LIVRE XII (laGG
d'hérésie. Quelques-uns émirent de nouveau l'opinion que la régente devait convoquer tout de suite les états ; mais d'autres, s'appuyant sur les ordres si formels et si exprès du roi à cet égard ', se joignirent à Marguerite pour faire prévaloir l'opinion contraire. La régente craignait que les états généraux, en voyant l'impossibilité d'extirper les sectaires, ne leur concédas.sent nonseulement la liberté de conscience, mais aussi l'exercice de leur religion. Cependant le conseil était d'avis que, avant tout, il fallait accorder aux confédérés l'oubli du passé et des sûretés pour l'avenir, parce que le peuple, s'appuyant sur eux, il était urgent de dissoudre leur ligue. Tandis que Marguerite luttait contre son invincible répugnance à sanctionner une résolution aussi grave, les bruits les plus sinistres venaient de nouveau i'obséder. Tantôt on l'avertissait que les gueux, la croyant en possession d'un blanc seing, pour leur accorder ce qu'ils demandaient, avaient résolu de la mettre en pièces ainsi que Viglius. Tantôt on venait lui répéter que, si elle naccordait satisfaction aux confédérés, les sectaires mettraient le feu en sa présence dans toutes les églises de Bi-uxelles, et niassacreraient sous ses yeux tous les prêtres, les catholiques et les officiers du roi.
Le prince d'Orange ainsi que les comtes d'Egmont et de Hornes servaient d'intermédiaires entre la régente et les députés des
' Ces injonctions venaient d'être réitérées par Philippe II dans une lettre ostensible, datée de Ségovie, le 13 août, et que la duchesse de Parme reçut et communiqua au conseil le 29. Le roi l'avertissait que, après avoir plus mûrement pensé à sa proposition de convoquer les états généraux, il ne pouvait encore décider si, pour le présent, il serait convenable de tenir cette assemblée ; mais qu'il verrait si, avec le temps, il y aurait plus d'apparence que cette réunion pût avoir lieu avec fruit, et que, dans ce cas, il l'informerait de son intention. En attendant, il lui renouvelait la défense d'autoriser la convocation des états sans avoir reçu dabord ses instructions. Correspondance de Marguerite de Parme, pièce XXYIII».
confédérés. Ils s'efforçaient de la convaincre qu'elle devait céder aux circonstances. Ils lui représentaient que c'était le seul moyen de désarmer le peuple dont les rassemblements, en tant de lieux, excédaient deux cent mille personnes; que l'on ne pouvait s'aider de la plupart des bandes d'ordonnances ; que son obstination pourrait non-seulement entraîner la ruine de la religion, mais en outre déterminer une révolte générale. Elle apprenait aussi chaque jour et, pour ainsi dire, à chaque heure, les progrès des briseurs d'images ; on l'avertissait que les campagnes de l'Artois et du Hainaut étaient également menacées et que les iconoclastes arrivaient d'.\lost avec l'intention de commencer leurs ravages à Bruxelles. D'autre part, elle était informée que les confédérés, pourvu qu'ils obtinssent les garanties qu'ils demandaient, offraient d'aller eux-mêmes au-devant des briseurs d'images , pour les combattre et les disperser. Enfin Marguerite fut suppliée par tous les seigneurs, même par Berlaymont, de donner son acquiescement à la requête des confédérés, si elle ne voulait " perdre le tout; » ils ne doutaient pas, ajoutaient-ils, que si le roi se trouvait en personne à Bruxelles, n'ayant pas plus de forces qu'elle-même et sans autre moyen de prévenir la destruction générale de la religion et de l'État, il ne donnât aussi son consentement.
Prisonnière dans la ville, presque assiégée dans son palais, l'esprit inquiet et le corps malade, Marguerite appela enfin dans sa chambre le prince d'Orange et les comtes d'Eginont et de Hornes. Elle leur déclara qu'elle avait pris la résolution de céder, qu'elle donnerait aux confédérés le pardon et la sûreté qu'ils demandaient, qu'elle permettrait aux dissidents d'aller à leurs prêches dans de certaines limites; mais elle ajouta que ces concessions n'étaient pas volontaires, que la force les lui arrachait '.
1 Tous ces détails sont puisés dans la lettre secrète de la ducliesse de