‹ Histoire de la révolution des Pays Bas sous Philippe IIChapitre 40 sur 159 · LIVRE XII (lîJGf · texte numérisé non relu

LIVRE XII (lîJGf

S"^ de Beauvoir, qui avait l'ordre de conduire au château deux cents hommes des gens de pied, pour mieux garantir la sûreté de cette importante forteresse. Le S" de Beauvoir y entra le 30 août, au soir, presque au moment où le comte de Hornes franchissait, de son côté, les portes de la ville. L'accueil le plus enthousiaste avait été fait à l'ami du prince d'Orange et du comte d'Egmont. Un grand nombre de gentilshommes et de riches marchands , tous à cheval , s'étaient portés à sa rencontre avec les compagnies bourgeoises. Il entra dans Tournai avec ce nombreux cortège oii les calvinistes dominaient, et aux cris de « Vivent le roy et les giieulx ! ^> Refusant de descendre au château, dans la crainte d'alarmer la classe populaire, il se laissa conduire, en la rue Saint-Martin , chez un riche marchand calviniste nommé Jean Says, choisi par ses coreligionnaires pour qu'ils eussent un accès facile près du nouveau gouverneur. De leur côté , d'Esquerdes etVillers s'étaient logés en face de la demeure assignée au comte de Hornes. Ces deux gentilshommes avaient, ce jour même , reçu du château l'injonction de désarmer le peuple , de dissoudre les compagnies bourgeoises, de retirer l'artillerie qui avait été placée sur lagrand'place et dans d'autres endroits, enfin de se rendre dans la forteresse ou de sortir de la ville. En même temps, lartillerie du château avait été braquée sur les lieux oti se tenaient les prêches. Le comte de Hornes, à qui les deux confédérés se hâtèrent de communiquer la sommation du S' deMouIbais, en fut très-mécontent et se plaignit vivement d'un manque de respect, les ofiBciers du château devant lui être subordonnés, et le S"' de Beauvoir lui-même ayant reçu l'ordre de seconder le nouveau gouverneur dans tout ce que celui-ci lui ordonnerait « pour le service du roi. ^ Mais ces termes vagues cachaient précisément la mission secrète du S' de Beauvoir '.

' Récit contemporain de Pasquier de Le Barre, inséré par M. (îachard

:2!2!2 I.ES PAYS-BAS SOIS l'IlILIPPK II.

Le soir de son arrivée, le comte de Hornes accepta un souper que le magistrat lui ofîrit à la Halle. Plusieurs seigneurs et gentilshommes s'y trouvaient, notamment d'Esquerdes et de Villers avec lesquels le comte devisa joyeusement II promit là publiquement de ne pas quitter la ville qu'il n'eût entièrement apaisé les troubles qui s'y étaient élevés. Il déclara avoir trouvé le peuple de Tournai plus doux et modéré que le bruit en courait à la cour, où il semblait que ce même peuple était tellement agité et déréglé qu'il n'était possible d'en avoir raison '. On ne pouvait pourtant se dissimuler que la plus grande anarchie régnait dans la ville : les églises étaient saccagées et abandonnées aux réformés ; les bourgeois des deux partis , irrités les uns contre les autres, étaient toujours prêts à en venir aux mains; enfin , les magistrats se montraient impuissants et consternés devant les menaces et l'exaspération de la multitude.

Le 31 août, le comte de Hornes présenta aux consaux lesj)OUvoirs qu'il tenait delà duchesse de Parme. Par cette commission, il était chargé de mettre ordre aux affaires publiques de la ville de Tournai et de la pacifier par la meilleure voie possible \ Les consaux ainsi que les officiers du bailliage promirent de lui obéir en tout ce qu'il commanderait. Il requit alors le magistrat de s'expliquer sur trois points, à savoir : 1° Quelles étaient les causes de l'appréhension et de la défiance que les habitants avaient conçues du lieutenant-gouverneur et des gens de guerre en garnison au château ; 2° de quelle diligence le magistrat, les capitaines et les gens de guerre avaient usé, pour empêcher le saccagement des églises , des hôpitaux et autres maisons pieuses ;

dans les Bulletins de la commission roija/e d'histoire, 2« série, t. !'■■■, pp. -162 et suiv.

' Récit contemporain de Pasquier de Le Barre, cité ci-dessus.

^ Voir le texte de cette commission, dans le Supplément à Siradu, t. Il, p. .370.

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3" par quel moyen !e menu peuple pourrait (Mre amené <i poser les armes et à reprendre ses travaux, comme du passé? Ces éclaircissements préliminaires lui paraissaient indispensables pour fixer son opinion sur les mesures à prendre. L'avis desconsaux , mûrement délibéré , fut donné par écrit. Sur le premier point, il fut répondu que la crainte et la défiance du peuple provenaient des dispositions hostiles prises par le S' de Moulbais à l'occasion des prêches. Cette crainte n'avait pu que croître encore lorsque, nonobstant la venue des S" d'Esquerdes et de Villers dans un but de conciliation, on avait vu tout récemment entrer au château la compagnie du S"" de Beauvoir. Or, pour faire disparaître cette défiance et le mécontentement qu'elle entraînait, il paraissait expédient que le comte ordonnât à ce dernier de faire sortir sa compagnie de la forteresse. Le lieutenant-gouverneur devrait en outre s'engager envers les habitants à ne les molester en aucune manière pour le fait des prêches. Pareille assurancedevrait être donnée parle comte lui-même au sujet de tous capitaines, prévôts des maréchaux et autres officiers de Sa Majesté, qui pourraient descendre d'un autre quartier. Quant au second point, le magistrat exposa comment ses précautions avaient été déjouées par les briseurs d'images. Il indiquait , enfin , les moyens qu'il jugeait les plus propres à ramener le calme dans la ville. Il fallait assembler les habitants de chaque paroisse, leur exposer la détresse où nombre d'individus se trouvaient par le manque de travail, et les engager à consentir que les matériaux d'or, d'argent, d'airain, de cuivre, de bois et autres, provenant des objets qui appartenaient à leurs églises respectives , fussent vendus pour le produit en être appliqué à acheter les ouvrages des pauvres. Au surplus, le magistrat s'était déjà concerté, à cet effet; avec les principaux marchands.

Le \" septembre, le comte de Hornes, ayant assemblé les membres des consaux et ceux du bailliage en sa présence, leur

224 m;s pAvs-nAs sors Philippe ii.

notifia que la duchesse de Parme lui avait expressément enjoint et commandé de faire cesser les prêches en la ville ; mais qu'il lui semblait prudent de connaître d'abord l'humeur du peuple et d'apaiser les troubles. Il voulait aussi , avant de faire quelque ordonnance sur ce sujet, connaître l'opinion des consaux et offîciers du bailliage. H leur demanda en conséquence s'ils trou- Aaient bon que l'on continuât à tenir les prêches dans la ville, ou au dehors. Les consaux et officiers du bailliage, après avoir longuement délibéré, émirent le lendemain l'avis qu'il leur .semblait tout à fait préférable de continuer et de tolérer, provisoirement, les prêches en la ville et non au dehors pourvu qu'ils ne se fissent pas dans les églises paroissiales, et qu'on choisît à cet effet quelques lieux isolés et voisins des portes '.

La duchesse de Parme, a^■ertie que les religionnaires de Tournai avaient demandé deux églises pour y tenir leurs prêches, écrivit au comte de Bornes qu'elle s'ébahissait d'une prétention si déraisonnable et si répugnante à l'honneur de Dieu. Quoi! ces .sectaires ne voulaient pas même se contenter de ce qu'elle avait, avec si grand regret, accordé aux gentilshommes confédérés ! Elle enjoignit au comte de Hornes de leur dire bien expressément qu'ils ne s'abusassent en rien, et qu'elle ne voulait ni ne pouvait accéder à leur demande ". Cette dépêche impérative était à peine expédiée que les consaux reçurent, le 4 septembre, deux requêtes, l'une émanant des ministres et consistoires, l'autre des marchands, et toutes deux tendaient à obtenir la continuation des prêches non-seulement dans la ville, mais encore dans les églises ^

' Extraits des registres des consaux de Tournai, cités ci-dessus. ^ La duchesse de Parme au comte de Hornes, 3 septembre, dans le Supplément a Strada, t. II. p. 377.

' Registres des consaux.

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