‹ Histoire de la révolution des Pays Bas sous Philippe IIChapitre 5 sur 159 · LIVRE X (15(5G · texte numérisé non relu

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\i\ plus sage et la plus légale. Il cessa donc de désappiouvci' la conduite que Louis de Nassau, son frère, et Bréderode se proposaient de tenir ; et le comte de Homes s'associa en tous points aux sentiments du prince. Telles furent ces fameuses réunions de Breda et de Hooghstraeten où la hardiesse et l'enthousiasme de la noblesse confédérée triomphèrent des hésitations , de la tiédeur et des calculs des seigneurs principaux '.

' Il est impossible de découvrir et de révéler tout ce qui se passa dans ces importantes conférences. Toutefois, nous nous sommes efforcé d'approcher de la vérité en confrontant les divers témoignages laissés par les acteurs eux-mêmes. Voir : Apologie du prince d'Orange; Interrogatoires du comte d'Egmont, dans la Correspondance de- Marguerite de Parme, p. 317; Défenses personnelles des comles d'Egmont et de Homes, dans le Supplément à Strada, t. \"^ pp. 78 et 'io2 ; Défense de messire Antoine de Lalaing, comte de Hooghstraeten, p. 64 ; lettre du comte de Hooghstraeten, du 17 mars 1566, dans les Archives de la maison d'Orange , t. II, p. 51. Sur le rôle du comte de Meghem, on peut se fier au témoignage de Strada. — BuRGLNDUs, pp. 109 et 117, fournit des détails sur le voyage du comte de Schwartzbourg , de Georges van Holl et de Westerholt. Vander Haer {De initiis tumiiUuum , p. 204) donne les noms des seigneurs et gentilshommes qui assistèrent aux deux réunions. Il y a cependant des doutes, en ce qui concerne Bréderode. Dans les charges produites par le procureur général du conseil des troubles contre les comtes d'Egmont et de Bornes (Supplément à Strada, t. I^i-, pp. 30 et 109), il est dit que le seigneur de Bréderode et plusieurs autres vinrent à Hooghstraeten pour communiquer la requête que les confédérés présentèrent depuis à la gouvernante. Le comte de Homes (ibid., p. 1 52) répondit que Bréderode n'était pas présent ; et le comte d'Egmont [ibid., p. 78) que Bréderode ne s'y trouvait point alors. FI. Vander Haer, dans son ouvrage très-estimé sur l'origine des troubles, laisse supposer la présence de Bréderode. — Le Tableau des princes et principauté d'Orange, par Joseph de i.a Pise (La Haye, 1638, in-fol.), fournit aussi, pp. 333-336, des détails intéressants sur les réunions de Breda et de Hooghstraeten, particulièrement sur la défection du comte de Meghem et l'attitude déjà irrésolue du comte d'Egmont dont l'humeur, dit l'écrivain , « ne revenoit ni à la gouvernante ni au prince. » Enfin , la

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Lorsque, après ces conférences, la résolution eut été prise de présenter la requête, les chefs de la confédération décidèrent qu'il serait envoyé en extrême diligence des députés dans toutes les provinces, afin d'avertir les alliés de se trouver le 3 avril à Bruxelles, à cheval et en armes, afin de se rendre le lendemain auprès de la gouvernante. Louis de Nassau fut désigné pour la Zélandeetla Frise; Bréderode, pour la Hollande; N.deHammes, l)Our la Flandre ; Jean de Casenhroot, S"^ de Backerzeele, secrétaire et conseiller du comte d'Egraont, pour Namur; Philippe Vander Meere, S' de Saventhem et de Sterrebeke, gentilhomme du prince d'Orange, pour Bruxelles ; le S"^ de Boisot, pour Louvain. En outre, le comte Louis de Nassau devait avertir les ofïiciers de la bande d'ordonnances du prince d'Orange d'amener à Bruxelles, pour le jour fixé, autant de gentilshommes et d'hommes d'armes qu'ils le pourraient; Bernard de Mérode devait faire le même office auprès de la compagnie du comte de Hornes ; le comte Charles de Mansfeld auprès de celle de son père, gouverneur du Luxembourg ; Charles le Revel, S" d'Audregnies, auprès de celle du comte d'Egmont ; et Bréderode devait se charger de la sienne. Enfin, Marnix de Sainte-Aldegonde devait se concerter avec les ministres réformés d Anvers pour répandre partout des protestations contre la réponse dont la requête des chefs-villes du Brabant avait été l'objet '.

Vraye narration et ajjologie des choses passées au Pays-lias, explique, p. 39, pourquoi les confédérés, qui avaient d'abord résolu d'envoyer une requête à lu gouvernante, changèrent d'avis ; ils « s'arrêtèrent à la comparution personnelle , comme estant le seul moyen et vray remède, pour obvier à tous les maux qu'on craignoit par-deçà... »

' Archives de la maison d'Orange, t. II, pp. 57-GI. — Van Loon rapporte que, vers cette époque, Bréderode fit renouveler et publier un jelon représentant la main droite de Mucius Scevola, armée d'un poignard et environnée de flammes, avec ces mots : Agcre aut pâli forliora, 15(J6.

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Cependant Marguerite de Parme, avertie des progrès de Ja Confédération, avait le 13 mars invité les conseillers d'État à se trouver à Bruxelles pour délibérer avec elle sur les affaires importantes qui se présentaient. Le comte de Meghem et le comte d'Egmont s'empressèrent de se rendre à cette invitation. Le comte de Hornes s'excusa, le 18, en rappelant que, à son départ de Bruxelles, il avait déclaré à la régente qu'il se retirait pour ses affaires en sa maison et qu'il allait dépécher un de ses gens vers le roi pour lui exposer sa situation ; il se proposait, ajoutait-il, d'attendre à Weert la réponse du roi. Il signalait toutefois certaine liyue ou confédération, qui s'organisait contre l'inquisition et les placards sur le fait de la religion. Il se fût fait un devoir, dès qu'il en avait eu connaissance, d'en avertir la gouvernante (disait-il) : mais comme il s'était trouvé à Hooghstracten depuis peu de jours, il en avait parlé au comte d'Egmont et au comte de Meghem. Or, ceux-ci lui ayant déclaré qu'ils avaient les mêmes informations et qu'ils ne manqueraient point d'en faire part à la duchesse dès qu'ils seraient arrivés à Bruxelles , où ils se rendaient, le comte de Hornes se référait à ce qu'elle apprendrait de ces seigneurs '. Le prince d'Orange, toujours à Breda, avait adressé le 16 deux lettres à Marguerite : dans la première, il lui rappelait ses remontrances du 24 janvier, disait la peur et le mécontentement qui régnaient dans le pays, et engageait avec quelque ironie la duchesse à y remédier ; dans la seconde, il s'excusait, sur la maladie de sa femme et des affaires importantes, de ne pouvoir se rendre incontinent à Bruxelles ^

' Supplément a Strada, t. II, p. 286.

^ Ces deux lettres sont insérées dans la Correspondance de Guillaume le Taciturne, t. Il, pp. 129 et i31. Il n'y est fait aucune allusion à la Confédération. Cependant il résulterait de la lettre française adressée par la duchesse au roi, le 24 mars [Supplément à Strada, t. Il, p. 293), que le

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Le conile de Megheni, en prenant la parole au conseil dlilat, se référa aux renscigneni(;nts qu'il tenait d'un gentilhomme étranger, auquel il avait promis de ne point di\ ulguer son nom ; et il entendait, disait-il, garder sa foi et son serment. Entrant ensuite en matière, il dénonça les ligues qui se tramaient entre des gentilshonmies sectaires et autres , en fort grand nombre, tant du pays que de l'étranger, d'Allemagne, d'Angleterre et de France, ces derniers avec la connivence de l'amiral de Coligny. Les conspirateurs, assurait-on, avaient déjà élu leurs capitaines et mestres de camp et pouvaient compter sur trente-cinq mille hommes, tant cavaliers que fantassins ; ils se lèveraient soudain pour envahir le pays, beaucoup ne devant même pas reculer devant une révolte contre le prince même, si on leur refusait plus longtemps la liberté de conscience; pour l'obtenir, de gré ou de force, il avait été résolu d'envoyer vers la gouvernante, dans quelques jours, quinze cents hommes d'armes et davantage. Le comte d'Egmont confirma ce que venait de dire son collègue et déclara qu'il avait reçu les mômes informations également par des personnes qui ne voulaient pas être connues; il produisit enfin au conseil la copie de la Confédération jurée par les genlilshommes mécontents ' . Les deux seigneurs . formellement

prince d'Orange aurait confirmé par écrit les inlornialions données par Egmont et Meghem.

' C'est ce qu'affirme Hoppeuus, dans son Mémorial, 3'- part., chap. I"-'-; seulement il ne dit pas que cette copie fut produite immédiatement : il se sert des mots en ces jours. (Juant au comte d'Egmont, il afiirma, dans ses Interrogatoires, qu'il n'avait eu connaissance à Hooghslraeten que de ia requête, et qu'il ne connut le Compromis qu'assez longtemps après la présentation de celle-ci. Le comte de llornes, au contraire, déclara, dans sa Défense, qu'il n'avait pas eu connaissance à Hooglisti'aeten de la iCMiuéle, mais bien de la ligue ou confédération. — Les Notules du conseil d'État s'accordent avec ia réponse du comte d'Egmont dans ses hitenogatoires ; le secrétaire Borfy s'exprime en ces termes '^séance du -h^ mars) ; « M. d'Eg-

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interpellés à ce sujet , ajoutèrent que, quoiqu'ils ne sussent point les pyrticularités de la conspiration, ils en étaient néanmoins tellement avertis qu'ils n'en faisaient aucun doute ; ils déclaraient même que, si l'on n'y remédiait incontinent, le pays serait exposé à se perdre. La duchesse, singulièrement émue , provoqua les délibérations du conseil. Le comte de Meghem dit qu'il fallait choisir entre trois partis : ou de prendre les armes immédiatement, ce qui ne pourrait se faire sans l'ordonnance expresse du roi, et elle arriverait trop tard, les choses étant en tel état, et les ennemis déjà prêts ; ou d'accorder et de concéder ce que les confédérés demandaient, ce à quoi le roi ne consentirait point; ou, enfin, de leur donner satisfaction sur l'inquisition et les placards, dont ils se plaignaient le plus, avec une amnistie pour les fautes commises. Il ajouta que, pour obtenir de meilleurs conseils en des matières aussi graves, il serait bon de convoquer tous les gouverneurs et les chevaliers de l'Ordre avant l'arrivée des gentilshommes confédérés et d'avertir immédiatement le roi de ce qui se passait. Le comte d'Egmont était de la même opinion ; il dit, en outre, qu'il avait bon espoir que les gentilshommes ne viendraient qu'au nombre de quatre ou cinq cents et sans armes, et que leurs demandes seraient plus modérées qu'on ne le supposait. Quelques membres du conseil, après avoir ouï ces pro[)os, demandèrent avec surprise comment il était possible que tant de gens d'armes fussent prêts, sans que l'on en sût rien, ni par les capitaines des frontières, ni par d'autres ; ils ajoutèrent que, si les gouverneurs et les chevaliers de la Toison d'or se montraient unis et manifes-

mont récita comment il avoit entaiidu de quelque ung qui avoitveu copie de la requeste que viendront présenter à Sou Altesse les confédérez, que les pointz qu'ils demandoyenl jiar icelle esloyent que l'on ostasl l'inquisition, etc., etc. "

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talent la ferme volonté de ne vouloir souffrir aucun changement ou aucune nouveauté dans la religion, il ne serait pas nécessaire d'octroyer aux mauvais l'objet de leur requête; enfin, qu'il était absurde de parler de pardon sans connaître les personnes pour qui on le réclamait et les délits dont elles s'étaient rendues coupables ' . Cependant la nécessité contraignait de prendre un parti. Le conseil émit l'avis qu'il fallait appeler, pour le 27 mars, à Bruxelles, tous les gouverneurs et chevaliers de la Toison d'or, et écrire officiellement au roi pour appuyer les exhortations conciliantes des comtes dEgmont et de Meghem. Cette lettre officielle fut effectivement écrite par la duchesse de Parme, le 24 mars. Elle exposait au roi que le conseil d'État n'avait trouvé pour le présent que deux remèdes -. le premier de se mettre en armes, ce qui serait difficile en cette saison, non-seulement par faute d'argent, mais aussi parce que l'ennemi était dans le pays, et qu'on ne savait à qui se fier, les domestiques même étant suspects. Le second moyen consistait à faire des concessions. Il fallait abolir l'inquisition qui était si odieuse, non-seulement aux mauvais, mais encore aux bons, et ne servait à peu près de rien, parce que les sectaires étaient assez connus. Il fallait modérer la rigueur des placards, non jusqu'au point de porter atteinte à la foi catholique, mais en se contentant de bannir ceux qui seraient pour la première fois suspects d'hérésie. On publierait en même temps un pardon général pour détacher de la ligue ceux qui y avaient été poussés par la seule crainte de I inquisition et de la rigueur des placards. La duchesse priait le roi de lui faire connaître sa décision par le retour du courrier \ Dans une lettre particulière, elle exprimait sa douleur de devoir transmettre des nouvelles

' Mémorial de Hopperus, 3<^ part., chap. l", §§ 73 à 76. ^Correspondance (le Maryuerile de l'arme, p. 14. — Supjilemcnl a Strada, t. II, p. 289.

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aussi affligeantes. Il n y avait véritablement, répétait-elle, que deux partis ù prendre : employer la force ou bien accorder aux séditieux la modération des placards et l'abolition de l'inquisition. Elle exposait les inconvénients de 1 un et de l'autre, et concluait en disant qu'elle ne saurait se prononcer. Elle rappelait l'opinion des comtes d'Egmont et de Meghem, lesquels croyaient que, en adoptant le second parti, et en accordant aux confédérés un pardon général pour le passé, on empêcherait que les choses n'allassent plus loin. Le refus de donner cette satisfaction devait, au contraire, entraîner la ruine du pays. Le comte de Meghem était convaincu que l'abolition de l'inquisition et la modération des placards calmeraient les esprits ; que la Confédération se dissoudrait, et que la plupart des confédérés se joindraient au roi contre ceux qui demanderaient davantage ; en tout cas, lui, Meghem, était prêt à y exposer sa vie et tout ce qu'il possédait au monde. Le comte d'Egmont avait donné la même assurance. Le projet des conjurés i)araissait être de soulever d'abord la Frise, la Gueldre, la Hollande, et le pays d'Utrecht, puis de se jeter dans le Brabant et de s'emparer d'Anvers. Meghem lui avait dit secrètement qu'il y avait parmi les confédérés deux chevaliers de l'Ordre, mais sans les nommer. Ce qui était certain, c'est que les confédérés avaient des intelligences à Anvers. Elle avait appris par des sources sûres qu'im grand nombre de bourgeois et de marchands étaient entrés dans la Confédération, et qu'ils voulaient se rendre maîtres de la ville, la garder et se défendre contre ceux qui voudraient les inquiéter ; qu'ils n'y laisseraient entrer que leurs partisans et qu'ils feraient en sorte de ne plus laisser sortir d'argent. Déjà elle avait commandé que les compagnies d'ordonnances fussent rassemblées immédiatement, et qu'on leur fit renouveler le serment de fidélité au roi. On avait lieu de soupçonner, disait-elle encore, que toutes les machinations dont on Aoyail les eiïets avaient été forgées dans les conférences de

Breda et de Hooghstraeten. Elle priait enfin Philippe II de considérer, avec sa grande prudence, tout ce dentelle avait le chagrin de devoir l'informer, et de lui faire connaître sa volonté qu'elle exécuterait fidèlement, quoiqu'il dût lui en coûter la vie '. Cette lettre importante était une peinture fidèle de l'état du pays, de l'anxiété de la gouvernante, de la défiance que devaient naturellement lui inspirer les conciliabules des chefs de la noblesse, des alarmes que lui causaient les progrès redoutables de la Confédération et l'agitation déjà menaçante des principales villes. En résumé, elle ne laissait pas ignorer au roi qu'un système de compression, dans des circonstances aussi graves, pourrait avoir les plus funestes résultats.

Après le départ du courrier qui portait à Philippe II des nouvelles de la Confédération et même une copie de cet acte, la duchesse de Parme, par l'avis des membres du conseil d'État qui se trouvaient à Bruxelles, manda près d'elle les députés des provinces qui étaient venus en cette ville pour délibérer sur la continuation de l'aide pour l'entretien des garnisons. Elle leur communiqua l'apostille qu'elle avait écrite sur la requête des quatre chefs-villes du Brabant. Elle les avertit en môme temps des menées qui se faisaient et les exhorta à être sur leurs gardes et à empêcher, par les meilleurs moyens qu'ils pourraient trouver, le dommage qui en résulterait immanquablement pour leurs biens ; car il ne fallait, disait-elle, attendre autre chose de ces menées que pillage, destruction des églises et des monastères, rébellion et désobéissance des villes envers les magistrats. Les membres des états remercièrent la gouvernante de son avis et promirent, si les circonstances l'exigeaient, de faire leur devoir, comme leur loyauté envers le roi les y obligeait. Marguerite

' La duchesse de Puimo au roi. 25 mars I56G, dans la Correspondance de Philippe H, t. l's p. 'lOI.

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reprit la parole pour leur recommander à chacun la plus grande vigilance, attendu, disait-elle, qu'il y en a parmi les ligués qui ne tendent à autre chose qu'à s'enrichir des biens d'autriii. Elle retint ensuite en particulier les députes d'Anvers pour leur demander quelles mesures ils avaient prises, après l'information qui leur avait été donnée que peu à peu {)lusieurs étrangers s'étaient glissés dans la ville. Elle les avertit aussi que des habitants même avaient des intelligences avec les confédérés. Les députés repartirent qu'ils avaient redoublé de vigilance et renforcé le guet tant aux portes de la commune qu'à l'intérieur et sur les bords de l'Escaut. Les esprits toutefois étaient surexcités à Anvers. On continuait à y répandre des billets pour représenter au peuple que l'apostille inscrite sur la requête des chefs-villes ne tendait qu'à les tromper; car si l'inquisition était suspendue, disait-on, les placards cependant n'avaient pas cessé d'être en vigueur. On croyait aussi que l'inquisition même ne tarderait pas à être rétablie par la force. Du reste, le bruit se propageait que dans les autres villes principales des libelles plus séditieux encore allaient être semés pour exciter le peuple à la révolte, sous prétexte que les bûchers et les échafauds témoigneraient bientôt que les promesses arrachées à la régente étaient fallacieuses. Marguerite écrivit aux principales villes pour les mettre en garde contre ces bruits faux et calomnieux à l'égard du roi. Elle les exhortait à supprimer ces écrits séditieux et leur commandait d'arrêter ceux qui les colportaient, les engageant même à promettre des récompenses aux dénonciateurs '.

Trois lettres itératives avaient été adressées au comte de Hornes et au prince d'Orange avant d'obtenir d'eux la promesse

' Lettre française delà duchesse au roi, du 3 avril 1566, dans le Sm/jplément à Strada, t. II, p. 304. —FoiV aussi, pour ce qui concerne Anvers, la Description de .1. de Wesenbeke, p. 100.

46 LES l'AYS-nAS sors l'iiii.ipi'r, ii.

qu'ils so rcndniienl aux ordres de la gouvernante '. Enfin, le "26 mars, le comte de Homes et son frère, le baron de Montigny, arrivèrent à Bruxelles. Le lendemain matin, tous deux vinrent rendre visite à la duchesse. Celle-ci leur dit le motif pour lequel elle les a\ait mandés; puis, elle les invita à lui faire connaître tout ce qu'ils savaient, en général et en particulier, de la Confédération des gentilshommes, et à lui donner aide et conseil. Le comte de Hornes répondit que, sur la Confédération, il ne savait pas plus que les comtes d'Egmont et de Meghem ; il ajouta, comme s'il y avait eu concert préalable, que si le roi donnait à ces gentilshommes la satisfaction qu'ils demandaient, en supprimant l'inquisition , en modérant les placards et en accordant un pardon général, tout finirait. Montigny fit la même réponse et ajouta que si les calvinistes français avaient voulu se rendre maîtres de la ville et du château de Tournai, cela leur eût été facile, et qu'ils avaient des intelligences dans dix autres villes des Pays-Bas. Le comte de Hornes continuait d'ailleurs à se plaindre amèrement de la manière dont le roi se conduisait envers lui, en ne lui donnant aucune gratification et en ne le favorisant en rien. H disait aussi qu'il n'ignorait point qu'on le traitait d'hérétique auprès du roi , et il paraissait même croire que celui-ci n'attendait qu'une occasion favorable pour le châtier. Le 27, arrivèrent do compagnie le prince d'Orange, le marquis de Berghes et le comte de Hooghstraeten ■ le comte de Mansfeld, revenu du Luxembourg, se rendit aussi à l'hôtel de Nassau, oii logeait déjà le comte de Hornes. La régente fit à chacun des nouveaux arrivants, en particulier, la même communication qu'elle avait faite au comte de Hornes et au baron de Montigny : tous lui répondirent de la même manière que ces deux seigneurs,

' HopPEncs, ibiil., § 81. — Supplément a Strada, t. Il, pp. ^87-289. - Correspondance lie Guillninne le Taciturne, I. II, pp. 128, 1.32, 1.34,

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