‹ Histoire de la révolution des Pays Bas sous Philippe IIChapitre 46 sur 159 · LIVRE XII (lliGC · texte numérisé non relu

LIVRE XII (lliGC

que l'iiitention du roi ne fût réellement de faire couper la tète au prince d'Orani^e et aux comtes d'Egmont et de Hornes. Comment déjouer ce projet? Les seigneurs discutèrent d'abord s'il ne valait pas mieux quitter le pays et se mettre en sûreté que de demeurer en une crainte perpétuelle. Mais tel ne fut point l'avis du comte d'Egmont. II déclara qu'il n'avait nul moyen de vivre en pays étranger, selon son état et sa qualité , loin de tous ses biens, avec sa femme, ses enfants et sa maison '.

Le prince d'Orange ne se découragea pas encore. D'après ses suggestions, Louis de Nassau s'écria qu'il y avait d'autres moyens de se mettre en sûreté ; que, si le roi envoyait une armée aux Pays-Bas pour y établir la tyrannie, les seigneurs pourraient lui résister les armes à la main, et opposer aux Espagnols les gens de guerre qu'ils appelleraient d'Allemagne. On alla jusqu'à dire que, au point où les choses en étaient venues , on ne pourrait plus jamais se fier au roi d'Espagne ; qu'il fallait donc changer do domination et négocier avec dextérité , pour que le pays passât sous celle de l'empereur. En faisant mettre en avant ces éventualités extrêmes , le prince d'Orange semble avoir eu pour but de sonder le comte d'Egmont et de s'assurer si, le cas échéant, sa coopération lui serait acquise. Il ne tarda point à voir cette espérance déçue. Egmont refusa péremptoirement son appui. Il commençai par dire qu'il n'avait point, comme le prince d'Orange, assez de relations en Allemagne pour y le\er des gens de guerre. Il ajouta qu'on ne devait point avoir une si mauvaise opinion du roi d'Espagne ; qu'il n'avait encore jamais attenté contre la vie d'aucun de ses sujets. 11 maintint haut et ferme qu'on ne devait pas résister aux commandements du roi, seigneur du pays, mais qu'il fallait lui représenter les nécessités de ces provinces afin

' Em. de Meteren, Histoire des Pays-Bas, fol. 'il, et Grande chronique de Hollande, t. II, p. 130.

qu'il y apportât le remède convenable; enfin , que chacun eût à faire son devoir pour apaiser les troubles , et que le roi saurait distinguer ceux qui s'étaient employés pour son service. Quelque douloureuse que fût la surprise du prince d'Orange en enteadant cette protestation , il se garda de manifester les sentiments que la conduite du comte d'Egmont lui faisait éprouver. C'était pourtant une cruelle déception : tous les projets , si laborieusement conçus par Guillaume de Nassau , s'écroulaient en un instant; au lieu de la liberté des Pays-Bas, il n'entrevoyait plus, dans un avenir prochain, que désastres pour ces provinces et malheurs pour lui-même. Puisqu'il fallait renoncer à combattre les Espagnols , on ne songea plus qu'à prendre une résolution au sujet des informations contenues dans la lettre du baron de Montigny. Il parut impossible de remédier aux désordres existants, à moins que le roi ne permit la convocation des états généraux ou qu'il ne vint en personne; car on devait prendre en considération les assurances données aux gentilshommes confédérés et respecter aussi les conventions qui avaient été faites avec plusieurs villes. Chacun devait néanmoins s'efforcer d'apaiser les émotions du peuple et de la noblesse '.

' Les diverses pièces du procès du comte d'Egmont peuvent seules jeter un jour certain sur cette partie essentielle de l'entrevue de Termonde. C'est là que nous avons puisé la plupart des détails coordonnés et résumés ci-dessus. Nous nous référons particulièrement au Mémoire de défense rédigé en 4 068 par le comte lui-même [Procès d'Egmont, p. H'I), et dont les aveux sont d'accord avec les déclarations consignées par le comte de Hornes dans sa Défense personnelle [Supplément a Stracla, t. I»"", p. 470). On trouve aussi quelques notions précieuses dans deux dépêches de la duchesse de Parme, la lettre italienne du 13 oclohre [Correspondance de Philippe II, t. h", p. 474) et une lettre française du 12 octobre (Correspondance de Guillaume le Taciturne, t. H, p. 391). Quant au rôle du prince d'Orange, il a été, ce nous semble, suffisamment indiqué par M. Groen va> Prinsterer, dans les Archives delà maison d'Orange-Nassau, t. II, p. 344.

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Les seigneurs se séparèrent vers cinq heures du soir, plus inquiets, sans aucun doute, qu'avant leur entrevue. Ils avaient pu malheureusement se convaincre qu'ils ne s'accordaient plus sur les moyens à employer pour conjurer les dangers, même personnels, que tous, iirévoyaient ou pressentaient. Tandis que le prince d'Orange aurait voulu se mettre en mesure d'opposer la force à la violence , Egmont , moins prévoyant sans être complètement aveuglé sur les desseins de Phdippe II, reculait devant une résolution extrême et se perdait par ses tergiversations. li eut dès lors une position fausse entre la cour, dont il avait provoqué les ressentiments , et le parti national, dont il avait perdu la confiance.

Le prince d'Orange retourna à Anvers, le comte de Hornes à Tournai, et le comte de Hooghstraeten à Malines. Quant au comte d'Egmont, il se rendit à Bruges oii, de son autorité, il fit convoquer les quatre membres de Flandre , pour qu'ils présentassent requête à la gouvernante, afin d'obtenir la réunion des étals généraux. Il écrivit aussi très-secrètement au comte de Mansfeld, pour le persuader de faire cause commune avec les autres seigneurs. Il lui reprochait d'avoir, sans motif plausible, déserté leur parti, et cherchait à l'effrayer en lui apprenant que, d'après tous les avis reçus et confrontés dans l'entrevue de Termonde, Philippe II se proposait de faire couper la tête non-seulement au prince d'Orange, au comte de Hornes, et à lui, comte d'Egmont, mais qu'il ferait subir le même sort à Mansfeld. Ce dernier s'empressa de communiquer à la duchesse de Parme les confidences de son ancien ami. Du reste , Egmont se plaignait sans cesse et très-ouvertement de la défiance que la régente et le roi lui témoignaient, et du tort qu'on lui avait fait et qu'on lui faisait chaque jour '. 11 revint enfin à Bruxelles le 12 octobre, le jour

1 Lettres de la duchesse de Parme au roi, du 4 S octobre, et de Toraâs

même où le prince d'Orange, après avoir, du consentement de la régente, remis le gouvernement d'Anvers au comte de Hooghstraeten, se dirigeait vers la Hollande. A l'entrevue de Termonde, Egmont s'était engagé à communiquer les lettres de don Francès de Alava à la duchesse de Parme et à lui demander rondement quelle foi il fallait y ajouter. Il tint sa promesse, même en plein conseil , car il avait trouvé la régente très-rcfroidie à son égard et peu disposée à le voir en particulier. L'interpellation du comte d'Egmont lui causa de l'embarras ; elle jura toutefois que cette lettre était la plus grande vilenie du monde, une bourde , une pasquille forgée dans le pays. Elle manda de môme au roi que don Francès de Alava n'avait jamais écrit , ni elle jamais pensé choses pareilles , de manière que ce ne pouvait être là qu'un moyen inventé pour la rendre odieuse. Egmont lui répondit que cet écrit « ne lui faisoit tant croire comme d'autres choses , » mais qu'il fallait avoir patience et que leurs services ne méritaient telle rémunération. Il eût quitté immédiatement Bruxelles s'il n'y avait attendu le comte de Hornes ainsi que les députés de Flandre, qui venaient pour traiter avec les délégués des autres provinces. Mais ceux-ci n'étaient point arrivés non plus, et le comte regardait ce retard comme une grande faute. Du reste , la régente parlait d'envoyer un gentilhomme par la poste vers le roi , pour hâter sa résolution sur les états généraux '. Marguerite, écrivant à Philippe II, après cette entrevue,

Armenteros à Antonio Ferez, du 1G, dans la Correspondance de Philippe II, t. I", pp. 473 et 47G.

' Lettre du comte d'Egmont au prince d'Orange, datée de Bruxelles, le i5 octobre 1560. << Enfin, ajoutait-il, c'est une femme nourrie en Rome, il n'y at que ajouter foy. « Archives de la maison d'Orange-Nassau, (. II, p. 400. Conf. avec la dépêche de la duchesse de Parme, citée ci-dessus. — Il n'est pas inutile de remarquer que Strada laisse indécise la question de savoir si les rir-pêrho^ nllrihuées à don Francès de Alava étaient fausses

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