LIVRE XII
actions et du service qu'il lui avait rendu, en empochant les sectaires, ainsi qu'il le prouverait, de tuer tous les prcitres et les religieux le lendemain de Pâques, selon l'intention qu'ils avaient manifestée : car les sectaires ne voulaient point, disait-il, se contenter du saccagement des églises ; mais , depuis longtemps, ils avaient comploté aussi le massacre des prêtres et des moines, Guillaume ajouta qu'il connaissait la bonté et la mansuétude du roi, mais qu'il craignait son conseil, ou il ne comptait que des ennemis ; que, par ce motif, si le roi venait par force, avec une armée, il ne savait s'il l'attendrait. Pour conclure, il offrit 't avec bon visage » de continuer le service qu'il devait au roi , et d'obéir à ce que la gouvernante lui commanderait, nonobstant les envieux et les faux rapports et malgré la sinistre opinion que diverses personnes avaient de lui'. Mais, d'autre part, il persistait dans l'intention de se concerter avec ses amis.
Le jeudi, 3 octobre, vers dix heures du matin, le comte d'Egmont arriva à Termonde, oii l'attendaient le prince d'Orange et le comte de Bornes. Il témoigna quelque surprise de voir, avec le prince , Louis de Nassau , son frère , ainsi que le comte de Hooghstraeten, suivis de plusieurs gentilshommes engagés dans la confédération. De même, le comte de Bornes ne s'attendait pas non plus à rencontrer à Termonde Booghstraeten, son beaufrère : celui-ci lui répondit qu'il était venu pour le voir et pour lui faire part des affaires dans lesquelles il avait été employé ^
En acceptant la difficile mission de rétablir la paix dans les villes qu'avaient troublées les passions religieuses, le prince d'Orange et ses amis devaient s'attendre aux défiances et à la
I Lettre française de la duchesse de Parme au roi du 12 octobre 1566, dans la Correspondance de Guillaume le Taciturne, t. H, pp. 394-396.
'^ Réponses personnelles du comte d'Egmont, dans le Supplément à Slrada, t. !«•■, p. 74; — Déduction de l'innocence de niessire Philippe, baron de Montmorency, comte de Homes, etc., p. 250.
colère du parti espagnol , du moment où ils ne se déclaraient point ouvertement contre les protestants. Ces défiances se fortifièrent par le souvenir irritant des troubles passés et par la vive satisfaction que les réformés reçurent des concessions proclamées à Anvers , à Tournai , à Malines et en Flandre '. De là mille bruits sinistres propagés contre les négociateurs de ces capitulations , de là toutes ces rumeurs menaçantes que paraissaient d'ailleurs justifier le mécontentement connu de Philippe II aussi bien que la froideur, la réserve, la duplicité , et enfin l'inimitié déclarée de la duchesse de Parme.
Les personnages , réunis à Termonde , se communiquèrent successivement les griefs qu'ils avaient contre la régente. Hooghstraeten montra les dépêches qu'il avait reçuesà Malines, et desquelles on pouvait inférer que la duchesse n'approuvait point la conduite du prince d'Orange à Anvers, comme étant contraireau service de Dieu et du roi et à l'accord conclu avec les confédérés. Il exprima son déplaisir d'avoir été personnellement maltraité, la régente n'ayant pas consenti à délivrer les prisonniers auxquels il avait promis une amnistie et ayant laissé passer quinze jours sans répondre à une de ses lettres. De son côté , Louis de Nassau se plaignit avec amertume que la régente eût voulu contraindre son frère à le faire sortir du pays. Telle était, en effet , l'injonction contenue dans une dépêche du 26 septembre adressée au prince d'Orange. Marguerite y faisait entendre que l'influence acquise par Louis de Nassau était pernicieuse , et exprimait sa vive désapprobation de ce que partout oii les
' C'est ce que les écrivains protestants reconnaissent formellement. « La religion réformée, dit Le Petit, print grand accroissement, et les protestants eurent un temps matière de quelque contentement, se voyant affranchis de cette tant odieuse inquisition et retenant la liberté de leur conscience et prédication de leur doctrine. » Grande rlironique de Hollande, t. II, p. 425.