‹ Histoire de la révolution des Pays Bas sous Philippe IIChapitre 31 sur 159 · LIVRE xii (irj(J · texte numérisé non relu

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pour faire connaître au prince d'Orange ces premières tentatives fies sectaires et le conjurer de revenir à Anvers. Mais il n'aurait pas fallu se borner à implorer l'intervention du prince d'Orange; des mesures promptes et énergiques auraient dû être prises pour prévenir les désordres qu'il était impossible de ne pas prévoir. Or le magistrat ne publia ni proclamations ni défenses ; il ne mit ni gardes ni guet dans les rues; enfin, il n'ordonna même point de tenir fermées les portes de la cathédrale. Aussi, le 20, la populace hérétique, surexcitée par les prédications des ministres, et particulièrement du calviniste Herman Modet, se trouva-t-elle de nouveau vers le soir dans l'église de Notre-Dame , et , cette fois, munie d'armes et d'instruments pour dévaster le temple. Le margrave, accouru avec ses archers, ne se crut pas en état d'expulser les assadlants, et, aux approches de la nuit, il se retira, laissant la riche église au pouvoir delà populace, qui pouvait librement sortir et entrer par une des portes qu'il avait laissée ouverte '.

Quand les iconoclastes se virent maîtres de la cathédrale, un d'entre eux entonna les psaumes de Genève, et ce chant fut comme le signal du saccagement '. Ils commencèrent par briser

' Wesenbeke, La description, etc., p. 231; — Grande chronique âe Hollande, t. II, pp. \\%-\\^; — Strada, lib. V.

* D'après la justification manuscrite du magistrat de la ville d'Anvers, citée par M. Gachard, dans la Correspondance de Guillaume le Taciturne, j

t. II, p. LUI, H. Modet aurait été, par ses prédications, l'instigateur de la î

dévastation de l'église de Notre-Dame. La version donnée sur ce point par ;

D. Papebroch est plus explicite encore que la déclaration du magistrat : « ... Paulo posl advenit princeps calvinistarum, doctor Hermannus, quibusdam complicibus sociatus; iterumque et iterura exclamans Vivant Gheusii, perrexit in pulpitum, ubi post Psalmos aliquot, more suo contra idolatriam debacchatus, mandavit ut omnes imagines figuraeque sanctorum eorumque ornatus eliminarentur ab ecclesiis. Dictum factum.... » Annales Antverpienses, t. III, p. 67. D'après la version protestante, ce fut II. 12

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les clôtures de la chapelle de la Vierge et renversèrenf de son piédestal l'image célèbre qui paraissait surtout exciter leur fureur. Ils coururent ensuite dans les autres parties de l'immense cathédrale, brisant avec des cognées les autels et les statues, et lacérant les tableaux avec leurs épées. Des courtisanes , mêlées aux iconoclastes, avaient pris les cierges qui étaient sur les autels pour éclairer ces scènes hideuses. Quelques-uns des briseurs d'images , montés sur les autels même, en brisaient les tables et jetaient par terre les vases sacrés ; d'autres rompaient les orgues à coups de bâton. De même que les iconoclastes de la Flandre , ceux d'Anvers descellèrent aussi les dalles sépulcrales pour fouiller les tombeaux. Ils osèrent mémo porter leurs mains sacrilèges jusqu'au lieu où était le saint sacrement et le foulèrent aux pieds. D'autres frottaient leurs souliers avec les saintes huiles, tandis que, plus loin , des bandits encore plus audacieux remplissaient de vin les ciboires et les calices et se servaient des coupes sacrées pour augmenter leur ivresse. Quatre heures suffirent enfin à une centaine de forcenés pour dévaster de fond en comble cette grande et riche église, tout rayonnante d'or et d'argent, toute pleine de statues et de tableaux , et décorée de plus de soixante et dix autels '.

.sur l'invitation du magistrat que Herraan Modet se rendit à la cathédrale déjà envahie, afin que, usant de son influence sur les sectaires, il arrêtât le saccagement. Toujours d'après cette version, Herman Modet monta eu chaire et exhorta les briseurs d'images à cesser leurs dévastations; mais sa voix ne fut pas écoulée. Voir Recueil des choses advenues en Anveis tonchant le fait de la religion en l'an MDLXVl, par un ministre de l'église wallonne d'Anvers.

' D'après Strada la cathédrale d'Anvers était alors la plus renommée et la plus grande de l'Europe ( in templo per Eiiropam celeberrimo , amplitudine maximo ). — Quant au nombre des pillards , voir surtout Correspondance de Marguerite de Parme, etc., pièce XLI«. — D. Papebroch dit : « ... Confluxit ingens turba puerorum atque infimae faecis hominum... »

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Le succès ayant encouragé les iconoclastes , il sortirent . à minuit, de la cathédrale dévastée, pour continuer ailleurs leurs actes d'impiété et de vandalisme. Éclairés par des torches et poussant le cri de : « Vivent les gueux ! » afin de rallier d'autres bandes, ils brisaient les croix et renversaient les statues qui décoraient les rues ou le devant des maisons ; envahissaient les églises, les chapelles ou les monastères ; terrifiaient les moines par leurs menaces; obligeaient les religieux à se réfugier chez leurs parents, et profitaient de l'épouvante générale pour achever leurs actes de brigandage. Les plus belles églises et les plus grands monastères d'Anvers furent ainsi saccagés avant le lever du soleil.

Les briseurs d'images ne rencontraient aucune résistance ni de la part du magistrat , ni du côté de la bourgeoisie. Les serments avaient pris les armes, à la vérité ; mais ils se bornèrent à occuper l'hôtel de ville , où se tenait le magistrat, ainsi que le marché et ses avenues. Les catholiques étaient dans la consternation ; les chefs des sectaires, sur qui devait bientôt retomber la responsabilité de ces désordres, en profitaient tout en les blâmant et en cherchant enfin à les arrêter. Herman Modet s'em- ])ara de l'église de Notre-Dame et, le 22, il y prêcha en flamand, le matin et l'après-midi , devant un concours immense d'auditeurs. Le matin, il fit une brève remontrance au peuple, « pro- <c testant en premier lieu que ce brisement des images avoit

Annales Antverpienses, t III, p. 66. Un témoin oculaire, R. Clough, facteur ou correspondant de Thomas Gresham, à Anvers, déclare que dans quelques églises il n'aperçut pas plus de dix ou douze individus positivement occupés à cette œuvre de destruction ; tous appartenaient à la plus basse classe; mais ils étaient entourés d'un grand nombre de spectateurs et d'espions (but there were many in the church lookers-on , — as some thought, setters-on). » The life anrj times nf sir Thomas Gresham, t. II, pp. 137-139.

<c été fait sans le sceu des ministres et autres commis en la con- «1 duite de l'église, désadvouant en second lieu et détestant les « pilleries, larcins et autres insolences qui étoient ensuivies, et « exhortant ceux qui avoient quelque pillage et larcin , de le « porter au magistrat '. » Le magistrat et le conseiller pensionnaire Wesenbeke voulurent empêcher que le ministre calviniste ne s'emparât une seconde fois de la chaire de la cathédrale, dans l'après-midi : des gens avaient été apostés expressément aux carrefours et aux portes du temple pour informer le peuple que la prédication n'aurait pas lieu. Mais la foule ayant réclamé à grands cris Herman Modet, celui-ci remonta en chaire, où il fit une assez longue exhortation , tendante au même but que la prédication du matin '. Le lendemain, Jean Tafïin, ministre de l'église wallonne, après avoir cédé, le 22, aux remontrances du conseiller pensionnaire Wesenbeke . tint également un prêche dans l'église du Bourg ^

' Recueil des choses advenues en Anvers, etc.

2 Ibid.

* Wesenbeke, de retour à Anvers le 22 de grand matin, fut requis par le magistrat d'employer ses efforts pour empêcher les prêches déjà annoncés par les ministres calvinistes. Herman Modet devait prêcher en flamand en l'église de Notre-Dame, à huit heures du matin, et Jean TafRn en français, dans la paroisse du Bourg, à dix heures. Celui-ci, sur les observations du conseiller, renonça à son projet, mais il était trop tard pour arrêter l'autre. Herman était déjà en chaire lorsque Wesenbeke, qui avait rencontré TafBn dans le cimetière, survint dans l'église remplie de peuple. Ayant fendu la foule jusqu'à la chaire, Taffin y monta « disant à Hermannus que le conseiller, lequel il lui monstra en bas de la chaire, luy venoit requérir, au nom du magistrat, de vouloir suppercéder de sa presche, lequel respondist qu'il n'esfoit possible de faire partir le peuple sans turbation si l'on ne luy dist rien, néanmoins feroittout ce que pourroit, et en lieu de sa proposée presche, ne feroit que une simple et briève admonition avec une prière, et à tant licencieroit le peuple, à quoy il a satisfalct oresque dura quelque peu... » Wesenbeke, La description, etc., p. 2.39.

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Les exhortations tardives des ministres restèrent stériles. Le saccagement des églises, commencé le '20 , continua les trois jours suivants, tant à Anvers que dans les communes environnantes , où les iconoclastes dévastèrent, entre autres , l'abbaye de Saint-Bernard. Le magistrat sortit enfin de sa torpeur, le 23, lorsqu'il eut appris que les briseurs d'images abattaient également les armoiries du roi et des chevaliers de la Toison d'or suspendues dans la cathédrale. Quelques-uns du magistrat, accompagnés d'une partie des serments qui gardaient les abords de l'hôtel de ville, se transportèrent alors à l'église, y arrêtèrent dix ou douze des pillards et firent dresser une potence sur le marché '.

Les dévastations d'Anvers furent comme le signal de nouveaux désastres. La tempête continua ses ravages en Flandre oîi, à la date du 22 août, plus de quatre cents églises étaient déjà saccagées, et elle assaillit le Brabant, la Hollande et la Zélande, la Gueidre et la Frise , le pays d'Over-Yssel et presque tous les Pays-Bas, si l'on en excepte quatre provinces : Namur, le Luxembourg, l'Artois et une partie du Hainaut *.

Quand on eut appris à Tournai les désordres commis à Anvers et en Flandre, la plus vive agitation ne tarda point à se manifester et , le 23 août , les sectaires se ruèrent dans toutes les églises et chapelles pour abattre et briser les images qui les décoraient. Ne rencontrant aucune résistance efficace, ils se portèrent en plus grand nombre vers la cathédrale, qu'ils livrèrent également au pillage et à la profanation. Les statues furent renversées, les autels brisés, les tableaux lacérés, les reliquaires mis en pièces. Les iconoclastes ne respectèrent enfin que les armoiries des chevaliers de la Toison d'or appendues dans

• Recueil des choses wlvenuen en Anvers ; — Correspondance de Guillaume le Taciturne, t. Il, p. liv.

' Bb'NTivor.Mn, liv. II, ol Strada, lib. V.

le chœur. Ils fouillèrent également les sépulcres afin de s'approprier les trésors qu'ils croyaient cachés dans les caveaux funéraires, et on les vit profaner et tourner en risée les ossements du duc Adolphe de Gueldre. Enfin , lorsque la compagnie de canonniers, obéissant seule aux injonctions du magistrat, eut réussi à chasser les pillards de la cathédrale, il ne restait de cette riche basilique que les piliers et les murs. Les églises et les monastères des environs de Tournai furent également saccagés , et ces actes de brigandage se répétaient jusque dans les villages les plus éloignés du Tournaisis '.

Le 24, la populace hérétique de Valenciennes mit également à sac les abbayes de Vicogne , d'Hasnon , de Marchiennes et de Saint-Amand.

Les sectaires, qui, par leur nombre et leur audace, dominaient aussi à Gand, ne tardèrent point à s'y livrer aux excès qui affligeaient la plupart des autres cités. Le 22, après avoir saccagé le couvent des Augustins, ils attaquèrent successivement les maisons des carmélites et des dominicains, puis les autres églises et

■ Extraits des registres des consaux dans les Bulletins de ta commission roya'e d'histoire, t. XI, p. 418; — Extraits du manuscrit contemporain de Pasquier de le Barre, ibid., t. I" (2« série), p. -160; — Foir aussi Bur- Gu.NDius, p. 224; — Covsin , H istoire de Tournai, chap. LV, et dans les Analectes belgiques, p. 436, la lettre de Guilbert Dongnyes, évêque de Tournai, à la gouvernante des Pays-Bas, sur les dévastations commises dans son diocèse. — Les dispositions des bourgeois de Tournai étaient, en général, favorables aux sectaires. Quelque temps auparavant, ceux qui faisaient partie des compagnies armées avaient été convoqués par leurs chefs pour prêter le serment de maintenir l'ordre et d'empêcher les prêches en ville. » Une partie fit serment, beaucoup refusèrent, alléguant pour motif de leur refus, les uns qu'ils ne voulaient défendre que la vérité, la parole du Seigneur et la vraie foi « telle,quon la publiait nouvellement en ville; " d'autres qu'ils ne voulaient point empêcher leurs parents et amis d'aller aux prêches. » Chotin, Histoire de Tournai, t. 11.

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