‹ Histoire de la révolution des Pays Bas sous Philippe IIChapitre 32 sur 159 · LIVRE XII (15CG · texte numérisé non relu

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monastères, même ceux qui étaient situés hors de la ville. Ils profitèrent ensuite de la nuit pour renouveler à la cathédrale de Saint-Bavon les scènes hideuses dont la cathédrale d'Anvers avait été le théâtre. Pendant les trois jours que dura cette faric sacrilège, ils eurent le temps, comme le disait la duchesse de Parme, de mettre à sac tous les cloîtres de Gand '.

Les désordres ne furent pas moins affligeants dans les provinces septentrionales. Amsterdam, Leyde, Utrecht, Groningue, Leuwaerden et d'autres villes hollandaises virent bientôt se reproduire dans leurs murs les dévastations qui avaient désolé les cités de la Belgique. Dans l'île de Walcheren , principalement à Middelbourg, les sectaires ne se contentèrent point de dépouiller les monastères et les églises , ils exigèrent la délivrance de tous ceux qui avaient été emprisonnés pour cause d'hérésie \

Ce soulèvement presque général eut pour conséquence immédiate de suspendre provisoiren^ent l'exercice du culte catholique | dans la plupart des provinces. Le 30 août, la duchesse de Parme dut informer Philippe II que, dans plusieurs quartiers, il n'y .• avait plus ni [)rétres ni moines, ni autels, calices, ornements, | livres d'église, de manière que le service divin avait cessé. Les / sectaires n'avaient pas seulement des temples particuliers, mais > ils occupaient aussi la plupart des églises des catholiques dans toute la Flandre, à Tournai et dans le Tournaisis, aux environs ' de Lille, à Bois-le-Duc et dans d'autres localités ^ A Anvers, ils avaient commencé à blanchir l'église de Notre-Dame pour y I exei cer le culte calviniste ; déjà même ils y avaient fait quelques

i BuuGUNDiiJs, p. 220; — Kervyn, Histoire de Flandre, t. VI, p. 214. ^ BuuGUNbiis, pp. 223-226 et Wesenbeke, p. 239. ^ Les églises de Louvain avaient été défendues et préservées par la ferme altitude des l)Ourgeoi£ et des étudiants de l'université.

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prêches , et leur intention paraissait être d'agir de même à Bruxelles et jusque dans la chapelle de la cour ' .

Faire remonter l'initiative du saccagement des églises, sinon jusqu'au prince d'Orange, du moins jusqu'à son frère Louis de Nassau, ce serait accueillir des imputations dénuées de fondement et forgées par l'esprit de parti ^ Louis de Nassau, de même que Bréderode, avait prévu et prédit que les hésitations de la régente à l'égard des confédérés lasseraient la |)atience des dissidents et détermineraient une explosion. Mais loin de désirer un soulèvement de la multitude, les principaux chefs de la ligue nationale en redoutaient les conséquences. Il faut attribuer ces profanations à l'effervescence de la populace, qui avait puisé dans les prédications des missionnaires de Genève une haine profonde contre les symboles du catholicisme, contre les images vénérées que Calvin dénonçait comme les objets d'un culte idolâtre. Les prédications calvinistes furent , dans les Pays-Bas comme en Ecosse, la cause déterminante du saccagement des églises et des monastères. Les ministres de Genève eurent beau se joindre aux confédérés pour blâmer des excès qui compromettaient et ternis-

' Correspondance de Manjuerite de Panne, pièce XLII'^.

* Ce point a été mis hors de doute par le savant éditeur des Archives de la maison d'Oranye-Nassau, qui démontre aussi que Louis de Nassau n'était point calviniste à cette époque. Voir t. II, pp. 212-221. — Burgundius s'exprime en ces termes, p. 203 : « Compositiouera sceleris referre non possum. Nemo enim in tanto consensu auctores meminit.» — Un ambassadeur vénitien, Antoine Tiepolo, qui s'était informé à la cour de Philippe II des causes véritables des troubles des Pays-Bas, justifiait, en Ib67, les confédérés de toute participation au saccagement des églises : » La deslruction des églises et des monastères fut opérée, dit-il, contre le gré des principaux de la ligue, qui voulaient bien effrayer le roi, mais n'entendaient pas encourager de tels excès. (Contra l'opinione delli priucipali délia lega, che volcvano inilurtinioie, e non dunno...] » Gacuard, 'Relations incdiles, etc.. p. 144.

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gaient leur cause : ces fureurs sacrilèges étaient le finit hàtif de leurs doctrines, la conséquence logique de leurs déclamations contre le papisme. ÉchaufTée dans les prêches, la populace était encore stimulée par l'abattement des catholiques et la coupable pusillanimité de la plupart des magistrats. Du quartier dTpres, la destruction s'étendit, comme un vaste incendie, dans les autres provinces et atteignit, en passant par la Flandre et le Brabant, l'extrémité des Pays-Bas '.

Des événements d'une extrême gravité venaient aussi de s'accomplir à Bruxelles, où le saccagement des églises d'Anvers avait causé les appréhensions les plus vives. Le magistrat de cette dernière ville s'était hâté d'envoyer un des échevins à la cour pour donner à la gouvernante et au prince d'Orange des renseignements officiels sur les dévastations qui avaient déjà été accomplies et sur les nouveaux désastres qu'elles présageaient. Ses informations portèrent au comble l'inquiétude du magistrat de Bruxelles et la terreur de la régente ; ils firent placer immédiatement des soldats devant les églises pour les protéger '.

• « Ce fut, dit un écrivain protestant, un éclair, un tonnerre qui passa dans tout le pays; mais une chose admirable, c'est qu'on n'a jamais su qui fut l'auteur ou l'entrepreneur de ce désastre; nul ne s'en est vanté, nul ne l'a approuvé, de ceux qui avaient quelque autorité, pas même les ministres, lesquels, au contraire, blâmèrent ces voies de fait, commis par enfants et (jarçonnailles entre lesquels se mêlaient quelques brigandeaux cherchant butin. » Grande chronique de Hollande, i. II, p. 118. —D'autre part, ou lit dans V Apologie des choses passées aux Pays-Bas touchant le fait de la religion ; «... Je confesse bien qu'il y en a eu plusieurs mêlés avec les autres, « lesquels faisoient profession de cette religion (réformée), mais aussi je dis o qu'il y en a bien eu autant d'autres, qui ne font et ne firent oncques cette « profession, mesmes en plusieurs lieux l'on n'y a seu que femmes et enfants « qui ont exploité cette belle besoigne... De sorte qu'encore pour le présent « on ne sçait qui en ont esté les premiers autheurs. » Apologie, etc., p. 92.

- Grande chronique de Hollande, t. II, p. 119.

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Cependant, les sectaiies de Bruxelles, ne se contentant plus des prêches qui avaient lieu à Vilvorde et à Sempst, réclamaient l'admission de leurs ministres dans l'enceinte même de la ville. Ils étaient instigués, croyait la régente, par le comte Louis de Nassau, le chevalier Jean de Mol, lieutenant des fiefs de Brabant, et par un gentilhomme du prince d'Orange, Philippe Van- (ler Meere, S' de Saventhem ' . Menacée par les sectaires, outragée dans des libelles qui dénotaient la plus redoutable exaltation, intimidée par les craintes de ceux qui avaient encouru la haine populaire , persuadée enfin qu'elle était trahie par le prince d'Orange et ses amis, Marguerite se croyait à la veille de voir se renouveler sous ses yeux mêmes les dévastations qui avaient affligé la plupart des provinces ^

Dans la nuit du 21 au 22 août, appréhendant qu'on ne la fit prisonnière et qu'on ne se portât ù des violences contre le président Viglius, la régente découragée prit la résolution d'abandonner Bruxelles et de se retirer à Mons. Tous les préparatifs de son départ étaient terminés avant le jour. Elle ne crut pas toutefois pouvoir eilectuer ce projet sans en prévenir les seigneurs du conseil d'État , et elle les manda immédiatement au palais. Elle leur déclara sa résolution et les requit de l'accompagner. Le

' Correspondance de Marguerite de Parme, pièce XLIIIe.

^ Lettre de la duchesse de Parme au roi, du 22 août, même recueil, p. 182. — Voici le texte d'un libelle semé dans les rues de Bruxelles : « Réveillez vous, ô Brabantinois ! Uu bastard ne peuit porter le moindre » office, tant vil soil-il, en Brabant, et vous souffrez qu'une bastardc, <i femme d'uug traistre, notoire ennemy du pays, fils d'un infâme bougre « et méchant Pierre Loys, en soit la gouvernante! No véez-vous poinct que, « pour non vouloir mectre remède aux troubles présens du pays, selon le « conseil de la noblesse, elle a desjà trahi le roi et le pays ! Qu'on chasse i. la paillarde, la donnant au diable, avec le traistre Viglius ! >' Correspondance de Philippe 11, t. I", p. 4ol.

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prince d'Orange et le comte d'Egniont se récrièrent vivement contre une détermination qui, selon eux , pouvait entraîner la ruine du pays. Ils employèrent, mais en vain, tous leurs efforts pour en détourner Marguerite. Ne pouvant dissimuler son irritation , le prince d'Orange dit assez haut que , si la duchesse partait, eux ne voulaient pas la perte de ces provinces, et qu'ils convoqueraient immédiatement les états généraux pour prendre les mesures convenables. De son côté, Egmont tint le même langage, en ajoutant qu'on lèverait quarante mille hommes pour aller assiéger Mons. Enfin, Viglius vint informer Marguerite que ceux du magistrat et les bourgeois, qui avaient eu vent de son projet, avaient fermé les portes de la ville et annoncé qu'ils ne la laisseraient pas sortir. Cette nouvelle ayant accru les angoisses de la régente , les seigneurs qui l'entouraient tâchèrent de la rassurer, l'engageant à ne point ajouter foi à tous les rapports qu'on lui faisait et qui ne tendaient qu'à semer la désunion ; ils lui promettaient d'ailleurs de ne pas l'abandonner, mais de mourir tous à ses pieds , si quelqu'un voulait l'outrager. Elle consentit enfin à différer son départ après que tous les seigneurs lui eurent affirmé qu'ils la conduiraient hors de la ville , sitôt qu'ils connaîtraient quelque danger et mourraient à la peine. Ayant invité le comte de Mansfeld à prendre le commandement de Bruxelles, ce personnage se rendit immédiatement à la maison de ville , accompagné du prince d'Orange , du comte d'Egmont, du comte de Hornes et du comte de Ilooghstraeten. Ils assemblèrent les membres de la commune, leur firent savoir que la régente était demeurée sur leur parole, et leur demandèrent s'ils voulaient obéir au comte de Mansfeld, qui serait d'ailleurs assisté par ses confrères de la Toison d'or. Les chefs de la commune répondirent qu'ils étaient résolus de vivre et de mourir avec les seigneurs présents , promirent toute obéissance au comte de Mansfeld et déclarèrent leur intention de ne souffrir ni prêches

ni saccagements d'églises dans la ville. Les seigneurs retournèrent ensuite auprès de la régente et parvinrent à la tranquilliser. De leur côté, les députés des confédérés, ayant sondé les dispositions des sectaires, avaient reçu l'assurance qu'aucune entreprise hostile ne s'effectuerait dans Bruxelles. Mais de nouveaux rapports vinrent bientôt réveiller les alarmes de Marguerite. Vers le soir, elle rappela les chevaliers de l'Ordre et leur fit connaître qu'elle avait reçu la nouvelle certaine que, cette nuit, on devait abattre les images dans toutes les églises de la ville, sans excepter la chapelle de la cour, tuer le président Viglius, ainsi que les seigneurs d'Arenberg et de Berlaymont , et la constituer elle-même prisonnière. Elle ajouta qu'elle avait été bien mal avisée d'avoir suivi leur conseil, et les somma, sur leur honneur, d'accomplir la promesse qu'ils lui avaient faite de la conduire hors de la ville. Les seigneurs répondirent que, de leur côté, ils étaient sûrs que ces avertissements étaient faux, et que les sectaires de Bruxelles ne pourraient effectuer un pareil dessein en présence dotant de personnages principaux et de gentilshommes de qualité qui se trouvaient dans la ville. En effet, la nuit se passa tranquillement, soit par l'influence des députés des confédérés, soit que les sectaires eussent été intimidés en voyant la garde de la duchesse renforcée et la bourgeoisie sous les armes ' . Malgré ses dévorantes préoccupations, la régente avait trouvé assez de force d'àme pour présider deux fois, pendant la journée du 22, le conseil d'État appelé à délibérer sur les dernières dépêches du roi et sur les requêtes des confédérés. A cette importante réunion , assistaient le prince d'Orange , les comtes

• Voir Corresiiondancc de Philippe II, l. l", p. 452. On trouve aussi des détails intéressants dans l'ouvrage de Wesenbeke, pp. 233-236. On sait qu'il avait été envoyé à Bruxelles par le magistral d'Anvers et (ju'il ne revint dans cette dernière ville que le 22 au matin.

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