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changée depuis le 5 août. Si, passé six mois, njoutait-il, on avait, supprimé l'inquisition et les placards et si on n'avait recherché personne pour le fait de la religion «i les sectaires eussent été *i contens de ne jamais faire presches ou exercice de leur religion «1 au pais de Sa Majesté. » Mais, actuellement, le désordre étant parvenu au comble, il fallait d'autres remèdes '.
Pour rassurer les religionnaires et les dominer, il importait que le comte de Hornes conservât sa popularité. C'était là un de ses soins principaux. Le 8 septembre, les marchands de la ville, voulant le fêter, lui offrirent un banquet sur le grand marche, au logis du Pourcelet. Parmi les invités, se trouvaient le S' de Beauvoir, Villers et d'autres gentilshommes. Un incident troubla la fin de ce dîner. Les hommes de garde à la cathédrale vinrent informer le comte de Hornes que Nicolas Bernard, procureur du roi au bailliage du Tournaisis , avait introduit subrepticement dans la cathédrale quelques chanoines, curieux de voir les fouilles qu'on y pratiquait, par les ordres du nouveau gouverneur, à l'effet de découvrir un trésor qu'on disait être caché dans cet antique édifice. Hornes manda le procureur, reçut fort mal ses explications, et le chassa comme un vilain, après lui avoir déclaré qu'il lui ferait rendre raison de sa conduite en un autre lieu et avec le temps. Cette vive sortie réjouit beaucoup les marchands calvinistes, car le procureur était fort haï pour avoir montré le zèle le plus âpre dans les poursuites pour fait de religion '.
Mais, d'un autre côté, le comte de Hornes se montrait attentif à prévenir les désordres que la populace hérétique aurait voulu continuer. Averti que des sectaires se proposaient de saccager
' Lettres du comte de Hornes, du 5, du 6 et du 8 septembre ; dépêche do la duchesse de Parme du 7, dans le Supplément à Slraiia, t. H, pp. 406-409. ' Récit contemporain de Pasquier de Le Barre.
l'abbaye de Saint-Amand , par haine du cardinal de Granvelle à qui elle appartenait, il s'om[)ressa de s'y rendre lui-même pour déjouer ce projet. A cette occasion , il mandait à la régente que, à cause même de sa rupture connue avec le cardinal, il ferait plus d'efforts pour conserver cette abbaye que si elle était sa propriété '.
Cependant le comte de Hornes avait dû informer le magistrat de Tournai de la volonté nettement exprimée par la régente pour que les prêches fussent défendus dans l'enceinte de la ville. Alarmés de cette décision, les consaux arrêtèrent, le 10 septembre, que le conseiller Duchambge se rendrait à Bruxelles avec une lettre où étaient développées les raisons qui militaient en faveur de l'opinion contraire. Cette lettre portait qu'il vaudrait mieux permettre les prêches dans la ville que dehors , mais dans un lieu profane que le gouverneur choisirait par avis du magistrat ; autrement , qu'il était à craindre que , à la première occasion, ceux de la nouvelle religion, joints aux mécontents de la Flandre, ne missent les mains sur les ecclésiastiques, les magistrats et les autres catholiques ^ .
Marguerite refusa encore d'accéder à la demande du comte de Hornes, appuyée par les consaux, dans la crainte de fournir aux villes de Flandre , de Brabant et de Hollande un prétexte pour élever des prétentions analogues. Elle suggéra l'idée de tenir les prêches dans un édifice ou grange tout contre les remparts, mais toujours à l'extérieur des murailles ^ Le comte de Hornes était à Saint-Amand lorsque lui parvint cette dépêche du 1 2 septembre. ï\ s'empressa de retourner à Tournai , espérant tout concilier, par le moyen indiqué.
• Supplément à Strada, t. II, p. 412.
2 Ibid., t. II, p. 413.
3 Ibid., t. II, p. 420.
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Les religionnaires , après avoir ouï les ordres de la régente, consentirent effectivement à faire les prêches hors de la ville, mais ils exigèrent que le comte leur concédât quelques places profanes dans l'intérieur, jusqu'à ce qu'ils pussent se servir des lieux désignés hors des portes. En deux mots, il s'agissait de bâtir des temples hors des murs et de réserver, en attendant, un lieu couvert dans l'intérieur pour le cas oii le temps serait pluvieux. De l'avis du magistrat, le comte de Hornes ne refusa \
point cette concession ' : mais il déclara aussi qu'il était bien \
résolu à ne pas tolérer que les églises servissent encore aux prêches. Il publia presque en même temps une proclamation sévère pour que l'on n'empêchât plus le service divin rétabli dans les églises , et qu'on ne vendît aucun des objets qui en avaient été enlevés. D'autre part, il prit des mesures pour désarmer le peuple : de six mille hommes, il n'en conserva, pour la garde de la ville, que douze cents, auxquels il fit prêter serment au roi \
Un projet de règlement fut, en outre, proposé par le comte aux consaux pour affermir la paix entre les catholiques et les réformés ^. Ceux-ci, après avoir émis leurs observations sur ce projet, s'adressèrent aux consaux pour que les trois temples, qu'ils avaient résolu d'ériger, le fussent aux frais de la ville et à l'intervention du magistrat. Ils exposaient que la plus saine partie du peuple était de la nouvelle religion et contribuait aux impôts. Une résolution négative fut prise sur le premier point ; mais on
' Ou lui fit plus tard un Grime d'avoir, à la veille de son départ de Tournai, permis pour quatre jours de tenir les prêches en la Halle. Charges du procureur général Dubois contre le comte de Hornes, dans le Supplément à Strada, t. !«■■, p. 123.
^ Supplément à Strada, t. II, pp. 425 et 4.33. — Extraits des registres des consaux.
* Voir ce projet, avec les réponses de ceux de la nouvelle religion, dans le Supplément a Strada, t. II, p. 384.
ï>30 LES PAYS-BAS SOUS PHILIPPE II.
proposa d'offrir 40 livres do gros des deniers de la commune, à condition qu'il ne serait érigé que deux temples au lieu de trois. Quant au second point, le conseiller Duchambge devait être envoyé vers la gouvernante pour connaître ses intentions ' . De son côté, le comte de Hornes le chargea de s'enquérir de la volonté de la duchesse sur les dernières mesures qu'il avait prises. Il désirait avoir une prompte réponse, afin, disait-il, « de sortir <( de ce lieu où il était le plus fâché que fut oncques gentilhomme « de sa qualité -. "
Cependant la gouvernante approuva tacitemeni les articles négociés, par l'intervention du comte de Hornes, entre le magistrat de Tournai et les religionnaires ; mais elle ne voulut point, malgré les instances de ces derniers, appuyés par le comte, que le lieutenant-gouverneur du château se portât garant de cette convention. Du reste, la conduite prudente et habile du comte de Hornes n'était pas seulement louée par les magistrats et les principaux habitants de Tournai ^; elle recevait aussi l'approba-
' Extraits des registres des consaux.
^ Lettre à la duchesse de Parme, du 18 septembre, dans le Supplément a Strada, t. II, p. 423. — Il avait déjà, quelque temps auparavant, exprimé son amertume avec plus d'énergie encore. ;• Je vouldroye pour ma 1 part, disait-il, estre assiégé du Turcq, en quelque place, pour y pouvoir i> faire service à la chrestienneté, que non pas estre emploie aux affaires u que suis présentement; sçachant que combien fay tout ce que humaine- « ment puis faire, il me sera imputé à quelque faute. Car il y a bien de » différence d'être au lieu ou d'en ouïr parler. » — Lettre à la duchesse de Parme, du 10 septembre, dans le Supplément a Strada, t. II, p. 412. Il disait encore ailleurs, 14 septembre :« Ce fait de religion est si chatouilleux, et comme un mot peut quelquefois altérer toute upe négociation, me trouve en grande perplexité, joinct que u'ay de ma vie traicté telles matières. » Ibid., t. II, p. 423.
* Le 26 septembre, les consaux de Tournai décident qu'une députatiou sera envoyée au comte de Hornes pour le prier de résider encore quelque
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tion officielle de la régente. Klle écrivit à ce seigneur, le 24 septembre, <' qu'il n'y avait pas à redire à l'arrangement qu'il avait conclu, et que cet arrangement était conforme à l'accord qu'elle avait fait à Bruxelles avec les gentilshommes confédérés '. »
Mais, en ces circonstances qui devaient exercer une influence décisive sur sa destinée, le comte de Hornes était perfidement leurré par Marguerite. Dans le temps où elle donnait une approbation pleine et entière à la conduite tenue par ce seigneur à Tournai, elle se défiait de ses intentions, le pressait pour qu'il revînt à Bruxelles et le dénonçait secrètement à Philippe II comme un adversaire dangereux. Elle mandait au roi, le 27 septembre, que le comte de Hornes faisait à Tournai beaucoup de choses en opposition aux instructions qu'il tenait d'elle. « !1 avait continuellement près de lui , disait-elle , d'Esquerdes, Villers et trois ou quatre autres huguenots, les plus remuants et les plus méchants esprits qu'il y ait parmi eux tous, particulièrement d'Esquerdes, qui ne pense jamais à autre chose qu'à souffler l'esprit de sédition et de révolte. Il est à la recherche d'un tré.?or caché dans la cathédrale, quoique la duchesse lui ait ordonné de ne pas le faire : elle suppose qu'il a l'intention de s'en emparer. " Ell(! informait ensuite le roi qu'elle avait fait prêter par
temps en la ville jusqu'à ce que les choses soient mieux apaisées et Tinformer que ceux de la ville ont bien résolu, lors de son départ, de reconnaître le service qu'il aura fait à la commune. Extraits des registres des consaux. 1 Supplément à Strada, t. II, p. 436. — Telle était aussi l'avis du conseiller d'Assonleville qui s'exprimait en ces termes dans une lettre du 22 septembre : « II est bien vrai que la chose en soi est bien dure et sera M trouvée fort nouvelle par Sa Majesté ; mais la nécessité n'a pas de loy, « et de deux raaulx, il fault prendre toujours le moindre. Pour quoi il vault « mieux d'avoir une partie de la religion sauvée que la perdre entière- « ment, sur espoir que le temps même pourra remédier aux affaires. » ]bid., t. Il, p. 'i.3-D.
Moulbais le serment qu'il ferait bonne garde au château de Tournai, craignant, disait-elle, que Hornes et les confédérés ne voulussent s'en rendre maîtres. Elle n'était pas encore hors de tout soupçon à cet égard, parce que le comte avait fait venir au château la princesse d'Epinoy et sa fille, épouse de Montigny, pour que cette dernière y fit ses couches, et cela malgré les représentations de la duchesse et son offre de recevoir madame de Montigny au palais de Bruxelles. Hornes, d'Esquerdes, Vil- 1ers et les autres confédérés profitaient de la présence des deux dames au château pour les y visiter, et en même temps ils examinaient les fortifications : ce qui pouvait avoir de grands inconvénients '.
Cette nouvelle inculpation devait nécessairement augmenter le ressentiment que Philippe II éprouvait depuis longtemps contre le comte de Hornes.
Le comte d'Egmont, que les devoirs de sa charge appelaient dans son gouvernement de Flandre, n'avait différé son départ qu'à l'instante prière de la duchesse de Parme et afin d'assister aux conseils où il s'agissait de prendre une résolution sur les
' Correspondance de Philippe 11, t. I^r, p. 467. — En outre, Marguerite avait fait savoir au roi que la famille du comte de Hornes favorisait ouvertement les sectaires. Elle avait envoyé François de Halewin, S'' de Zweveghem, au duc de Clèves, afin que ce prince empêchât les gens de guerre levés par les rebelles de traverser ses domaines ainsi que la Westplialie. Le 21 septembre, passant par Weert, le S^ de Zweveghem trouva l'église entièrement désolée. Un ministre vieux, accoutré d'un manteau de drap noir, faisait le prêche auquel assistaient les deux comtesses de Hornes, la mère et la femme de l'amiral. Elles menèrent le ministre dîner au château. Les cordeliers avaient élé expulsés de leur couvent : on vendait publiquement, au profit des pauvres de la ville, leurs provisions et les meubles de la maison. La comtesse douairière avait appliqué à son profit les maison, édifice et héritages, disant qu'ils avaient été donnés au couvent par ses prédécesseurs. Ibid., t. I", p. 400.
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lettres écrites de Tournai par le comte de Hoincs. Il partit enfin avec toute sa famille, se déclarant fort mécontent de la régente et se plaignant qu'elle ne lui témoignait plus la même confiance qu'auparavant. Ces plaintes étaient entièrement fondées, et peut-être Egmont soupçonnait-il les dénonciations secrètes qui tendaient à ternir sa réjjutation. Dans sa correspondance confidentielle avec Philippe II, Marguerite le traitait plus sévèrement encore que le comte de Hornes. Ne tenant aucun compte des protestations qu'il avait faites, à son départ., de s'employer pour la conservation de la religion en Flandre, elle exprimait la crainte qu'il n'allât y tramer quelque complot contre le service de Dieu et du roi «( On ne peut, disait-elle, attendre de lui rien de bon, après tant de marques du contraire, et ce qui est arrivé lors de son autre voyage en Flandre, oti, un jour après qu'il en fut parti, les églises furent saccagées '. »
En réalité, le comte d'Egmont, comme il l'affirmait au prince d'Orange, était parti pour la Flandre avec l'intention d'exécuter loyalement l'accord conclu le 23 août entre la régente des Pays- Bas et les députés de la confédération '. Il ne se dissimulait pas toutefois les obstacles qu'il rencontrerait. L'influence croissante des réformés dans les villes principales, à Gand, à Ypres et à Audenarde, était attestée par la hardiesse des nouvelles exigences formulées en leur nom. <' Les choses )> comme Egmont le disait <i allaient mal en Flandre. » Des milliers d'hommes avaient pris les armes pour défendre la nouvelle religion et protéger les ministres qui, chaque jour, attiraient à leurs prêches un plus grand nombre d'auditeurs.
' La duchesse de Parme au roi, 13 septembre 1506, dans la Correspondance de Philippe II, t. !«>■, p. 439.
^ Lettre au prince d'Orange du 7 septembre, dans les Archives de la maison il'Oranye-Nassau, t. U, p. 277.
La spoliation des églises n'était toutefois pas restée impunie dans cette importiinte province. Dès le 30 août, comme on la vu, le S' de Backerzeele, principal conseiller du comte d'Egmont, avait pris l'initiative de la répression et fait justice sommaire d'une bande de briseurs d'images, rencontrée près de Grammont. Le 3 septembre, trois autres pillards furent pendus à Gand sur le marché aux grains, en présence du haut bailli et de sa compagnie de hallebardiers. Les réformés, cependant, n'avaient rien perdu de leur énergie et de leur influence. Une conférence, tenue récemment entre les magistrats de Gand et les représentants des religionnaires, démontrait que les prétentions de ceux-ci dépassaient même, à plusieurs égards, les termes de l'accord conclu le 23 août. Les échevins des deux bancs, réunis à la maison échevinale, ayant mandé, le 9 septembre, les ministres Hermannus et Petrus Carpentier ainsi que quelques membres de leuiconsistoire, les invitèrent à s'obliger, par serment et sous leur signature, tant en leur nom qu'en celui de leurs coreligionnaires, à l'observation de l'accord du '23 août, de manière à répondre de toute infraction par leur corps et leurs biens. Le ministre Ilermannus pi it aussitôt la parole et répondit >c qu'ils étaient bien <i d'avis d'observer l'accord fait par madame la régente avec les « nobles, et d'être obéissants au magistrat et autres supérieurs ; u qu'ils trouvaient néanmoins dans cet acte plusieurs points in- « téressant d'autres qu'eux-mêmes, et que, d'un autre côté, ils « n'estimaient leur religion être nouvelle, mais bien celle qui, ti du temps des apôtres, avait été observée, i» Il ajouta que, »i puisqu'ils se trouvaient journellement injuriés et blAmés à <i cause de leur religion, il leur semblait ex[)édient que le ma- .t gistrat entrât a\'ec eux en communication afin d'aviser aux «1 moyens par lesquels on pourrait entretenir toute; paix ou conu corde. » Il exposa ensuite comment le prince d'Orange et le magistrat d'Anvers s'étaient accordés avec ceux de la religion
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n'formée, offrant d'exhiber cette convention ti laquelle il se léfc'-rait. Peu satisfaits de cette réponse, qui ne leur semblait pas assez précise, les échevins insistèrent pour connaître plus exactement les intentions des délégués. Ceux-ci , après s'être concertés, firent répondre « qu'ils a oulaient encore observer les <! [ilacards et commandements publiés au nom de Sa Majesté et ti y obéir, comme b ce tenus et obligés, sans quïl fût besoin <i pour cela de prêter ou de faire aucun serment, parce qu'ils <c étaient soumis comme les autres à l'autorité du roi, sauf les " droits de leur conscience, qui devait rester libre. '> Quant à l'obligation qu'on leur demandait de s'engager pour les autres, ils disaient >! qu'il n'y avait aucune raison de vouloir les y con- « traindre , car ils n'étaient que des individus sans collège et <i autorité ; que, s'ils agissaient autrement, ils s'exposeraient à » des dangers manifestes , car ils se mettraient à la merci de <t certains malveillants. » Les ministres ayant persisté en cette opinion sans vouloir faire aucune déclaration précise, alléguant même qu'ils n'avaient pas été compris dans le concordat fait par la gouvernante et les nobles et que ce concordat ne les touchait en rien, les échevins les congédièrent. Mais, avant de se retirer, les députés chargèrent le ministre Hermannus de demander aux échevins un temple en la ville, afin que ceux qvà désiraient ouïr la parole de Dieu jnissent avoir cette facilité pendant la saison d'hiver et les mauvais temps, et aussi pour éviter fous dangers. Il leur fut répondu que, pour le cas même oii les échevins seraient d'avis de leur accorder cette faveur, ils n'y étaient aucunement autorisés, et que la volonté de la régente des Pays-Bas et du gouverneur de la Flandre était contraire à une pareille demande '.
1 Un procès-verbal de celte importante conférence fut remis au comte d'Egmont le même jour, 0 .septembre 15C6. 11 est inséré dans le Rapport du
Eût-il eu le dessein de combattre les sectaires à force ouverte, Egmont se serait trouvé impuissant ; car il n'avait pas un seul homme de guerre sous la main. La prudence lui indiquait que, dans ces circonstances, les moyens de conciliation étaient les seuls convenables ; il les mit habilement on œuvre, transigea honorablement avec les réformés, tout en continuant à faire hautement profession de la religion catholique. En toutes les villes qu'il visita, il ne manquait d'ouïr journellement la messe, et, en outre , le sermon , les dimanches et fêtes. Les conventions qu'il conclut avec les dissidents s'appelèrent siibmission de ceulx de la nouvelle religion. Ces actes , conformément à la lettre et à l'esprit de l'accord du 23 août, autorisaient provisoirement les prêches, là oti ils avaient eu lieu, mais loin des églises et dans des endroits déterminés, jusqu'à ce qu'une décision eût été prise par le roi, du consentement des états généraux. En outre, Egmont donna aux signataires des actes de soumission, aussi bien qu'aux adhérents de la nouvelle religion , l'assurance qu'ils ne seraient jamais inquiétés ni poursuivis à cause de leurs prêches ou de leur signature Pour empêcher une nouvelle occupation des églises par les sectaires , il autorisa ceux d Armentières, d'Audenarde, de Bailleul, et un peu plus tard ceux d'Ypres et de Gand, à élever des granges ou loges de bois , dans le voisinage de ces villes pour y tenir leurs prêches '. Enfin , toujours
magistrat de Gand sur les troubles religieux de cette époque {Verslay van 7 magistraet van Geiit, etc.), p. 152.
1 « Lesdits sectaires d'Armentières tost apiès ont fait collecte d'argent et près dudit Armentières ont érigé et bâti un temple de briques de '145 pieds de haut. » Libel accusatoire de M^ Jean Dubois, n» 79. — » Il a accordé aux sectaires dudict Audenaerde le lieu de Heudschen (le Eyndriesch ou Heindrisch], afin d'y ériger une grange pour y faire leurs presches ; touteiîois ne luy esloit licite de ce faire. « Id., n" 61 . — « Il a consenti contre on debvoir de dresser ung temple pour les ministres et sectaires de Bail-
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dans le but de prévenir des conflits, il accorda, aux religionnairos d'Audenardc et de Gand , un lieu particulier pour y faire leurs inhumations '.
En résumé, le comte d'Egmont parvint à raffermir l'ordre public, à calmer l'effervescence des deux partis et à rétablir l'autorité de la justice. En promettant de ne rien entreprendre contre les religionnaires qui se rendraient sans armes aux prêches, il obtint le désarmement de la plupart d'entre eux. Il leur fit aussi abandonner les églises dont ils s'étaient emparés et exigea qu'ils en laisseraient jouir les catholiques, sans molester les prêtres ni empêcher le service divin. Il obtint, enfin, que les protestants restreindraient leurs prêches aux lieux oii ils s'étaient faits avant le jour du traité conclu avec les confédérés. Et quoique le nombre de ces localités s'élevât bien à soixante, encore sut-il faire en sorte que les religionnaires se contentassent dorénavant d'une vingtaine '.
Le conseil d'Etat , ayant été consulté sur les actes souscrits par le gouverneur de la Flandre , trouva ces capitulations , de même que les arrangements conclus par le comte de Hornes à
leul. » Id., n" 68. Procès du comte d'Egmont, pp. 109 et suiv. — Il résulte du Mémoire justificatif du magistrat d'Audenarde que les sectaires n'avaient pas voulu se contenter, pour tenir leurs prêches, du lieu que le S»- de Backerzeele, au nom du comte d'Egmont, leur avait assigné en l'un des faubourgs de Pamele (pays d'Alost), et avaient réclamé itérativement le Eyndriesch. Egmont, d'accord avec le magistrat, avait longtemps résisté à cette prétention ; il ne céda que le 5 octobre » pour détourner l'inévitable ruine de la ville d'Audenarde et pour contenir le peuple de ladite ville en office et ouvraiges. » Mémoire justificatif, etc., pp. 68-69.
1 Une telle concession lui ayant été également imputée à crime , Egmont répliqua « que ce lieu leur a été permis pour bons respects comme pour estre hérétiques et ne mériter la terre sainte. »
^ Réponse personnelle du comte d'Egmont au libel accusatoire, etc., passim.
238 i.is PAYs-nAs ^OLs pim.ii'Pi^ ii.
Tourn.ti, conformes à l'accord du 23 août, ratifié par la duchesse de Parme '. Mais celle-ci, dans sa correspondance secrète avec le roi, jugea aulremcnt la conduite du comte d'Egmont. Elle n'avait pas voulu, disait-elle, consentir, selon qu'il le proposait, à ce qu'il fut pardonné généralement à ceux qui, s'étant laissé abuser et séduire, se repentiraient et viendraient demander pardon, en considérant encore l'âge et le sexe. Elle avertissait aussi le roi qu'elle était informée par Noircarmes de l'adhésion du comte d'Egmont à la confédération '. Ces dénonciations répétées, (juelque fausses qu'elles fussent, eurent également pour résultat de perdre tout à fait le vainqueur de Gravelines dans l'esprit ombrageux de Philippe SI,
Pendant la [lénible mission dont le comte d'Egmont s'était acquitté avec succès, il avait eu , le 15 septembre, à Courtrai, une entrevue avec son collègue, le comte de Hornes. Celui-ci était arrivé la veille, accompagné de plusieurs gentilshommes confédérés, entre autres de Villers et de d'Esquerdes et de plusieurs marchands calvinistes de Tournai. On entendit ces gentilshommes , à table et hors de table, disputer, en présence du comte, sur le fait de la religion, sur le saint sacrement de l'autel, sur les cérémonies de i'Église , et se prononcer contre l'observance de ces pratiques. Egmont étant arrivé, les deux seigneurs soupèrcnt ensemble à la maison de madame de Malstede et eurent une conférence dont les détails ne transpirèrent point ^. Cette réunion , oîi Egmont et Hornes voulurent sans doute se
' Procès du comte d'Egmont, pp. 30 et suiv.
^ La duchesse de Parme au roi, 27 .septembre 1566, dans la Correspondance de Philippe II, t. I", pp. 466 et suiv.
' Enquête reçue à Bruxelles par Vargas et Del lîio ; déposition de Jehan de Tollenaere, S' de Scherpenberghe, bourgmestre de la ville de Courtrai en 1368, dans le Procès du comte d'Egmont, p. 289.
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concerter, fut comme le prélude de la conférence bien pins importante qui allait être provoquée par le prince d'Orange.
Le 26 septembre, la duchesse de Parme informa Guillaume de Nassau qu'elle avait autorisé le duc Eric de Brunswick 5 faire entrer trois cents piétons pour la garde des ville et château de Woerden, et qu'elle avait également permis aux habitants de Gouda de prendre à leur solde trois cents hommes pour la garde de cette place, où étaient déposées les chartes de Hollande. Les villes de Woerden et de Gouda étant comprises dans le gouvernement de la Hollande, le prince d'Orange considéra les résolutions de la régente comme une atteinte grave à son autorité, et ce manque d'égards lui parut un nouvel indice des projets que l'on méditait contre lui et ses amis '. Il avait aussi éprouvé un vif déplaisir de l'édit que l'empereur Maximilien avait publié, sur les instances de Philippe II, pour défendre à tous les sujets de l'Empire de servir aux Pays-Bas contre le roi d'Espagne. Thomas Gresham, ayant invité le prince à un banquet, il y eut entre eux de grands discours, qui roulèrent principalement sur cette défense. Ils exprimèrent à ce sujet un profond mécontentement et firent de grandes bravades, disant que, si l'empereur et le roi croyaient qu'ils ne trouveraient pas d'appui, ces princes se trompaient fort '.
Quoique Philippe II eût cherché, par des lettres bienveillantes écrites de sa main, à endormir les défiances du prince d'Orange et de ses amis, il n'avait pu y réussir. Ces personnages n'ignoraient presque rien des informations données au roi, car ils s'étaient [.rocuré, à prix d'argent, des intelligences sûres jusque dans le cabinet de Philippe IL Marguerite a^ ertit elle-même le
' Archives de la maison d'Orange- Nassau, l. II, p. 321. ' Lettre secrète de la duchesse de Parme au roi du 27 septembre 136G. Correspondance de Philippe U, t. I", p 467.
240 LKS PAYS-BAS SOllS PHILIPPE II.
monarque (|ue des copies de ses lettres avaient été envoyées c\ Bruxelles; que des originaux même y étaient revenus. On se vantait, ajoutait-elle, de savoir tout ce qui se disait en public ou en secret, et le prince d'Orange avait avoué qu'il en coûtait annuellement une grosse somme pour être tenu si bien au courant '. Ce fut ainsi que le prince apprit que Philippe II, irrité du saccagement des églises, s'apprêtait a passer aux Pays-Bas avec une armée d'Espagnols et d'Italiens, et que son intention était de châtier non-seulement ceux qui s'étaient rendus coupables de ces profanations , mais encore ceux qui ne s'y étaient pas opposés '.
Troublé, mais non découragé, Guillaume de Nassau chargea son frère, le comte Louis, d'envoyer un gentilhomme sûr, le S' de "Varick, vers le comte d'Egmont pour lui exposer l'état des affaires et la nécessilé d'une entrevue. L'instruction remise au S*" de Varick était écrite de la main de Louis de Nassau, d'après les indications de son frère. On appelait l'attention du comte d'Egmont sur la situation présente, et particulièrement sur les grands préparatifs militaires qui se faisaient dans le but de menacer non-seulement ceux de la religion , mais encore les catholiques, qui auraient dès lors à craindre aussi que le roi ne voulût les réduire en servitude, comme il se le proposait depuis longtemps. Le prince était résolu à se retirer du pays plutôt que de se soumettre à cet esclavage Mais si Egmont et Hornes n'approuvaient point que leur patrie fût condamnée à un si triste sort, le prince s'offrait de s'employer, lui et les siens, en tout ce qui leur paraîtrait utile pour conjurer ce malheur. Le concours des états généraux et une déclaration formelle de leur part sur ce
' Lettre secrète de la duchesse de Parme au roi du -15 octobre 1366, dans îa Correspondance de Philippe II, t. I^r, p. 474.
2 Correspondance de Guillaume le TarUurne, t. II, p. lxxiv.
i.ivni; XII {Vmi). 241
même point pouvaient être dqs plus efficaces. Si la ivunion des états devait encore tarder longtemps, « mieux vaudrait , di- 11 sait le prince, résoudre nous trois avec nos amis, que nous «( laisser couper l'herbe peu à peu dessous les pieds et tant « temporiser qu'il n'y aurait enfin plus nul remède. » Il communiquait la lettre qui lui avait été adressée par la régente au sujet de la garnison de Woerden et de Gouda, et finissait par demander que le comte d'Egmont fixât un lieu où ils pussent se voir pour se concerter '.
Une communication analogue fut faite au comte de Hornes, qui, do son côté, avait reçu les impressions les plus fâcheuses d'une lettre dans laquelle son frère, le baron de Montigny, lui signalait l'extrême mécontentement du roi et la nécessité pour les seigneurs de ne rien épargner afin de donner satisfaction au monarque et d'empêcher ainsi qu'il n'eût recours à des mesures violentes. Hornes joignit ses instances à celles du prince d'Orange pour engager le comte d'Egmont à se concerter dans ces graves circonstances.
Egmont exprima d'abord le désir d'ajourner l'entrevue jusqu'à ce que l'un et l'autre revinssent à la cour ". Mais le prince ayant rejeté cet expédient à cause du conflit qui avait eu lieu entre lui et la régente, Egmont revint seul à Bruxelles, sous prétexte d'exposer au conseil ce qu'il avait fait en Flandre. Dès lors pourtant son parti était pris de se rendre à l'entrevue demandée par le prince d'Orange, et il essaya même d'y entraîner aussi le comte de Mansfeld ; mais ce seigneur n'y consentit point. Le 1*='' octobre, Egmont écrivit de Bruxelles au prince d'Orange qu'il se trouverait le jeudi suivant à Termonde, vers les dix heures du
• Archives delà maison d'Oramje-Nassau, t. II, p. 323. ^ Réponses du comte d'Egmont aux charges dressées contre lui, dans le Supplément a Strarla, t. 1er, p. 73.