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matin, et qu'il serait fort aise de l'entretenir, car la situation le requérait bien. Il l'informait qu'il avait vu la duchesse de Parme Je matin, et qu'elle ne doutait point que le roi n'accordât la réunion des états généraux. 11 ajoutait qu'il avait été très-fâché d'apprendre la conduite tenue par Bréderode et Culembourg '. Ceux-ci, par leur légèreté ou leur fanatisme, justifiaient, à certains égards, les ressentiments du parti espagnol et catholique. Le 25 septembre, Bréderode avait fait enlever, au son du fifre et du tambour, disait-on, les images des églises de sa terre de Vianen, et le même jour, il avait commencé à lever des soldats. Quant à Culembourg, on l'accusait d'avoir fait porter à dîner dans l'église dévastée de sa seigneurie, d'y avoir commis avec sa compagnie mille irrévérences envers le saint sacrement, et fini par donner l'hostie sainte à manger à un perroquet \
Cependant le comte d'Egmont s'efTorça, jusqu'au bout, de con-
' Archives de la maison d'Orange-Nassau, t. II, p. 345.
2 Correspondance de Philippe II, t. I"-, pp. 471 et 473. — Les agents de la politique espagnole s'emparaient avidement de ces actes scandaleux, qui compromettaient la cause de la Confédération, et donnaient un détestable enseignement aux esprits violents ou pervers . « Enhardi par l'exemple du comte de Culembourg, qui donna le saint sacrement à manger à son perroquet, un curé, son voisin, qui était un démon caché jusqu'à ce moment, prit l'hostie consacrée d'une autre église, et, pour montrer le miracle qu'elle ferait, il la flt rôtir : alors appelant quelques-unes de ses connaissances, il leur dit ■ « Vous voyez que le Dieu de pain, et sur lequel on vous a tant prêché, n'a ni chair, ni sang, qu'il n'est rien, » et il sortit pour prêcher sur cette matière ceux qui voulurent l'entendre. La même chose fit un autre curé son voisin, et cela sous l'égide du comte de Culembourg. Ce qu'il y a de bon, c'est que le comte de Hornes a voulu l'excuser auprès de moi, disant que c'est un fou, et qu'il n'est pas juste que, pour un mauvais, beaucoup de bons souffrent, comme s'il était lui-même un grand zélateur de la foi, et s'il n'en avait pas faii à Weert tout autant, aux dérisions près. » Tomâs Armenteros à Antonio Ferez, -17 novembre 1o6G. Ibid., t. ler, p. 48i.
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ciliêr les égards qu'il devait à la régente avec l'espèce de solidarité qui l'entraînait vers ceux dont il avait été jusqu'alors le coopérateur. Le soir qui précéda son départ pour Termonde, il instruisit Marguerite qu'il allait à un rendez-vous du prince d'Orange, lequel lui avait écrit pour l'entretenir, croyait-il, du soupçon, conçu par lui, qu'on cherchait à le tuer par ordre du roi, et de laveu même de la régente. Celle-ci repartit qu'il devait désabuser le prince à cet égard : en preuve de la confiance que le roi et elle-même mettaient en ce personnage, elle allégua la lettre que Sa Majesté lui avait écrite de sa main. Elle ajouta cependant que le prince avait donné occasion à ses ennemis de répandre les bruits qui couraient sur son compte, en gardant sans cesse auprès de lui son frère, Louis de Nassau, « qui était l'auteur de tous les troubles du pays. i> 'Egmont lui parla encore du dessein qu'on prêtait au roi, d'arriver aux Pays-Bas avec une armée d'Espagnols et d'Italiens pour châtier les seigneurs, et d'un nouveau serment qu'elle aurait fait prêter par tous les gouverneurs des places fortes de l'Artois. Elle répondit sur ces deux points avec une grande réserve. Elle aurait bien voulu détourner le comte d'Egmont du voyage de Termonde^ mais elle jugea que c'était un parti arrêté dans son esprit '.
Marguerite s'était d'ailleurs efforcée de rassurer directement le prince d'Orange. Deux fois, elle envoya près de lui d'Assonlevilie, membre du conseil privé. Dans leur première entrevue, d'Assonleville lui demanda des explications sur les enrôlements que Bréderode faisait à Vianen. Le prince répliqua que ce seigneur, en levant cent cinquante hommes, n'avait eu d'autre but que de pourvoir à la sûreté de sa ville et de sa propre personne, après qu'il avait été contraint par les sectaires de faire enlever
' Lettre de la duchesse de Parme au roi, du 13 octobre 1366, dans la Correspondance de Pliilippe 11 , t. I^'', p. 474.
les images des églises. Guillaume ajouta que, par suite de l'inimitié qu'il y avait entre lui et le duc Éric de Brunswick, il ne voulait se rendre en Hollande que s'il avait lui-même à sa disposition six ou sept enseignes de gens de pied, que la gouvernante réduisit à deux cents arquebusiers '. Après avoir appris du comte d'Egmont les intentions menaçantes que Guillaume attribuait au roi et à elle-même , Marguerite renvoya d'Assonleville à Anvers afin qu'il désabusât le prince. Il avait ordre de déclarer que ces bruits étaient propagés par de méchantes gens, qui avaient pour but de l'aliéner du roi ; qu'il devait connaître ce monarque pour prince juste, clément et bénin, qui n'avait jamais rien fait par tyrannie, violence, ni sang; que, récemment encore, il en avait reçu des lettres de sa propre main , oii il lui témoignait sa bienveillance ; qu'il ne pouvait oublier combien Sa Majesté l'avait aimé et chéri; que, quant à elle, elle l'avait toujours considéré comme son propre frère et enfant ; qu'elle le requérait donc de mettre ces idées hors de sa tête , car de pareilles suppositions faisaient injure au roi et à elle-même. Le prince répondit qu'il n'avait que trop d'avertissements du danger auquel il était exposé et qu'il n'était pas le seul dans ce cas, les comtes d'Egmont et de Hornes devant partager son sort; c'était le bruit commun en Espagne. Le conseiller repartit qu'il ne fallait se soucier aucunement de ce que disait le peuple en Espagne, car il n'avait puissance de vie ni de mort sur les seigneurs des Pays-Bas. Il lâcha néanmoins d'expliquer les bruits qui couraient , en ce pays , par les présomptions que faisaient naître contre le prince la conduite du comte Louis, son frère, et la défaveur dont étaient l'objet ceux qui n'avaient point paru d'abord s'opposer aux désordres. Guillaume répliqua qu'il espérait donner raison au roi de toutes ses
' Lettre de la duchesse de Parme au comte de Meghem, 4 octobre 1566, dans la Correspondance de Guillaume le Taciturne, t. II, p. 465.