‹ Histoire de la révolution des Pays Bas sous Philippe IIChapitre 41 sur 159 · LIVRE XII (15C · texte numérisé non relu

LIVRE XII (15C

Le comte de Hornes s'était proposé decnlmer les troubles sans faire de concessions qui pussent le compromettre aux yeux de l'un ou de l'autre parti. Tel fut le but de la proclamation provisoirequ'il fit publier le3 septembre en son nom, comme commissaire du roi, et au nom des S" d'Esquerdes et de Villers, députés des confédérés '. Cette proclamation suivit habilement la publication de l'accord intervenu à Bruxelles entre la régente et les représentants de la confédération. Les habitants de Tournai furent autorisés à se trouver librement aux prêches qui se faisaient par les ministres de la religion nouvelle, mais aux lieux qui seraient indiqués par le comte de Hornes. Il était pareillement loisible à chacun de pratiquer librement la religion catholique et ses cérémonies, " laquelle religion Sa Majesté entend <c devoir estre maintenue et gardée en ses pais de par deçà, «1 par ceux et celles qui s'y voudront adonner. » Défense était faite à tous, tant à ceux de la religion nouvelle qu'aux catholiques , de s'injurier de fait ou de parole, d'apporter aucun empêchement à l'exercice de leur religion respective , d'entraver enfin la jouissance paisible de la liberté et de la tolérance permises par Sa Majesté , sous peine de confiscation de corps et de biens ^

' Cette adjonction surprit beaucoup la gouvernante, et elle en marqua son étonnement. Il était sans doute humiliant pour l'autorité royale de se voir en quelque sorte placée sous la garantie de la confédération. Mais la duchesse de Parme avait autorisé le comte de Hornes >» à se faire assister desdits gentilshommes comme il jugera convenir. » Il avait usé de cette autorisation et déclarait même que, sans leur aide, sa tâche, déjà si pénible, eîlt été entravée par des difficultés peut-être insurmontables.

^ Supplément a Strada, t. II, p. 378. — On a prétendu que le comte de Hornes, pour complaire au peuple de Tournai, ordonna au S"- de Beauvoir de sortir du château avec sa compagnie , selon le vœu exprimé par le magistrat. Mais cela ne résulte pas des charges qui furent élevées plus tard contre le comte : on y voit seulement que, après avoir eu connai.'^-

ti. 15

La difficulté consistait à désigner les lieux où les prêches pourraient se tenir. Le comte de Hornes était d'accord avec la gouvernante pour remettre les églises aux catholiques exclusivement ; mais, d'autre part , il déclarait que l'entière tranquillité de cette cité dépendrait de l'autorisation qui serait donnée aux réformés de pouvoir ])rêcher dans l'intérieur de la ville. 11 alléguait que , avant l'accord conclu à Bruxelles avec les gentilshommes confédérés, les prêches se faisaient dans la ville et dans les églises mêmes, tandis que les religionnaires ne demandaient maintenant qu'un lieu propice et qui serait désigné par lui-même. La régente combattait énergiquement cette prétention et rappelait que naguère, comme cela résultait d'une lettre du 7 août, les sectaires de Tournai se seraient tenus pour satisfaits, si on leur avait accordé l'autorisation d'élever à leurs dépens un édifice hors des portes. Cette permission, le comte de Hornes pouvait la donner, mais il devait déclarer expressément que la gouvernante n'accorderait pas autre chose que ce qui était stipulé en l'accord conclu avec les gentilshommes confédérés. Le comte supplia la régente de ne pas le condamner sans l'entendre : nonobstant ses soins, le peuple, disait-il, ne voulait se contentera présent d'une place hors de la ville pour y faire ses prêches. La situation était bien

sance de l'injonction faite à d'Esquerdes et Villers, il convoqua le magistrat à la maison de ville et mit en délibération s'il ferait sortir du château le Sr de Beauvoir avec sa compagnie de gens de guerre {Supplément à StrarJa, t. 1er, p. j[<2\) Toutefois, la correspondance du comte de Hornes, publiée dans le même recueil, n'indique nullement que cet ordre ait été donné. Mais il résulte d'une lettre du 10 septembre, que le S' de Beauvoir fut envoyé par le comte lui-même en mission près de la gouvernante pour lui faire connaître le véritable état des choses et que, à son retour, le H, le S"" de Moulbais, pour obéir au commandement exprès de la duchesse de Parme, renouvela son .serment entre les mains de ce gentilhomme, et à l'insu du comte de Hornes. SupplémoU a Stra Ja, t. II, pp. 41 1, 422 et 441.

Page 1