que cette faveur fût rendue complète par l'affranchissement de tout droit des grains exportés : on pourrait ainsi les vendre à meilleur compte, et l'on ôlerait par là au peuple un motif de soulèvement. Correspondance de Philippe II t. b'\ p. 378.

22 LES PAYS-nAS SOL'S PHlI.lPPt: It.

un gouvernement absolu. Cette conviction était fortifiée par les levées qui se faisaient en Allemagne pour le compte du roi, et notamment par les préparatifs du duc Éric de Brunswick, que l'on savait aux gages de Philippe II et qui résidait à Woerden, seigneurie dont il était possesseur '. Soit qu'ils comptassent sur la venue prochaine du souverain , annoncée par les lettres du cardinal de Granvelle à ses partisans, soit qu'ils voulussent braver le mécontentement général et intimider les populations, les inquisiteurs menaçaient du haut de la chaire tous ceux qui s'étaient rendus suspects par leur tiédeur ou par leur prédilection [lour les doctrines nouvelles. De semblables menaces furent proférées à Anvers, à Tournai, à Lille, à Valenciennes , dans l'Artois, dans leBrabant, dans la Flandre et dans la Hollande. On disait que les citoyens les plus considérables et les plus riches surtout, tant de la noblesse que de la bourgeoisie, étaient inscrits sur les mémoriaux des inquisiteurs. Ces bruits alarmants portèlent au comble les inquiétudes des [)0i)ulations industrielles et commerçantes '. On entendit des gens presque désespérés .s'écrier publiquement qu'ils vendraient leurs n)aisons et leurs héritages,

' En Allemagne, cependant, les princes protestants étaient convaincus que les levées ordonnées par Philippe II , et qui consistaient en quatre régiments, avaient pour but de défendre les côtes d'Italie contre les Turcs. Lettre du landgrave de Hesse au prince d'Orange, du 26 février 1306. Archives de la maison d'Orange-Nassau, t. II, p. 33.

- « ... Là dessus on oyoit de tous costés les vanteries et menaces des inquisiteurs, prestres et moynes, si avant qu'ils osoyent bien noter, voire et nommer en la chaire, jusque aux plus apparents de par-deçà... En outre couroit un bruit fort constant de tous costés de l'appareil des gens tant à pied qu'à cheval, que faisoit le duc Eric de Brunswick, afin, comme l'on disoit, de venir par-deçà, pour y planter l'Inquisition à force ouverte... et que tout cela tendoit à l'exécution de certain dessein, longtemps auparavant projeté par le cardinal de Granvelle, de réduire ce Pays-Bas eu pays de conqueste... » Vraye narration et apoloyie des choses passées au Pays-

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et qu'ils iraient chez les étrangers clierciier la liberté qu'ils avaient perdue dans leur patrie. Déjà plusieurs marchands des plus opulents avaient quitté le pays ; bientôt en Flandre, à Tournai , à Valenciennes et dans les localités voisines, les simples artisans abandonnèrent aussi leurs foyers et émigrèrent en si grandes troupes que l'on s'en ressentit non-seulement par la diminution du produit des gabelles et des octrois, mais encore par l'aspect presque désert que présentaient plusieurs gros bourgs et villages. En janvier 1 566, il y avait plus de trente mille émigrants à Londres, à Sandwich et dans les environs. Déjà la draperie anglaise, activée par les ouvriers émigrés, s'étendait et prospérait au détriment delà draperie belge. Toutes les semaines arrivait de Sandwich à Anvers un navire chargé de ces étoffes, qui naguère étaient exportées d'Anvers à Londres. On évaluait, enfin, à cent mille le nombre des habitants qui avaient abandonné leurs foyers et cherché un asile en Angleterre, en France, à Genève, dans les cités des bords du Rhin ou dans les villes anséatiques '.

Bas, touchant la religion en l'an MDLXVI, par ceux qui font profession de la religion réformée audit pays (imprimé en 1567), p. 39.

' Correspondance de Philippe 11 (lettre du conseiller d'Assonleville au cardinal de Granvelle, 15 janvier 4566), t. h^, p. '392. — » Que si tant seulement on regarde la multitude de ceux qui se sont retirés en Angleterre, tant à Londres qu a Sandwich où ils ont leurs assemblées publiques eu nombre infini : puis qu'on se tourne vers ceux qui se sont retirés en France, aussi en très-grand nombre : de là qu'on fasse monstre de ceux qui sont à Francfort, à Strasbourg, à Heidelberg, Franckendal, Cologne, Aix, Dousbourg, Emden, Genève, Hambourg, Bremen et autres villes d'Oostlande, certainement j'estime qu'on en trouvera plus de cent mille... « Confession de foy fies prolestants des Pays-Bas, dans la Grande chronique de Hollande, t. II, p. 83. — De même, on lit dans la Vraye narration et apologie des choses passées aux Pays-Bas : « Plusieurs des marchands, voire et es plus apparents, avoient déjà troussé bagage, pour s'exempter

Le découriigement toutefois n'était pas général. Quelle que fût la puissance de Philippe II, tous les habitants des Pays-Bas ne se montraient pas disposés ou à quitter leurs foyers ou à se soumettre. Les protestations énergiques des gouverneurs avaient encouragé et les ministres des diverses confessions, dont l'influence était grande sur une partie du peuple, et surtout la noblesse inférieure qui se proposait de refréner, par une imposante manifestation, l'oppression religieuse, cause principale de cette intolérable situation. Plus de cinq mille pasquilles ou libelles avaient été répandus, avec une promptitude incroyable, dans les provinces pour exhorter les citoyens à défendre avec constance les antiques libertés des Pays-Bas. Ces écrits patriotiques étaient affichés aux portes des hôtels de ville et des habitations de la noblesse. Le 19 janvier, une de ces pasquilles fut même glissée dans les mains de la gouvernante au moment où elle se rendait à la messe. Les promoteurs de cette agitation comptaient d'ailleurs sur l'appui des huguenots français et sur l'assistance des princes protestants d'Allemagne , avec lesquels ils correspondaient. Les plus audacieux ne craignaient pas dédire publiquement qu'il ne leur manquait qu'un chef pour s'opposer aux ordres du roi et faire observer les privilèges du pays '. Le chef naturellement désigné était Guillaume de Nassau. Mais, incapable encore de surmonter ses hésitations et de marcher résolument vers le but qu'il avait en vue, le prince d'Orange n'abandonnait

d'une telle violence et oppression par exil volontaire : plusieurs aussi s'estoient déjà retirés et les mestiers se trausportoient de tous costés ; et singulièrement de Flandre, Tournay, Valenciennes et autres lieux circonvoisins, par si grandes troupes que non-seulement l'on s'en apercevoit à vue d'œil et s'en ressentoit-on à la diminution des imposts et gabelles, mais aussi l'on voyoit ouvertement que plusieurs bourgs et villages s'en alloyeiit du

tout déserts »

' Strada, liv. V. ~ Correspondance de Philippe II, t. 1-r, p. 39?.

i.iVRii X (IbGC). 25

point son attitude expectante ; tout en refusant de prêter les mains à Texécution des derniers ordres du roi, il ne croyait pas le moment venu de prendre l'initiative d'une opposition révolutionnaire. Son frère Louis était retourné en Allemagne au commencement de l'année. Le prince le chargea d'exposer au duc de Saxe et au duc de Wurtemberg la situation des Pays-Bas et de leur demander des conseils. 11 ne dissimulait point que les derniers ordres du roi, qu'il attribuait à la haine des Espagnols, avaient tellement aliéné les cœurs des sujets dans ces provinces qu'il fallait craindre quelque tumulte ou révolte, u Ce «i que, pour notre part, disait-il, nous voudrions bien empes- « cher, sachant fort bien, que si un tel changement avenoit, <i nous en serions la première victime; mais nos remontrances, « bien qu'elles procèdent de bon cœur, pour éviter toute com- « motion et empescher que le sang de tant d'innocents soit ré- « pandu, nos remontrances sont interprétées tant par le roi que « par ceux de son conseil comme demi-rébellion et désobéissance, 11 de sorte que nous nous trouvons en grand'peine. D'un côté, si « nous gardons le silence, la ruine du pays est évidente ; d'autre « part, si nous élevons la voix, nous nous exposons au méconu tentemeut du maître et au reproche de contrevenir à notre «i devoir. » Comme le prince se croyait directement menacé par les levées que faisait le duc Éric de Brunswick, il recommandait à son frère de s'enquérir de la vérité. Il le chargeait aussi de se procurer de l'argent pour empêcher plus sûrement les desseins des Espagnols '.

La circonspection du prince d'Orange ne s'accordait plus avec l'enthousiasme qui agitait cette partie de la noblesse, dont les véritables représentants s'étaient réunis, au mois de novembre,

' Lettres du 25 janvier et du 10 février 1566. — Anhiocs de la maison d'Orange, t. II, pp. tt et 26.

26 Ll.S PAYS-BAS SOUS PHILIPPIN U.

ù l'hùtel de Culembourg. L'idée émise alors par Jean de Marnix, sous l'inspiration de Louis de Nassau, avait fructifié. Son frère, Philippe de Marnix, seigneur du Mont- Sainte -Aldegonde ' , réalisa ce projet patriotique. C'était déjà un penseur éminent et un écrivain de premier ordre. Devant lui allait s'ouvrir une carrière pleine de gloire et de périls : il ne faillit point à sa destinée et fut, après Guillaume d'Orange, le principal fondateur de la république des Provinces- Unies. Animé d'une haine profonde contre le fanatisme religieux qu'il considérait comme la source de tous les maux, plein d'enthousiasme pour les doctrines nouvelles qui lui avaient été enseignées par (lalvin et Théodore de Bèze eux-mêmes, ce n'était pourtant pas au nom des réformés qu'il invoquait la tolérance : c'était au nom et dans l'intérêt des catholiques dont les inquisiteurs, par leurs violences, compromettaient la cause. 11 montrait dans l'oppression religieuse l'anéantissement de toutes les libertés et la perte même du catholicisme. D'une main virile, il traça la première charte du parti national.

L'acte définitif de la Confédération fut rédigé au château des Nassau à Breda, oîi Philippe de Marnix s'était rendu avec huit autres gentilshommes, braves , intrépides et dévoués, comme lui, aux libertés du pays \ Ces complices delà tolérance étaient •

' Né à Bruxelles en 1.538 de Jacques de Marnix, baron de Pottes, seigneur de Thoulouse, et de Marie d'Emméricourt , dame du Mont-Sainte- Aldegonde, seigneurie située en Hainaut. Voir sur l'origine de Marnix, le travail biographique d'Edgar Qlinet (Bruxelles, -1804), pp. 14-13.

' Nous nous appuyons ici sur la version de Strada,eQ la conciliant avec le témoignage de Junius, rapporté par Brandt. Nous croyons donc que le projet fut suggéré à Bruxelles et converti en un acte formel dans la réunion de Breda. « En 1567, dit Strada, Marguerite ayant envoyé, par l'ordre du loi, des commissaires dans les provinces pour rechercher ceux qui avaient fomenté cette conjuration, ils trouvèrent beaucoup de lettres secrètes, beaucoup d'instructions et de mémoires qu'ils firent recueillir. Je me servirai en partie de ces instructions et en partie des autres témoignages. » —

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Jean de Marnix, seigneur de Thoulouse ; Nicolas deHamines; Christophe de Leefdael, gentilhomme attaché au comte dEgmont; Baron, qui descendait vraisemblablement de la famille de Baronaige, illustre en Flandre; Adrien de Berges, Se"" de Dolhain, qui commanda plus tard les gueux de mer ; le baron de Liberchies, Ghistelles et Meinser, trois patriotes dont le nom seul a été conservé par l'histoire.

L'acte mémorable, rédigé par Philippe de Marnix, était conçu en ces termes : k II est avéré que certains personnages pervers, <i cauteleux et malicieux , prétehdant faussement le grand zèle « qu'ils ont pour le maintien de la foi catholique et de l'union « du peuple, mais en réalité cherchant à rassasier Irur insatiable i< avarice et ambition, ont, par leurs paroles enmiiellées, si bien « su persuader le roi, notre sire, que, nonobstant les remon- « trances contraires qu'on lui a faites, malgré ses serments

En 1568, quand le procureur général du conseil des troubles cita le prince d'Orange, celui-ci fut désigné comme le principal auteur de la Confédération. Le prince répondit dans sa Justification que la Confédération avait été faite sans son aveu et a son insu ; qu'il n'en eut connaissance que quinze jours avant que les confédérés se rendissent en cour... Dans cette hypothèse, ce serait le comte Louis de Nassau qui aurait désigné le château de Breda pour la rédaction définitive du Compromis. Mais à quelle époque eut lieu la réunion des premiers confédérés à Breda? Si l'on connaissait la date exacte de cette réunion, bien des doutes seraient dissipés quant à l'abstention du prince d'Orange. Pour nous, il nous semble probable que la réunion de Breda eut lieu en janvier, après le départ de Louis de Nassau pour l'Allemagne; car s'il eût été encore dans le pays, il se fût joint très-certainement à ses amis. Mais il reste à savoir si Guillaume lui-même était déjà à Breda à cette époque. S'il y était, sa dénégation devrait paraître suspecte. 11 n'est pas vraisemblable qu'on lui eût caché un acte aussi grave, accompli dans sa maison. Quoi qu'il en soit , quand le prince eut connaissance du Compromis, il crut devoir d'aboid blâmer cette démarche décisive de la noblesse.

« et contre l'espérance en laquelle il nous avait toujours entre- «c tenus, il prétend maintenir et renforcer les placards et nous « imposer par force l'inquisition. L'inquisition ! Elle est non-seu- " lement contraire à toutes les lois divines et humaines, mais « elle surpasse toutes les cruautés que jamais ont pratiquées les « plus cruels tyrans, infidèles et païens ! Elle ne peut servir « qu'au grand déshonneur du nom de Dieu, et à la ruine totale <c des Pays-Bas, parce qu'elle met toute autorité et juridiction «> sous la puissance des inquisiteurs, supprime toute droiture, <i affaiblit entièrement l'autorité des anciennes lois, enlève toute « liberté d'opinion aux états du pays, rend non-seulement les « bourgeois et habitants perpétuels et misérables esclaves des <i inquisiteurs, gens de néant, mais assujettit même les magis- « trats, officiers et toute la noblesse à la rigueur de leurs visites. <i Par là, la sainte foi catholique serait mise en péril, et compro- « mise aussi la majesté du roi, notre seigneur : il pourrait être «I même en danger de perdre l'héritage de ses aïeux par la sta- >' gnation du commerce, la désertion des métiers, Taffaiblisseit ment des villes frontières, les séditions continuelles du peuple. «'C'est pourquoi nous soussignés, ayant toutes choses bien " pesées et mûrement considérées, avons estimé et estimons, «( comme fidèles vassaux du roi, qu'il est de notre devoir d'obvier « à ces inconvénients, et par bons moyens pourvoir à la sûreté « de nos biens et de nos personnes, afin de ne pas être exposés Il en proie à ceux qui, sous prétexte de religion, ou inquisition, « voudraient s'enrichir aux dépens de nos biens, de notre sang « et de notre vie. En conséquence, nous faisons une bonne, «1 ferme et sainte alliance, nous obligeant et promettant l'un à <i l'autre, par serment solennel, d empêcher, de tout notre pou- <i voir, que ladite inquisition ne soit maintenue ou reçue de •1 quelque manière que ce soit, publiquement ou secrètement. Il ou sous n'importe quelle couleur, Visitation, {ilacards, mande-

LiviiE X (HiCG). 2'J

<( ments ; mais, autant qu'il sera en nous, do l'abolir et de l'extir- « per comme la source de tout désordre et injustice ; protestant «1 néanmoins, devant Dieu et devant les hommes, en bonne foi « et conscience, que nous n'entendons aucunement entreprendre « chose qui pourrait tourner au déshonneur de Dieu ni à la dimi- <■' nution de la grandeur du roi et de ses États ; mais, au contraire, <i que notre intention est de maintenir le roi en son état, de con- « server tout bon ordre, de résister, autant qu'en nous sera, h «1 toute sédition, tumulte populaire, ou révolte. Nous avons pro- <! mis et juré, promettons et jurons d'entretenir saintement et <i inviolablement cette confédération et à toujours, tant que nous «1 vivrons dans ce monde. Nous prenons le Dieu tout-puissant «1 pour témoin que, de fait, ni de parole, directement ni indirec- <c tement, de notre su ou volonté , n'y contreviendrons d'une « façon quelconque. Et, pour ratifier cette alliance, la rendre «' stable et ferme à jamais, nous promettons l'un à l'autre toute «1 assistance de corps et de biens, comme frères et fidèles com- <: pagnons, afin que nul d'entre nos confédérés ne soit recherché, « tourmenté ou persécuté d'une façon quelconque, pour aucun <i cas procédant de ladite inquisition, ou fondé sur les placards « fendants à l'établir, ou bien à cause de la présente confédéra- <i tion. Dans le cas oii un de nos confrères serait persécuté ou <i molesté, nous promettons à Dieu de venir l'assister en tout et « partout, de corps et de biens, sans rien y épargner. Nousspé- <i cifions bien expressément qu'il ne servira de rien, pour nous «' exempter de notre devoir, que les persécuteurs voulussent «1 couvrir leurs persécutions de quel(]ue autre prétexte, comme '1 s'ils entendaient-punli'la rébellion; car nous maintenons que, « en tel cas, on ne peut prétendre crime de rébellion, le fait pro- 'I cédant d'un saint zèle et louable désir de maintenir la gloire <i de Dieu, la majesté du roi, et le repos public, avec l'a.ssurance Il de nos corps et biens, et la défense de nos familles. Toutefois,

50 i.p.s PAVs-iiAS sors piiimppf. ii.

«i nous onleiulnns et promettons l'un à l'autre que chacun de <! nous, en semblables exploits, se rapportera à l'avis commun <. de tous les frères et alliés, ou de quelques-uns, lesquels à ce .< seront délésnés, afin que cette union soit toujours saintement «1 entretenue, et que ce qui se fera par commun accord soit plus <i ferme et valable. En témoignage de cette confédération, nous « invoquons le très-saint nom du Dieu vivant, créateur du ciel et «1 de la terre, comme juge et scrutateur de nos cœurs, con- <t sciences et pensées, et comme celui qui connaît que tel est <i notre désir et résolution ; le suppliant humblement qu'il lui « plaise nous maintenir en ferme constance et nous douer de <i l'esprit de prudence et de discrétion, de telle sorte que notre « dessein puisse avoir une bonne et heureuse issue, conforme à «! la gloire de Dieu, au service du roi, au bien et au salut public. « Ainsi soit-il '. »

Rien ne fut épargné par les premiers confédérés [)our reciieil-

' Conservant autant que possible les expressions originales, nous avons donne l'acte de la Confédération d'après Le Peut, t. H, p. 88, et d'après une copie des archives de la Haye, qui porte les signatures de H. de Bréderode, Ch. de Mansfeld et Louis de Nassau ; elle est insérée dans le recueil de M. Groen van Prinsterer , t. II, p. "2. — Ce traité , dit Strada, fut appelé vulgairement Compromis, soit à cause des promesses mutuelles, soit à cause des promesses de plusieurs. Il fut imprimé en plusieurs langues sous ce titre ; « Copie du traité des grands et des nobles des Pays-Bas contre l'inquisition d'Espagne qu'on veut introduire dans ces provinces. » — Dans les charges énoncées plus tard par le procureur général du conseil des troubles contre les comtes d'Egmont et de Hornes, comme protecteurs et complices des confédérés, il est dit que le Compromis était une offense à l'honneur de Dieu et un outrage au Roi, car on y déclarait ;> que « l'inquisition coulient en soy tyrannie surpassant toute barbarie, qui sont '< paroles infâmes et indignes d'être pensées. » Le Compromis était aussi considéré comme conspiration et ligue de rébellion contre la souveraineté du Roi. Siipplemnit n Strada, t. I", p. .31.

LivnE X (I5GG). Jîl

Jir des adhésions au Compromis. Us insinuaient dans ce but que leur association avait été concertée avec les seigneurs les plus éminents ; que le prince d'Orange, le comte d'Egmont, le marquis de Berghes et plusieurs autres des principaux membres de la ;

noblesse en étaient les auteurs secrets; mais qu'ils ne se découvriraient que dans le moment où ils le pourraient avec plus d'utilité pour la cause commune '. Les agents les plus actifs de la Confédération étaient Nicolas de Hammes et Bernard de Mérode, S' de Rumen et de Waroux, lieutenant de la bande d'ordonnances du comte de Hornes v Ils parcouraient le pays pour y recruter des partisans, et leurs efforts ne restèrent pas stériles. Au mois de !

mars, on évaluait déjà à deux mille le nombre des citoyens qui |

étaient entrés dans la ligue contre l'inquisition '. Les catholiques

' Ce bruit s'accrédita; et. dans des lettres venues d'Espagne, de Germanie, de France et d'Angleterre, Orange, Egmont, Hornes, Montigny, de Berghes et Hoogstraeten furent réellement considérés comme les auteurs secrets du Compromis. Fl. VAiNOER Haer, De initiis tuinultuum belgicorum, lib. II, p.?03.

^ Dans la sentence rendue contre N. de Hammes, le 18 mai loGS, on l'accusait d'avoir, ^> environ le mois de décembre xv^ lxv, « arrêté, signé et juré le Compromis à Bruxelles, en sa maison, et d'avoir attiré dans cette conjuration plusieurs adhérents. Ces allégations démontrent de nouveau, par leur caractère un peu vague, que le gouvernement espagnol ne sut jamais la vérité tout entière sur l'origine et l'époque précise de la formation du Compromis.

^ Un écrivain hollandais du siècle dernier, .f. W. Te Water , a fait de longues recherches dans les ouvrages contemporains et dans les archives de la Haye, pour former une liste aussi exacte que possible des signataires et adhérents du Compromis. Mais de grandes lacunes n'ont pu être comblées. Te Water répète que le Compromis fut signé par deux cents nobles de toutes les provinces et principalement de celles qui formèrent depuis la république des Provinces-Unies, à l'exception de la Zélande. Voir Historié van het verbond en de smeekschriften der nederlandsche edelen, ter verki'ykingevan vryheid in den godsdienst en biirgerstaat, in dejaaren i 56.5-1 567

aussi bien que les protestants, les roturiers comme les nobles donnaient leurs signatures. Les adhésions relativement les plus nombreuses émanèrent de la noblesse frisonne.

Il fut rapporté à la duchesse de Parme que les auteurs du Compromis pouvaient compter sur l'appui du duc de Clèves, des princes de Saxe, du comte de Schwartzbourg et de l'amiral de Coligny ; qu'ils seraient également soutenus par la reine d'Angleterre et même par quelques abbés des Pays-Bas '.

Cependant les promoteurs de la Confédération voyaient avec déplaisir les irrésolutions des seigneurs du conseil d'État. C'était un obstacle qui les empêchait d'avancer. Ils flottaient entre divers projets, lorsque, vers la fin du mois de février, N. de Hammes, Bernard de Mérode, Je S' de Dolhain, le S' de Louverval (Philippe de Moulbais), Jean de Marnix et Christophe de Leefdael se réunirent pour prendre enfin une détermination. Dans cette réunion, il fut décidé que l'on forcerait le roi à réunir les états généraux, qui auraient pleine puissance. Ce plan était d'une grande hardiesse; peut-être eùt-il prévenu une révolution, mais peut-être aussi eùt-il hâté l'explosion de la haine du peuple contre la domination espagnole. Bréderode, à qui tous les détails du plan furent révélés, y donna une adhésion sans réserve. Une communication moins complète fut faite au prince d'Orange. Il désapprouva l'entreprise, la jugea impraticable et

(Middelbourg, 1776), t. I*"'', p. 189. Cependant, dan.s cet ouvrage même, nous avons recueilli plus de quatre cents adhésions, presque toutes émanées de gentilshoTimes. Beaucoup de ces nobles périrent sur l'échafaud ou dans l'exil ; d'autres, plus heureux , prirent une part glorieuse à la guerre de l'indépendance et à la fondation de la république hollandaise.

' Bentivoglio, liv. il. — Strada, liv. V. — Relation d'Andrelec, majordome mayor du comte de Meghem, à la duchesse de Parme II rempli.ssait l'office d'espion et était payé comme tel. Correspondance de Philippe II, t. I", pp. .399 et 401.

déclara que les nllids se faisaient illusion ; que, du reste, il n'était pas encore d'opinion d'avoir recours aux armes, sans lesquelles il serait impossible de mettre le projet à exécution. X. de Hammes conjura Louis de Nassau de hâter son retour afin de stimuler les seigneurs. ~ " Quoi, disait-il avec amertume, ils veulent que nous n'opposions que des remontrances, des requêtes, des paroles enfin, à la rage de ces hommes qui ne cessent de brûler, de couper des tètes et d'exiler; qu'ils tiennent l'épée, tandis que nous, nous n'aurions que la plume pour leur résister ; qu'ils se réjouissent de nos maux, tandis que nous, nous verserons des larmes ! Ils repoussent même le moyeu d'arrêter nos persécuteurs sans trouble, sans difficulté, sans effusion de sang, sans guerre ! Les états généraux, a\ ec pleine puissance, c'est le seul remède à nos maux ; nous avons en notre pouvoir le moyen de les faire assembler, mais on ne veut pas être guéri '. » — Enfin, les promoteurs de la Confédération, mécontents des chefs de la noblesse, songeaient au moyen de se passer de leur concours, lorsque, au retour de Louis de Nassau, l'opposition prit une allure moins Aiolente. mais plus décidée.

Pour activer et régulariser le mouvement de résistance , il fallait obtenir sinon la participation, du moins l'approbation formelle ou tacite de la haute noblesse. Depuis que la gouvernante leur avait communiqué les ordres du roi pour qu'ils eussent à les exécuter, les seigneurs, qui s'étaient naguère signalés par leur opposition contre le cardinal de Granvelle, avaient résolu de ne pas s'exposer aux malédictions que susciterait un redoublement de sévérité contre les dissidents religieux. Le prince d'Orange s'était retiré à Breda et avait, comme on l'a vu, offert la démis-

' Voir, dans les Archives de la maison d'Orange, t. II, pp. 34-38, la lettre adressée de Breda, le 27 février 1.56(5, par N. de Hammes. au comte Louis de Nas.sau, encore en Allemagne.

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